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Le droit à l'anglaise

Serge Truffaut   22 janvier 2003 
Depuis un mois, voire deux, pas une semaine ne passe sans qu'on apprenne que la police britannique a effectué une descente ici, une perquisition là. Dans la foulée, des personnes soupçonnées d'avoir participé à des attentats ou d'en concevoir ont été arrêtées. L'opération menée par les autorités a respecté un modus operandi propre à frapper les esprits. Le tout s'est déroulé sous le signe ou selon le principe du crescendo. On a commencé modestement avant de frapper un grand coup en investissant la mosquée de Finsbury Park.

Celle-ci est tout autant un lieu de culte qu'un lieu d'endoctrinement politique. Cette mosquée était et demeure surtout un lieu où sévit l'imam Abou Hamza al-Masri, réputé pour ses propos incendiaires. Ainsi, le 11 septembre dernier, il a célébré ou loué Oussama ben Laden pour les attentats commis à New York et à Washington. Quoi d'autre? Sa mosquée était fréquentée par Richard Reid, arrêté sur un vol Paris-Miami, Zacarias Moussaoui, accusé de collusion avec les auteurs des attentats, et... Rachid Ramda.

Ce dernier a ceci d'intéressant, si l'on peut dire, qu'il est au centre d'un énorme contentieux entre Londres et Paris. Selon les autorités françaises, Rachid Ramda a été le principal commanditaire des actes terroristes commis à Paris en 1995, qui avaient fait huit morts et une centaine de blessés. Depuis lors, les Français réclament l'extradition de Ramda afin, évidemment, qu'il soit traduit devant les tribunaux. Londres s'est toujours refusé à donner satisfaction en invoquant le droit d'asile. En réalité, les Britanniques avaient un intérêt révélateur de leur double jeu en la matière.

En effet, il est de notoriété publique que les Britanniques avaient fait le troc suivant avec Abou Hamza, Ramda et autres assoiffés de sang: tant et aussi longtemps qu'ils ne commettront pas d'actes violents sur le territoire de sa majesté, ils bénéficieront de la mansuétude de cette dernière. Ce faisant, Londres, et plus précisément la mosquée de Finsbury Park, est devenu la capitale des terroristes accomplis comme des terroristes en herbe. Au passage, on se rappellera qu'à l'instar de la France, l'Allemagne a un contentieux du même ordre.

Tout considéré, la position que le premier ministre Tony Blair avait adoptée à l'endroit de tout ce dossier ne relève certainement pas du droit d'asile et de la générosité qui lui est inhérente mais bel et bien d'un calcul d'un cynisme sans nom. Pour s'en convaincre, il suffit de s'arrêter à l'attitude qui est la sienne dans le dossier irakien. En cette histoire, il s'est rangé au côté du président Bush sans jamais demander son reste. Sans jamais s'appuyer sur la culture du droit, en l'occurrence celui de l'ONU, qu'il brandissait sur l'autre front.
 
 
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