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Libre opinion: Assez, c'est assez!

Daniel Adam - Vice-président exécutif de l'Association des hôpitaux du Québec  21 janvier 2003 
La pression est forte sur les médecins et les hôpitaux depuis un an, et les accusations encore plus faciles. Comme si, devant les problèmes que rencontre le réseau de la santé et des services sociaux, il fallait trouver un coupable et faire porter l'échec par les soignants et les gestionnaires d'établissements. «Les directeurs d'hôpitaux fautifs devront s'expliquer» titrait Le Devoir du 15 janvier 2003. «Les directeurs généraux vont retourner à l'école», figurait à la une du journal La Presse, en septembre 2002.

Le ministre estime que les choses n'avancent pas et va exiger (de certains directeurs d'hôpitaux) un plan clair pour que la situation se rétablisse, rapportait encore Le Devoir concernant la situation dans les urgences. Les allusions à la mauvaise gestion dans le réseau hospitalier ne sont pas chose nouvelle et les pressions exercées sur les directeurs généraux d'hôpitaux pour qu'ils apportent les correctifs nécessaires n'ont pas cessé de s'intensifier au cours de la dernière année.

Convenons que les problèmes dans le réseau de la santé sont fort complexes et qu'il serait franchement trop facile de les réduire à une seule cause: la mauvaise foi des médecins et l'incompétence des gestionnaires. D'abord, vous avez reconnu vous-même, M. le ministre, que le réseau de la santé souffrait de sous-financement. Vous avez rendu public récemment un plan de relance qui estime à près de deux milliards le rattrapage à faire dans la mise à niveau du système de santé et à 5,2 % l'augmentation annuelle des dépenses de santé. Ces besoins d'investissements ne reconnaissent même pas les déficits accumulés dans les hôpitaux qui atteindront plus de 600 millions au 31 mars 2003, dont un déficit annuel d'exploitation qui pourrait atteindre 400 millions.

Admettez également que le réseau de la santé et des services sociaux vit des pénuries de main-d'oeuvre dans plusieurs secteurs d'activités névralgiques, les soins infirmiers et les services médicaux n'étant pas les moindres. Reconnaissez que le Québec a pris du retard dans le développement de ses services de première ligne, de même que dans le développement de places d'hébergement et de soins de longue durée, faisant en sorte que, pour l'heure, l'urgence de l'hôpital demeure encore et toujours la principale porte d'entrée pour accéder à des services et l'hôpital, l'ultime répondant pour bien des personnes âgées vulnérables et en perte d'autonomie.

Admettez enfin, M. le ministre, que si nous attendons un changement dans la culture hospitalière et une révision de l'organisation du travail, il faudra bien avoir le courage d'apporter des modifications notamment aux conventions collectives et au Code du travail.

Les solutions sont connues, mais tant à l'échelle nationale qu'à l'échelle régionale, les décideurs ont toujours échoué à fournir les moyens nécessaires aux professionnels et aux établissements pour régler, de façon permanente, les problèmes d'accessibilité et d'organisation des services de santé et des services sociaux.

Votre gouvernement a fait, avec raison, le choix du déficit zéro. L'atteinte de cet objectif ne s'est malheureusement pas faite sans heurts pour le réseau de la santé, des compressions importantes ayant été faites dans les hôpitaux à cette époque. Réalisez simplement, M. le ministre, que l'atteinte de l'équilibre budgétaire à tout prix dans le réseau hospitalier, si elle n'est pas accompagnée d'un financement supplémentaire, entraîne une réduction de services qui se traduira par un engorgement encore plus grand à l'urgence et des délais d'attente encore plus longs pour les soins qui nécessitent une hospitalisation. Le choix des moyens vous appartient, bien sûr, mais il faudra bien en assumer la responsabilité devant la population du Québec.

Le réseau de la santé n'a jamais été si mal en point et le moral des troupes, aussi bas. Les professionnels et les gestionnaires du réseau de la santé font pourtant des miracles pour maintenir une offre de services de qualité à la population. Est-il possible d'attendre du ministre de la Santé et des Services sociaux et de ses fonctionnaires un peu de soutien, à tout le moins, un peu d'encouragement? Peut-on cesser de chercher à qui la faute et passer en mode solution?
 
 
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