La résolution oubliée
Serge Truffaut
21 janvier 2003
Dans une semaine, l'inspecteur en chef de l'ONU, Hans Blix, remettra son rapport d'étape aux représentants des pays qui siègent au sein du Conseil de sécurité. En vue de cette date, deux camps se sont formés qui s'affrontent sur l'interprétation à donner à cet exercice. L'un colle à la position adoptée par Blix pour tout ce qui a trait à la dimension temporelle du dossier. Pour eux, le 27 janvier est le point de départ d'un autre protocole d'inspection qui s'annonce aussi long qu'ardu. L'autre, au contraire, estime que si d'ici au 27 janvier l'Irak n'a pas montré patte blanche à tous égards, la suite ne sera qu'un décompte des jours avant le jour J, celui d'une attaque. Détaillons.
Pour Blix, le 27 janvier est la fin d'un acte circonscrit ou découlant de la résolution 1441. Dans son optique, il y a pour ainsi dire le temps de la 1441 qui sera suivi par le temps d'une autre... décision. Non pas d'une décision à rédiger et à soumettre aux membres, mais bien d'une décision antérieure. Il s'agit de la résolution 1284 qui fut entérinée en décembre 1999. À la différence de celle votée il y a plus de deux mois, cette dernière fait l'arrimage entre l'enquête proprement dite et la levée des sanctions qui pèsent sur Bagdad depuis la fin de la Guerre du Golfe.
Paradoxalement, les États-Unis s'opposent au sens comme à l'esprit de la résolution 1284 à laquelle ils avaient apposé leur signature il y a trois ans. Au contraire, la France juge aujourd'hui que la position de Blix est fondée, elle qui l'avait combattue en 1999. Moscou serait enclin également à se ranger derrière Blix. Si ces derniers remportent la mise, alors Blix poursuivra son travail avant de remettre un autre rapport le 27 mars. Chose certaine, le patron des inspecteurs, évidemment conscient du poids énorme qui lui incombe, dépense beaucoup d'énergie pour convaincre les uns et les autres de lui accorder le temps nécessaire à l'accomplissement d'un travail qui interdit toute précipitation.
C'est d'ailleurs sur ce compte que doit être mise la récente série de négociations menée par Blix avec son interlocuteur irakien. Celui-ci s'est engagé avant-hier à ne pas entraver le travail des inspecteurs et à favoriser les entrevues avec les scientifiques, ce dernier aspect étant d'une extrême importance pour la suite des événements. Toujours est-il que, dans la foulée de ce nouvel accord, il sera plus difficile pour Washington d'affirmer que Bagdad est en contravention en ce qui a trait à la coopération. On se rappellera que, selon la résolution 1441, le seul fait de ne pas collaborer constituerait une violation qui placerait Bagdad sur le fil du rasoir.
Après s'être rangé aux côtés de Bush sans hésitation aucune, voilà que Blair fait des contorsions, histoire de s'extraire du pétrin dans lequel il s'est mis. S'il n'a pas rejoint le camp des avocats de la résolution 1284, il a par contre laissé tomber que son pays serait prêt à présenter une nouvelle résolution afin «de récolter les avantages du multilatéralisme». Pour l'instant, Bush semble être le seul militant de l'unilatéralisme.
Pour Blix, le 27 janvier est la fin d'un acte circonscrit ou découlant de la résolution 1441. Dans son optique, il y a pour ainsi dire le temps de la 1441 qui sera suivi par le temps d'une autre... décision. Non pas d'une décision à rédiger et à soumettre aux membres, mais bien d'une décision antérieure. Il s'agit de la résolution 1284 qui fut entérinée en décembre 1999. À la différence de celle votée il y a plus de deux mois, cette dernière fait l'arrimage entre l'enquête proprement dite et la levée des sanctions qui pèsent sur Bagdad depuis la fin de la Guerre du Golfe.
Paradoxalement, les États-Unis s'opposent au sens comme à l'esprit de la résolution 1284 à laquelle ils avaient apposé leur signature il y a trois ans. Au contraire, la France juge aujourd'hui que la position de Blix est fondée, elle qui l'avait combattue en 1999. Moscou serait enclin également à se ranger derrière Blix. Si ces derniers remportent la mise, alors Blix poursuivra son travail avant de remettre un autre rapport le 27 mars. Chose certaine, le patron des inspecteurs, évidemment conscient du poids énorme qui lui incombe, dépense beaucoup d'énergie pour convaincre les uns et les autres de lui accorder le temps nécessaire à l'accomplissement d'un travail qui interdit toute précipitation.
C'est d'ailleurs sur ce compte que doit être mise la récente série de négociations menée par Blix avec son interlocuteur irakien. Celui-ci s'est engagé avant-hier à ne pas entraver le travail des inspecteurs et à favoriser les entrevues avec les scientifiques, ce dernier aspect étant d'une extrême importance pour la suite des événements. Toujours est-il que, dans la foulée de ce nouvel accord, il sera plus difficile pour Washington d'affirmer que Bagdad est en contravention en ce qui a trait à la coopération. On se rappellera que, selon la résolution 1441, le seul fait de ne pas collaborer constituerait une violation qui placerait Bagdad sur le fil du rasoir.
Après s'être rangé aux côtés de Bush sans hésitation aucune, voilà que Blair fait des contorsions, histoire de s'extraire du pétrin dans lequel il s'est mis. S'il n'a pas rejoint le camp des avocats de la résolution 1284, il a par contre laissé tomber que son pays serait prêt à présenter une nouvelle résolution afin «de récolter les avantages du multilatéralisme». Pour l'instant, Bush semble être le seul militant de l'unilatéralisme.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

