Un quartier urbain durable nommé Griffintown
Dans le tintamarre de voix discordantes qui s'élèvent au sujet du mégaprojet Griffintown, tous s'entendent sur une chose: la revitalisation de ce quartier est importante et nécessaire pour le futur de Montréal. Certains journalistes et commentateurs ont laissé entendre à tort que les détracteurs du projet de Devimco voulaient garder Montréal dans l'immobilisme. C'est faux.
Les plus ardents détracteurs de la proposition de Devimco souhaitent au contraire que Griffintown donne à la métropole un nouveau souffle. Ils souhaitent que ce quartier devienne un milieu de vie exemplaire ainsi qu'un catalyseur qui inspirera d'autres projets de développement urbain sensible aux réalités contemporaines, c'est-à-dire au contexte économique, social et environnemental que l'on connaît.
Un projet chancelant
Malgré les minces changements dévoilés cette semaine par le promoteur, la base même du projet de Devimco est chancelante; un centre commercial «urbain» de grandes surfaces et d'enseignes étrangères qui sera accessible par voiture ainsi que 4000 places de stationnement pour ces commerces dont le centre-ville n'a pas besoin. Un fort encouragement au transport par auto — un non-sens, particulièrement en ville — qui décuplera le trafic et la pollution dans le quartier. La fermeture de rues pour les transformer en promenades commerciales intérieures qui font étrangement songer au mail Saint-Roch que la Ville de Québec a eu la brillante idée de démolir dans les dernières années. Une rue Wellington transformée en boulevard à six voies en bordure duquel on nous annonce «la plus belle place publique» du projet, un désolant constat.
On propose des tours d'habitation perchées en retrait sur de vastes basilaires commerciaux, ce qui réduira la présence sur rue des résidants et les contacts visuels si importants pour créer un sentiment de communauté et assurer un cadre de vie sécuritaire. Ces ensembles d'habitation de très grande hauteur réduiront de façon importante la pénétration du soleil au centre des milieux de vie en plus de créer des corridors de vent et des espaces extérieurs aliénants puisque coupés de la lumière et bordés de géants de brique ou de béton.
Que faire?
La relance de Griffintown est en réalité une occasion historique de positionner Montréal avantageusement dans le fort courant international du développement urbain durable. La consultation publique menée par l'arrondissement du Sud-Ouest a mis en lumière un extraordinaire éventail de possibilités. Les revues spécialisées foisonnent également d'idées intéressantes qui pourraient être utilisées à Montréal. Les élus doivent impérativement se servir de ces sources d'information pour faire de Griffintown un véritable quartier du XXIe siècle, un quartier qui carburera principalement à l'énergie humaine.
Il faut cependant rester vigilant; la solution pour Griffintown n'est pas dans le saupoudrage d'idées plaquées après coup et de manière superficielle afin de conquérir l'opinion publique. Le principal changement dont la proposition de Devimco doit faire l'objet est effectivement radical: il faut placer l'humain devant la voiture au coeur même de la logique de développement.
Transport actif
À l'instar de plusieurs autres villes européennes du Nord, les villes suédoises de Stockholm et de Malmö ont inventé des quartiers urbains de forte densité dans lesquels la priorité en matière de mobilité est accordée aux piétons, aux cyclistes, aux marchettes, aux skateboards, aux vélos, bref à tout l'éventail des moyens de transport actifs.
Ces quartiers ont remis en question les infrastructures traditionnelles et ont inventé des infrastructures intelligentes et réduites qui permettent d'économiser l'eau potable, de contrôler en surface les eaux de ruissellement, de réduire le trafic lourd à l'intérieur du quartier, de transformer les déchets domestiques en énergie et de subvenir de façon centralisée aux besoins en chauffage, en climatisation et en électricité de tout un secteur en s'approvisionnant, dans le cas du quartier Bo01 à Malmö, à 100 % de sources renouvelables.
Dans l'Ouest canadien, l'annonce par Windmill Development de la construction de Dockside Green (un quartier urbain en bordure de l'eau) n'a provoqué aucune levée de boucliers et ce projet est devenu un exemple internationalement reconnu de développement résidentiel urbain durable. Pourquoi Montréal se contenterait-il de beaucoup moins?
Réinventer Griffintown
Griffintown offre la chance d'inventer au Québec un quartier urbain familial exemplaire, un quartier où cohabiteront la flore et les gens, un quartier pluriel dans lequel on aura mis en avant les concepts du nouvel urbanisme, un quartier aux visages multiples et colorés, un quartier rempli d'oxygène plutôt que de CO2, un quartier de transports actifs, un quartier définitivement durable.
Est-il trop tard pour réinventer Griffintown? «Il n'est jamais, jamais, jamais trop tard», rétorque la citoyenne et grande dame de l'architecture Phyllis Lambert. Quelques mois de plus afin de définir un projet qui transformera Montréal pour le prochain siècle constitueraient un sage investissement en plus de faire appel à une logique de développement... durable!
Dans cette optique, l'ouverture consentie par Serge Goulet, coprésident de Devimco, offre une lueur d'espoir. Et ses ambitions ne sont pas démesurées: Griffintown peut devenir ce quartier qui rayonnera au-delà des frontières du Québec. Cependant, la proposition de Devimco n'est pas à point. Mais heureusement pour tous et comme en témoigne le rapport de la consultation publique, ce ne sont pas les idées qui manquent. La volonté politique sera-t-elle maintenant au rendez-vous?
***
Cette lettre a obtenu l'appui d'André Bourassa, président de l'Ordre des architectes du Québec, de Raphael Fischler, de Jean-Claude Marsan et de CSR Griffintown (Comité pour le sain redéveloppement de Griffintown): Caroline Andrieux, Hélène Benoit, Jonathan Cha, Phil Conan, Étienne Côté, Michelle Cumyn, Suzanne L. Doucet, Namat Elkouche, Maxime Gagné, Paul Gantous, Ilana Judah, Kim Lacroix, Justin Lefebvre, Sylvain L'Espérance, Donald Nolet, Mélina Planchenault, Elisabeth Patterson, Juliette Patterson, Mathieu Régnier, Martin Troy, Sarah Watson, Chantal Zumbrunn.
Les plus ardents détracteurs de la proposition de Devimco souhaitent au contraire que Griffintown donne à la métropole un nouveau souffle. Ils souhaitent que ce quartier devienne un milieu de vie exemplaire ainsi qu'un catalyseur qui inspirera d'autres projets de développement urbain sensible aux réalités contemporaines, c'est-à-dire au contexte économique, social et environnemental que l'on connaît.
Un projet chancelant
Malgré les minces changements dévoilés cette semaine par le promoteur, la base même du projet de Devimco est chancelante; un centre commercial «urbain» de grandes surfaces et d'enseignes étrangères qui sera accessible par voiture ainsi que 4000 places de stationnement pour ces commerces dont le centre-ville n'a pas besoin. Un fort encouragement au transport par auto — un non-sens, particulièrement en ville — qui décuplera le trafic et la pollution dans le quartier. La fermeture de rues pour les transformer en promenades commerciales intérieures qui font étrangement songer au mail Saint-Roch que la Ville de Québec a eu la brillante idée de démolir dans les dernières années. Une rue Wellington transformée en boulevard à six voies en bordure duquel on nous annonce «la plus belle place publique» du projet, un désolant constat.
On propose des tours d'habitation perchées en retrait sur de vastes basilaires commerciaux, ce qui réduira la présence sur rue des résidants et les contacts visuels si importants pour créer un sentiment de communauté et assurer un cadre de vie sécuritaire. Ces ensembles d'habitation de très grande hauteur réduiront de façon importante la pénétration du soleil au centre des milieux de vie en plus de créer des corridors de vent et des espaces extérieurs aliénants puisque coupés de la lumière et bordés de géants de brique ou de béton.
Que faire?
La relance de Griffintown est en réalité une occasion historique de positionner Montréal avantageusement dans le fort courant international du développement urbain durable. La consultation publique menée par l'arrondissement du Sud-Ouest a mis en lumière un extraordinaire éventail de possibilités. Les revues spécialisées foisonnent également d'idées intéressantes qui pourraient être utilisées à Montréal. Les élus doivent impérativement se servir de ces sources d'information pour faire de Griffintown un véritable quartier du XXIe siècle, un quartier qui carburera principalement à l'énergie humaine.
Il faut cependant rester vigilant; la solution pour Griffintown n'est pas dans le saupoudrage d'idées plaquées après coup et de manière superficielle afin de conquérir l'opinion publique. Le principal changement dont la proposition de Devimco doit faire l'objet est effectivement radical: il faut placer l'humain devant la voiture au coeur même de la logique de développement.
Transport actif
À l'instar de plusieurs autres villes européennes du Nord, les villes suédoises de Stockholm et de Malmö ont inventé des quartiers urbains de forte densité dans lesquels la priorité en matière de mobilité est accordée aux piétons, aux cyclistes, aux marchettes, aux skateboards, aux vélos, bref à tout l'éventail des moyens de transport actifs.
Ces quartiers ont remis en question les infrastructures traditionnelles et ont inventé des infrastructures intelligentes et réduites qui permettent d'économiser l'eau potable, de contrôler en surface les eaux de ruissellement, de réduire le trafic lourd à l'intérieur du quartier, de transformer les déchets domestiques en énergie et de subvenir de façon centralisée aux besoins en chauffage, en climatisation et en électricité de tout un secteur en s'approvisionnant, dans le cas du quartier Bo01 à Malmö, à 100 % de sources renouvelables.
Dans l'Ouest canadien, l'annonce par Windmill Development de la construction de Dockside Green (un quartier urbain en bordure de l'eau) n'a provoqué aucune levée de boucliers et ce projet est devenu un exemple internationalement reconnu de développement résidentiel urbain durable. Pourquoi Montréal se contenterait-il de beaucoup moins?
Réinventer Griffintown
Griffintown offre la chance d'inventer au Québec un quartier urbain familial exemplaire, un quartier où cohabiteront la flore et les gens, un quartier pluriel dans lequel on aura mis en avant les concepts du nouvel urbanisme, un quartier aux visages multiples et colorés, un quartier rempli d'oxygène plutôt que de CO2, un quartier de transports actifs, un quartier définitivement durable.
Est-il trop tard pour réinventer Griffintown? «Il n'est jamais, jamais, jamais trop tard», rétorque la citoyenne et grande dame de l'architecture Phyllis Lambert. Quelques mois de plus afin de définir un projet qui transformera Montréal pour le prochain siècle constitueraient un sage investissement en plus de faire appel à une logique de développement... durable!
Dans cette optique, l'ouverture consentie par Serge Goulet, coprésident de Devimco, offre une lueur d'espoir. Et ses ambitions ne sont pas démesurées: Griffintown peut devenir ce quartier qui rayonnera au-delà des frontières du Québec. Cependant, la proposition de Devimco n'est pas à point. Mais heureusement pour tous et comme en témoigne le rapport de la consultation publique, ce ne sont pas les idées qui manquent. La volonté politique sera-t-elle maintenant au rendez-vous?
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Cette lettre a obtenu l'appui d'André Bourassa, président de l'Ordre des architectes du Québec, de Raphael Fischler, de Jean-Claude Marsan et de CSR Griffintown (Comité pour le sain redéveloppement de Griffintown): Caroline Andrieux, Hélène Benoit, Jonathan Cha, Phil Conan, Étienne Côté, Michelle Cumyn, Suzanne L. Doucet, Namat Elkouche, Maxime Gagné, Paul Gantous, Ilana Judah, Kim Lacroix, Justin Lefebvre, Sylvain L'Espérance, Donald Nolet, Mélina Planchenault, Elisabeth Patterson, Juliette Patterson, Mathieu Régnier, Martin Troy, Sarah Watson, Chantal Zumbrunn.
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