L'injure libyenne
Serge Truffaut
20 janvier 2003
Une année durant, l'un des plus notables pourfendeurs des droits de la personne va présider la Commission des droits de la personne des Nations unies. Il s'agit de la Libye. Que ce pays accède à ce poste revient à abaisser la torture et autres horreurs au statut d'un banal fait divers.
À moins d'un revirement qui serait aussi inattendu que spectaculaire, la Libye du colonel Kadhafi sera officiellement consacrée présidente de la Commission des droits de la personne aujourd'hui. Il en sera ainsi, car cette direction revient cette année à une nation du continent africain. En conséquence, au mois de mars prochain celui que les pays africains ont choisi remplacera la Pologne. Que ces derniers aient choisi un maître des pires arbitraires enregistrés depuis trente ans ne constitue rien de moins qu'un kidnapping des droits de la personne.
À titre de présidente de cette instance, la Libye est appelée à recenser les gouvernements qui multiplient les entraves à la démocratie. Elle devra également communiquer le détail des abus commis. Elle devra enfin travailler à l'élargissement ou à la progression des droits de la personne. Des mandats dont on sait qu'ils ne seront pas respectés pour la simple raison que le bilan de ce pays en ces matières se confond avec l'horreur.
À cet égard, la lecture du chapitre qu'Amnestie internationale a consacré à ce pays est éloquente. En premier lieu, on se rappellera que le contexte général du pays dont Kadhafi fut l'architecte a été dessiné par ce dernier de manière à étouffer toute émergence d'une opposition organisée. Nous sommes en présence d'un pays dirigé par un parti unique. Toute critique du régime étant prohibée, les médias sont à la solde du seigneur des lieux. Ils sont les relais des divagations et obsessions du grand patron qui a maintenu la féodalité du roi Idris qu'il avait renversé, le 1er septembre 1969, pour mieux la recentrer à son avantage.
Après les attentats contre un Boeing au-dessus de Lockerbie, en Écosse, et un autre de la compagnie française UTA, Kadhafi s'est montré plus silencieux, si l'on peut dire, sur la scène internationale mais plus prolixe sur le front intérieur. Tout récemment, six Bulgares et un Palestinien ont été emprisonnés après une parodie de procès parce qu'ils auraient contaminé 400 enfants par le virus du sida à l'occasion d'un complot organisé par les services américains et israéliens. Des immigrés tunisiens et ghanéens sont dans les cachots pour avoir fomenté les manifestations racistes de septembre 2000 au cours desquelles des dizaines de ressortissants de pays de l'Afrique sub-saharienne ont été tués. De prétendus opposants ont été enfermés sans qu'ils puissent se faire entendre, etc.
Il n'est pas nécessaire de décliner l'inventaire des abominations perpétrées par le régime de Kadhafi pour se demander comment il se fait que les nations africaines l'aient choisi. Si celles-ci l'ont nommé, c'est pour mieux cacher ou plutôt freiner toute tentative qui consisterait à mettre un terme à leurs exactions. Il est de notoriété publique que les champions en basses oeuvres de la planète ont noyauté la Commission pour en censurer les rapports et en interdire certaines actions. Autrement dit, le kidnapping des droits de la personne ne date pas d'hier.
Cela rappelé, il faut s'arrêter plus précisément sur le soutien apporté par les membres du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). L'Afrique du sud, le Nigeria, le Sénégal, le Cameroun et d'autres avec eux se sont engagés, lors de la création du NEPAD, à implanter des règles, à favoriser des cultures, pouvant se conjuguer avec saine gestion et démocratie. Et voilà que le temps d'un vote, ils viennent de réduire la crédibilité de l'organisation en question à une peau de chagrin. Ici et là, on ne manquera pas de critiquer toute décision ou geste du NEPAD en arguant justement de la caution qui a été accordée à Kadhafi.
Pour l'heure, on retiendra que la nomination de la Libye aura ceci de désastreux pour la progression des droits de la personne à travers le monde qu'elle va remettre aux calendes grecques ce qui est considéré comme essentiel par tous ceux et celles qui oeuvrent dans ce dossier. De quoi s'agit-il? L'impunité. Depuis des années, les militants de ces droits attendent des lois afin que tous les gouvernements doivent répondre de leurs actes. À l'évidence, il faudra patienter longtemps.
À moins d'un revirement qui serait aussi inattendu que spectaculaire, la Libye du colonel Kadhafi sera officiellement consacrée présidente de la Commission des droits de la personne aujourd'hui. Il en sera ainsi, car cette direction revient cette année à une nation du continent africain. En conséquence, au mois de mars prochain celui que les pays africains ont choisi remplacera la Pologne. Que ces derniers aient choisi un maître des pires arbitraires enregistrés depuis trente ans ne constitue rien de moins qu'un kidnapping des droits de la personne.
À titre de présidente de cette instance, la Libye est appelée à recenser les gouvernements qui multiplient les entraves à la démocratie. Elle devra également communiquer le détail des abus commis. Elle devra enfin travailler à l'élargissement ou à la progression des droits de la personne. Des mandats dont on sait qu'ils ne seront pas respectés pour la simple raison que le bilan de ce pays en ces matières se confond avec l'horreur.
À cet égard, la lecture du chapitre qu'Amnestie internationale a consacré à ce pays est éloquente. En premier lieu, on se rappellera que le contexte général du pays dont Kadhafi fut l'architecte a été dessiné par ce dernier de manière à étouffer toute émergence d'une opposition organisée. Nous sommes en présence d'un pays dirigé par un parti unique. Toute critique du régime étant prohibée, les médias sont à la solde du seigneur des lieux. Ils sont les relais des divagations et obsessions du grand patron qui a maintenu la féodalité du roi Idris qu'il avait renversé, le 1er septembre 1969, pour mieux la recentrer à son avantage.
Après les attentats contre un Boeing au-dessus de Lockerbie, en Écosse, et un autre de la compagnie française UTA, Kadhafi s'est montré plus silencieux, si l'on peut dire, sur la scène internationale mais plus prolixe sur le front intérieur. Tout récemment, six Bulgares et un Palestinien ont été emprisonnés après une parodie de procès parce qu'ils auraient contaminé 400 enfants par le virus du sida à l'occasion d'un complot organisé par les services américains et israéliens. Des immigrés tunisiens et ghanéens sont dans les cachots pour avoir fomenté les manifestations racistes de septembre 2000 au cours desquelles des dizaines de ressortissants de pays de l'Afrique sub-saharienne ont été tués. De prétendus opposants ont été enfermés sans qu'ils puissent se faire entendre, etc.
Il n'est pas nécessaire de décliner l'inventaire des abominations perpétrées par le régime de Kadhafi pour se demander comment il se fait que les nations africaines l'aient choisi. Si celles-ci l'ont nommé, c'est pour mieux cacher ou plutôt freiner toute tentative qui consisterait à mettre un terme à leurs exactions. Il est de notoriété publique que les champions en basses oeuvres de la planète ont noyauté la Commission pour en censurer les rapports et en interdire certaines actions. Autrement dit, le kidnapping des droits de la personne ne date pas d'hier.
Cela rappelé, il faut s'arrêter plus précisément sur le soutien apporté par les membres du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). L'Afrique du sud, le Nigeria, le Sénégal, le Cameroun et d'autres avec eux se sont engagés, lors de la création du NEPAD, à implanter des règles, à favoriser des cultures, pouvant se conjuguer avec saine gestion et démocratie. Et voilà que le temps d'un vote, ils viennent de réduire la crédibilité de l'organisation en question à une peau de chagrin. Ici et là, on ne manquera pas de critiquer toute décision ou geste du NEPAD en arguant justement de la caution qui a été accordée à Kadhafi.
Pour l'heure, on retiendra que la nomination de la Libye aura ceci de désastreux pour la progression des droits de la personne à travers le monde qu'elle va remettre aux calendes grecques ce qui est considéré comme essentiel par tous ceux et celles qui oeuvrent dans ce dossier. De quoi s'agit-il? L'impunité. Depuis des années, les militants de ces droits attendent des lois afin que tous les gouvernements doivent répondre de leurs actes. À l'évidence, il faudra patienter longtemps.
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