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Grogne à la faculté de médecine

Isabelle Paré   17 janvier 2003 
La grogne se fait de plus en plus vive à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, où les étudiants craignent que leur session soit annulée par les moyens de pression des médecins spécialistes. Hier, en signe de protestation, des centaines d'étudiants ont décidé de ne pas se présenter à leurs examens de fin de stage. En assemblée générale, ils étudieront aujourd'hui la possibilité d'intenter un recours juridique pour obtenir réparation des dommages subis.

Au moment où les spécialistes tenaient leur troisième journée d'étude, environ 200 étudiants de troisième année en médecine de l'Université de Montréal ont décidé de voter en faveur du boycottage de leur prochain examen de fin de stage, qui doit avoir lieu fin janvier.

Selon la porte-parole de l'Association des étudiantes et étudiants en médecine de l'Université de Montréal (AEEMUM), Laurence Masson-Côté, ces étudiants estiment que la formation qu'ils devaient recevoir pendant leur stage ce mois-ci a été trop compromise pour qu'ils puissent réussir à l'examen. «Ils considèrent n'avoir pas vu la matière pertinente en janvier pour passer ce test», a affirmé la présidente de l'AEEMUM. En troisième année de médecine, chaque stage à l'hôpital, d'une durée d'environ un mois, se termine par un examen théorique.

Excédés par la situation actuelle, les 855 étudiants, toutes années confondues, seront quant à eux appelés à voter en assemblée générale, aujourd'hui à midi, sur diverses mesures de protestation que l'association étudiante leur proposera. Après avoir donné le mot d'ordre aux étudiants de ne plus acquitter les frais de scolarité le 7 janvier dernier, l'AEEMUM examine maintenant la possibilité d'intenter un recours juridique pour faire valoir les droits des étudiants en médecine.

«Puisqu'ils ne reçoivent plus leurs cours de façon normale, on demande aux étudiants de ne plus acquitter leurs frais de scolarité, mais nos avocats étudient aussi la possibilité d'intenter des recours juridiques», a indiqué Laurence Masson-Côté hier.

L'exaspération a donc atteint son comble à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, où le spectre de l'annulation de la session en cours se fait plus menaçant chaque jour.

En décembre dernier, les étudiants de première et deuxième année avaient aussi boycotté leurs examens cliniques, estimant n'avoir pas vu la matière nécessaire pour réussir adéquatement à cette épreuve pratique.

Pour Laurence Masson-Côté, il est clair que les moyens de pression des médecins spécialistes s'accentuent davantage chaque jour et affectent de plus en plus le cours normal de la session universitaire. L'association étudiante a d'ailleurs tenu hier une manifestation, rue Fullum à Montréal, aux bureaux des ministères de l'Éducation et de la Santé, pour presser les parties de s'entendre.

«Le coeur du problème, c'est le conflit entre Québec et les médecins spécialistes. On leur demande donc de s'entendre rapidement, puisqu'il faut ramener rapidement la qualité de l'éducation en médecine», a insisté Laurence Masson-Côté.

Plus tôt cette semaine, le doyen et le vice-doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal ont eux aussi lancé un cri d'alarme. Ils ont ouvertement évoqué la possibilité de fermer les portes de la faculté pour la session actuelle, faute de professeurs. Si les moyens de pression qui privent les étudiants de professeurs se poursuivent au delà du 31 janvier, les responsables de la faculté craignent d'avoir à recourir à cette mesure extrême.

«Si on ferme, ça veut dire 150 nouveaux médecins de moins, qui n'arriveront pas en pratique l'an prochain», a affirmé Laurence Masson-Côté, qui y voit une catastrophe au moment où une grave pénurie de médecins sévit dans le réseau de la santé.

Depuis la mi-novembre, en raison du conflit qui les oppose au gouvernement du Québec, plusieurs médecins spécialistes ont interrompu une partie de leurs activités d'enseignement. Les universités ne sont toutefois pas toutes touchées puisque plusieurs d'entre elles embauchent des professeurs rémunérés et liés par contrat.

Ce sont presque exclusivement des médecins enseignant de façon bénévole à l'Université de Montréal qui appliquent les moyens de pression. Leurs très rares collègues, rémunérés par l'université, assurent les «services essentiels».

L'apprentissage par problèmes, une méthode pédagogique appliquée en médecine à l'Université de Montréal, prévoit que les cours doivent se dérouler en petits groupes de huit personnes. C'est ce type d'enseignement qui est le plus touché. Faute de professeurs, les étudiants sont réunis en grands groupes de 200, et certaines parties du programme ne peuvent pas être appliquées intégralement.

«On voit que de jour en jour la situation devient de plus en plus intenable. Le ministre Legault se dit confiant de voir les moyens de pression cesser bientôt, a affirmé la porte-parole de l'AEEMUM. Nous voyons tout le contraire: ils se poursuivent et nous affectent de plus en plus.»






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