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Soutenir la vraie révolution en agriculture

8 avril 2008 
Depuis la publication du rapport de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire (CAAAQ), le Québec détient une longueur d'avance, sur la scène internationale, dans la redéfinition de l'agriculture pour que celle-ci concilie mieux alimentation, justice et environnement. Cette semaine, les Nations unies pourraient suivre la piste tracée par la CAAAQ.

L'avenir de l'agriculture fera l'objet d'un débat aux Nations unies cette semaine. Des délégations gouvernementales et des scientifiques du monde entier se réuniront à Johannesburg afin de discuter du rapport final d'évaluation agricole des Nations unies. Depuis trois ans, plusieurs centaines d'experts ont évalué l'état présent de l'agriculture dans le monde. L'exercice se compare aux rapports du GIEC sur l'état du réchauffement planétaire.

Leur rapport final d'évaluation agricole, dont le contenu reste encore à être entériné par les délégués gouvernementaux du monde entier, a de quoi faire réfléchir, car il souligne en long et en large l'échec de l'agriculture industrielle. S'il est adopté sans subir d'amendements majeurs, le rapport pourrait devenir un ouvrage de référence en matière de politique agricole. Son adoption non édulcorée pourrait en fait signifier le commencement de la fin de l'agriculture industrielle telle que nous la connaissons aujourd'hui.

L'ensemble des organismes des Nations unies intéressés à la problématique de l'agriculture a participé au processus de rédaction du rapport de même que des centaines de spécialistes de l'agriculture de réputation internationale. Les délégués gouvernementaux présents à Johannesburg seront invités à en approuver officiellement le contenu. Advenant l'adoption du rapport, on a peine à imaginer comment un organisme national ou international, engagé dans des activités de recherche et de développement agricole, pourrait ensuite choisir d'en ignorer les principales conclusions. Un obstacle demeure: l'appui par les délégations du contenu de ce rapport onusien.

Des principes

Les experts ont rédigé un résumé de la version du rapport préliminaire. Celui-ci circule présentement. Un coup d'oeil aux conclusions équilibrées qu'il comporte est révélateur. On constate que même si les scientifiques divergent d'opinion sur un petit nombre de questions controversées, ils s'entendent sur quelques principes qui remettent en question les fondements mêmes du modèle général de l'agriculture et de l'agroalimentaire industriels.

Voici quelques-unes des conclusions du rapport d'évaluation agricole des Nations unies:

n pendant des années, la priorité a été l'augmentation de la productivité; cette stratégie non durable a eu pour effet de dégrader les ressources naturelles;

- l'avenir de l'agriculture passe par l'agroécologie;

- la culture de la terre ne se réduit pas à des questions de rendement et de profits. L'agriculture est multifonctionnelle par nature, elle comporte d'importantes dimensions culturelles, sociales et environnementales qui sont indispensables au maintien des moyens de subsistance aussi bien à la ville qu'à la campagne;

- la recherche en agriculture doit être redirigée de manière à atténuer les inégalités sociales et à résoudre les problèmes écologiques;

- le savoir scientifique tel qu'il est pratiqué dans les universités ou les instituts de recherche permet certes d'apporter quelques réponses aux défis de notre temps, mais les savoirs locaux et traditionnels devront aussi jouer un grand rôle;

- l'ouverture des marchés nationaux à la compétition internationale non réglementée aura pour résultats de nuire au maintien de la sécurité alimentaire et de l'environnement, en plus de restreindre les mesures d'atténuation de la pauvreté.

Dénonciations

Bref, comme le conclut le résumé du rapport préliminaire: «L'empreinte écologique de l'agriculture industrielle est déjà trop importante pour être ignorée.»

De leur côté, les Américains, la Banque mondiale, Monsanto et autres partisans de l'agrochimie dénoncent actuellement le rapport comme étant mal équilibré et partial. L'industrie des OGM a même décidé de fuir le débat en refusant de participer au processus de discussion entourant le rapport.

L'agriculture industrielle et l'industrie des OGM ont nourri des espoirs fallacieux, et le temps est venu d'en prendre conscience. C'est le moment de soutenir la véritable révolution en agriculture: elle seule permettra de satisfaire les besoins des communautés locales et de l'environnement et de restaurer les terres agricoles.

En attendant, le gouvernement du Québec devrait faire preuve de plus d'audace et mettre en place rapidement les recommandations de la CAAAQ, qui font manifestement écho aux dernières tendances internationales en faveur de l'agroécologie.

Le rapport préliminaire d'évaluation de l'agriculture des Nations unies est disponible à l'adresse suivante: www.agassessment.org.






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