Incendie du Manège militaire - Après le deuil...
Philippe Aungier O'Brien - Milan
8 avril 2008
Après le Manoir Montmorency (construit en 1781, incendié en 1993), l'Auberge Hatley (construite en 1903, incendiée en 2006) et alouette, une pièce de la déjà très réduite palette de l'architecture historique du Québec s'envole en flammes, avec l'anéantissement du Manège militaire de Québec. Cet événement eût-il été une occurrence unique, surprenante, hors de l'ordinaire, il y aurait lieu de faire le deuil d'un vieux caillou et de passer à autre chose.
Mais lorsque, comme aujourd'hui, nous constatons le fruit de la récurrence stupide de l'insouciance et de l'incompétence, coupable de la destruction des élégantes et rares constructions du passé québécois, nous avons le devoir et le droit d'exiger que la responsabilité soit attribuée convenablement.
Revenant [dimanche] d'un parcours à pied dans le vieux centre de Milan, capitale des Lombards d'autrefois, j'ai été mis au fait par courriel de la dévastation tragique de cet édifice dont j'admirais jusqu'à récemment la beauté, et qui emporte avec lui des archives remontant au XIXe siècle. Tristesse profonde, puis, surtout, colère du même acabit: encore une fois, une fois de plus, nous assistons bêtement à l'annihilation de notre histoire, pourtant faite de si peu.
Des accidents?
On appellera avec satisfaction ces incendies — celui du Manège, celui de l'Auberge Hatley, celui du Manoir Montmorency, toujours pour ne nommer que ceux-là — des «accidents» (on peut par ailleurs noter que, dans les trois cas, la pulvérisation s'est produite pendant des travaux).
Peut-on souhaiter aujourd'hui que l'éveil se fasse? La propriété d'un édifice de ce type implique la responsabilité fondamentale pour son maintien; or, la dilapidation déjà avancée du Manège militaire, propriété de l'État fédéral, était manifeste pour quiconque ayant constaté l'état de son enceinte. Des individus et des institutions sont complices et responsables de cette lacération transversale, réelle coupe à blanc du domaine collectif.
Il devient d'autant plus difficile à comprendre cette liquidation nationale lorsque l'on constate ce que se fait ailleurs, dans les pays qui disposent d'un parc immobilier patrimonial suffisant pour se permettre ce genre d'ineptie. Qu'au travers de la répétition de guerres et de mises à sac délibérées, l'Italie, et toute l'Europe, vit, respire et adapte un capital historique au poids de milliers d'années, nous ne paraissons que d'autant plus maladroits.
Il aura fallu Brennos, Alaric, Geiséric, Totila, Robert Guiscard et Charles Quint pour mettre Rome à sac; nous n'avions, quant à nous, qu'à nous fier à nous-mêmes pour bien exterminer les quelques monuments dignes de ce nom édifiés au cours de quatre brefs siècles de présence.
Insouciance et désintérêt
Une fois que nous aurons fait le deuil du Manège militaire, donc, détruit stupidement par un manquement insensé, nous ferons le compte du nombre effarant de constructions qui ont explosé de la même manière cruche, par insouciance et désintérêt des autorités responsables. Il nous viendra peut être à l'esprit que nous sommes en présence de la plus haute incompétence. Est-il possible, aujourd'hui, au Québec, de gérer un édifice d'une quelconque valeur historique sans y mettre allègrement le feu?
Après cette petite tragédie, nous ne devons pas perdre de vue la responsabilité qui repose sur ceux qui ont négligé. Il faudra exiger le procès à l'incompétence de ceux qui, ayant eu la garde de notre patrimoine architectural collectif, le réduisent ainsi en cendres. Et puis, il faudra enfin poser pied et exiger une fois pour toutes la préservation de ce qu'il nous reste.
Le Manège militaire sera peut-être reconstruit, comme l'a proposé le maire de Québec Régis Labeaume, et il se joindra, comme le Manoir Montmorency, à la joyeuse ribambelle d'édifices d'appellation contrôlée Disneyland dont le Québec est déjà bien truffé, grâce aux préservations de façades. Ou encore, comme à North Hatley, on annoncera en catimini qu'il en coûtera trop pour redonner un petit arrière-goût de ce qu'on a enlevé, par impéritie, à nos enfants et petits-enfants.
D'une façon ou d'une autre, nous avons perdu définitivement un grand édifice public extraordinaire, qui présidait sur une superficie qui avait jusqu'à hier pour potentiel d'être parmi les plus belles grand-places publiques du Québec.
Encore une fois, presque comme par habitude: quel dommage!
Mais lorsque, comme aujourd'hui, nous constatons le fruit de la récurrence stupide de l'insouciance et de l'incompétence, coupable de la destruction des élégantes et rares constructions du passé québécois, nous avons le devoir et le droit d'exiger que la responsabilité soit attribuée convenablement.
Revenant [dimanche] d'un parcours à pied dans le vieux centre de Milan, capitale des Lombards d'autrefois, j'ai été mis au fait par courriel de la dévastation tragique de cet édifice dont j'admirais jusqu'à récemment la beauté, et qui emporte avec lui des archives remontant au XIXe siècle. Tristesse profonde, puis, surtout, colère du même acabit: encore une fois, une fois de plus, nous assistons bêtement à l'annihilation de notre histoire, pourtant faite de si peu.
Des accidents?
On appellera avec satisfaction ces incendies — celui du Manège, celui de l'Auberge Hatley, celui du Manoir Montmorency, toujours pour ne nommer que ceux-là — des «accidents» (on peut par ailleurs noter que, dans les trois cas, la pulvérisation s'est produite pendant des travaux).
Peut-on souhaiter aujourd'hui que l'éveil se fasse? La propriété d'un édifice de ce type implique la responsabilité fondamentale pour son maintien; or, la dilapidation déjà avancée du Manège militaire, propriété de l'État fédéral, était manifeste pour quiconque ayant constaté l'état de son enceinte. Des individus et des institutions sont complices et responsables de cette lacération transversale, réelle coupe à blanc du domaine collectif.
Il devient d'autant plus difficile à comprendre cette liquidation nationale lorsque l'on constate ce que se fait ailleurs, dans les pays qui disposent d'un parc immobilier patrimonial suffisant pour se permettre ce genre d'ineptie. Qu'au travers de la répétition de guerres et de mises à sac délibérées, l'Italie, et toute l'Europe, vit, respire et adapte un capital historique au poids de milliers d'années, nous ne paraissons que d'autant plus maladroits.
Il aura fallu Brennos, Alaric, Geiséric, Totila, Robert Guiscard et Charles Quint pour mettre Rome à sac; nous n'avions, quant à nous, qu'à nous fier à nous-mêmes pour bien exterminer les quelques monuments dignes de ce nom édifiés au cours de quatre brefs siècles de présence.
Insouciance et désintérêt
Une fois que nous aurons fait le deuil du Manège militaire, donc, détruit stupidement par un manquement insensé, nous ferons le compte du nombre effarant de constructions qui ont explosé de la même manière cruche, par insouciance et désintérêt des autorités responsables. Il nous viendra peut être à l'esprit que nous sommes en présence de la plus haute incompétence. Est-il possible, aujourd'hui, au Québec, de gérer un édifice d'une quelconque valeur historique sans y mettre allègrement le feu?
Après cette petite tragédie, nous ne devons pas perdre de vue la responsabilité qui repose sur ceux qui ont négligé. Il faudra exiger le procès à l'incompétence de ceux qui, ayant eu la garde de notre patrimoine architectural collectif, le réduisent ainsi en cendres. Et puis, il faudra enfin poser pied et exiger une fois pour toutes la préservation de ce qu'il nous reste.
Le Manège militaire sera peut-être reconstruit, comme l'a proposé le maire de Québec Régis Labeaume, et il se joindra, comme le Manoir Montmorency, à la joyeuse ribambelle d'édifices d'appellation contrôlée Disneyland dont le Québec est déjà bien truffé, grâce aux préservations de façades. Ou encore, comme à North Hatley, on annoncera en catimini qu'il en coûtera trop pour redonner un petit arrière-goût de ce qu'on a enlevé, par impéritie, à nos enfants et petits-enfants.
D'une façon ou d'une autre, nous avons perdu définitivement un grand édifice public extraordinaire, qui présidait sur une superficie qui avait jusqu'à hier pour potentiel d'être parmi les plus belles grand-places publiques du Québec.
Encore une fois, presque comme par habitude: quel dommage!
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