Onze trekkeuses et vingt-cinq sherpas
Namasté. La famille Poune enguirlandée de rhododendrons à chaque arrivée et à chaque départ. Le véritable choc culturel de la délégation du trek des femmes pour le développement et la paix.
En quittant l'aéroport PET, nous étions des Morin, des Thifault, des Lalonde, des Leblanc et des Blanchette. Mais une fois grimpées à 3200 mètres dans les hauteurs himalayennes, l'évidence nous a sauté au visage comme un tika rouge en plein milieu du front: nous devenions des «Poune» (ça s'écrit «Pun» mais ça rime avec «foufounes»), l'équivalent des Tremblay au Québec.
Nila Poune, Nita Poune, Tika Poune ou Moumoune Poune (la porte-parole): nous étions désormais une nouvelle famille de poupounes qui affronterait pendant dix jours les joies et les vicissitudes de la proximité, de l'adversité, de la solidarité, de la complicité, de l'émerveillement et de l'égarement inhérents au nomadisme.
Et tout ça avec humour. Nous devenions responsables du tout et de chacune de ses parties, «warts and all», comme disent les vrais amoureux.
J'ai pris conscience de nos liens consanguins après une énième conversation sur l'état de nos viscères au petit-déjeuner mais surtout lorsque nos 25 sherpas se sont perdus à la septième journée parce que deux villages portaient le même nom dans un rayon de dix kilomètres!
La famille Poune a procédé à une «mise en commun» (une réunion, en jargon communautaire) pour décider qui coucherait sur le sol en terre battue de l'école de Marang et qui irait dormir avec les poules chez le directeur d'école. J'étais mandatée pour les poules (ou le directeur), sorte de privilège qui échoit aux moumounes, j'imagine.
J'ai mollement évoqué le SRAS, et la grosseur de mon dufflebag justifiait à lui seul mon hypocondrie contagieuse. Heureusement, les sherpas sont réapparus nourris par nos applaudissements et sans l'aide d'un GPS. Shiva est grand.
Des nanas et des yaks
Tout le monde se sacre du Népal, me disais-je au départ. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai accepté d'y aller. Être la porte-parole d'un trek de femmes au Népal m'effrayait davantage pour la portion femme que pour la portion trek. Je n'avais certes pas prévu m'exercer au stairmaster six heures par jour, sur 83 kilomètres, mais le cardio a tenu la route.
La partie terrorisante, c'étaient ces femmes de tête, triées sur le volet, la plupart issues du travail social, du milieu communautaire, et même une jeune conseillère municipale de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud. Des battantes, engagées, croyantes.
Ces participantes au trek sur le leadership au féminin font partie de la trame du tissu social québécois, mais on ne les voit jamais s'agiter à la télé. «Le leadership, ça ne se prend pas, on te le donne», m'a dit Nathalie Morin, chargée de projets à l'Office municipal d'habitation de Montréal.
Il y avait aussi un trek sur le thème de la santé et un trek autochtone au même moment, dans deux autres régions du Népal. En connaissez-vous beaucoup, des femmes de 26-30-40-58 ans, qui réussissent à ramasser 4000 $ pour aller faire du travail communautaire dans la grosse poussière pendant leurs semaines de vacances après avoir escaladé tous les pitons rocheux, grelotté dans la neige et sous la pluie, évité toutes les bouses de vache et au risque de se casser le cou? Moi non plus.
Ça prend des idéalistes, avec des maîtrises en psychosociologie de la communication et en gestion de projets, pour faire ça avec un sourire large comme le derrière d'un yak et sans chialer (elles m'ont concédé cette partie délicate du programme). Des filles habituées à négocier, concilier, écouter, capter les sous-messages en quatre copies et répondre: «Je te reçois dans ce que tu me dis.»
Un pas vers le nirvana
Elles m'ont sauvé la vie plus d'une fois, fait traverser des ponts suspendus au propre et au figuré en m'obligeant à chanter fort, tendu la main et délesté du sac à dos quand j'allais m'évanouir d'hypoglycémie au sommet d'un ravin. Des filles comme ça: capables d'accueillir, qui savent que ventiler, c'est déjà un pas vers le nirvana.
Et moi, tout du long, je suis leur témoin, leur «spoken» comme elles disent, celle qu'elles ont affectueusement baptisée le «gros cas» parce que je fuis les tikas sous mon chapeau 100 % anti-UV (la poudre rouge dont on nous saupoudre le front à chaque arrivée et chaque départ de village).
Le tika est censé nous porter chance, saluer la victoire et protéger notre folle équipée. «Token of love», disent les Népalais. Ils ont même poussé l'audace jusqu'à y mêler du riz cuit et collant. C'est la seule fois où j'ai vu Nathalie Morin virer au bleu: «Non mais... Du pouding au riz dans la face! J'aurai tout vu. Le Népal, c'est pas pour les moumounes!»
L'utopie des unes, c'est le Prozac des autres
Le Népal, tout le monde s'en sacre, mais à force d'y être, on s'y attache de plus en plus. Ce sont les Népalais qui nous observent et presque pas l'inverse. Coincée entre la réunionite aiguë et le lourd protocole du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI)-Népal, «mes» trekkeuses et les attentes des villages qui n'ont jamais reçu la visite d'Occidentaux, je me suis réveillée une nuit dans ma tente pour écrire: «J'assiste à la rencontre au sommet d'une utopie bureaucratique d'ONG, au rêve de certaines participantes qui se sentent bousculées par un "programme ACDI inc." et à l'espoir d'un peuple enclavé dans ses montagnes qui pense que le tourisme le sauvera avant sa prochaine réincarnation. Très divertissant, mais maudit que c'est de l'ouvrage.» Je n'étais pas loin du délire propice à écrire des récits de voyage qui seront pilonnés par l'éditeur dans un an. N'est pas Alexandra David-Néel qui veut.
Après dix jours de trek, je n'ai jamais pu me réconcilier avec l'idée que nous étions venues parler de leadership à des femmes qui manquent de tout, surtout de l'essentiel (pour vos dons: www.ceci.ca).
Mais on ne va pas cracher dans la soupe; j'ai tendance à rechercher des résultats immédiats. Les filles qui m'accompagnaient, elles, sont formées dans l'action à petite échelle, dans l'intervention par groupuscules, dans le caring, le mentorship qui change le monde, le cas-par-cas, le «renforcement des capacités», l'empowerment par l'exemple, propulsées par une quête personnelle et apôtres de l'effet papillon.
«Moi, je veux agir à un niveau micro pour ne pas devenir cynique», m'a confié Myriam Fehmiu, chargée du vidéo institutionnel du CECI. «C'est seulement là que je peux faire une différence.»
Ces filles-là ne seront jamais décorées par la gouverneur générale du Canada. Encore que je les verrais bien recevoir l'Ordre du Canada des meilleures Poune. Patientes, généreuses, disponibles, pas du tout féministes-activistes-révolutionnaires-blabla-stérile qui se baladent avec leur diva cup (www.divacup.com) comme signe de ralliement sur leur sac à dos.
Des filles ordinaires mais sans fadeur — plutôt le contraire —, avides de faire bouger les choses dans le quotidien, au jour le jour, dans le concret. Des filles qui jouent au volleyball et à la marelle avec des gamins népalais en se levant le matin, nu-pieds, avant d'enfiler leurs bottes pour aller affronter des montées qui n'ont rien à voir avec une balade au mont Saint-Hilaire.
Davantage que les neiges éternelles, plus que les Népalais qu'elles qualifiaient de «relationnels», ce sont elles qui m'ont impressionnée. Tout simplement parce que j'ai pu mesurer le chemin qu'elles avaient parcouru et l'abîme culturel qui les séparait de ces communautés perdues auxquelles l'Occident vient tendre la main du progrès tout en oubliant que le progrès, ça vient parfois avec des antidépresseurs, des dettes pis une télé pour s'oublier dedans.
***
Je leur laisse le mot de la fin puisque ce voyage leur appartient. Je leur ai demandé de décrire leur trek en un mot: Deborah, la grâce; Lynne, intense; Rosée, sourire; Nat Thifault, voyage intérieur; Nat Morin, posture; Marie-Ève, supercalifragilistique; Binita, apprentissage; Geneviève, Ramro Sar (magnifique); Marie, paix.
***
«Ma caravane comprend vingt porteurs de bagages, plus huit hommes qui se relaient pour me porter et huit autres encore qui portent, en se relayant aussi, les hamacs de Passang et du cuisinier.»
«Toujours la foule — plusieurs centaines de gens — qui m'entourait, faisait cercle quand je m'arrêtais, s'immobilisait, offrandes en main, au seuil des temples où ils allaient faire leurs dévotions ou même, informés de ce qui se passait au-dehors, abandonnaient les dieux pour venir regarder l'étrangère.» - Au coeur des Himalayas - Le Népal, Alexandra David-Néel
«Il découvre la lenteur forcée - Celle qui vide les jours de tout avenir - Et enferme sa marche dans le présent qui tue.»
«Il habite une cathédrale de moraine - Que la fonte des ans lui a laissé sans partage. - Il est le pèlerin sans cortège ni chemin - Qui vit sous l'amoncellement de choses vieillies.» - «Éloge de la marche», Cadences, Marcel Labine
***
Adoré: le collectif de textes poétiques, de fiction ou de réflexion dans le dernier numéro (116) de Moebius, «Éloge de la marche». Si «marcher, c'est promener son rêve», alors je veux bien rêver en compagnie de Louky Bersianik, Marc Vaillancourt, Bianca Côté, Madeleine Monette, Lysanne Langevin, Marcel Labine et tant d'autres promeneurs du dimanche et de tous les jours de la semaine. Très urbain, mais s'applique à tous les gabarits de mollets.
Noté: dans l'édition du Devoir du 15 mars dernier que le Népal avait fermé les pentes de l'Everest jusqu'au 10 mai prochain afin d'éviter que le passage de la flamme olympique ne soit perturbé par les manifestations pro-Tibet. La Chine éternue et le Népal tend le pashmina.
Acheté: Babes in the Woods de Bobbi Hadley (Falcon), un guide sur le camping au féminin (sans sherpas). J'ai beaucoup aimé le côté «you go girl» de ce bouquin qui tente de redéfinir ce passe-temps macho. Comment survivre à l'esthétisme, au mauvais temps, à l'impossibilité de se laver, et surtout comment réduire les bagages! J'aurais dû le lire avant de partir, pas après...
Souri: en parcourant Scénario catastrophe! - Manuel de survie: En voyage. Tout y est pour aller dans un pays en développement: comment survivre à une émeute ou à une prise d'otages, comment s'orienter sans boussole (GPS, miroir, sherpa), comment survivre à un tsunami ou à une tempête de sable, comment maîtriser un chameau (yak, mule, sherpa) emballé. Très pratico-pratique sous ses dehors farfelus.
***
cherejoblo@ledevoir.com.
Nila Poune, Nita Poune, Tika Poune ou Moumoune Poune (la porte-parole): nous étions désormais une nouvelle famille de poupounes qui affronterait pendant dix jours les joies et les vicissitudes de la proximité, de l'adversité, de la solidarité, de la complicité, de l'émerveillement et de l'égarement inhérents au nomadisme.
Et tout ça avec humour. Nous devenions responsables du tout et de chacune de ses parties, «warts and all», comme disent les vrais amoureux.
J'ai pris conscience de nos liens consanguins après une énième conversation sur l'état de nos viscères au petit-déjeuner mais surtout lorsque nos 25 sherpas se sont perdus à la septième journée parce que deux villages portaient le même nom dans un rayon de dix kilomètres!
La famille Poune a procédé à une «mise en commun» (une réunion, en jargon communautaire) pour décider qui coucherait sur le sol en terre battue de l'école de Marang et qui irait dormir avec les poules chez le directeur d'école. J'étais mandatée pour les poules (ou le directeur), sorte de privilège qui échoit aux moumounes, j'imagine.
J'ai mollement évoqué le SRAS, et la grosseur de mon dufflebag justifiait à lui seul mon hypocondrie contagieuse. Heureusement, les sherpas sont réapparus nourris par nos applaudissements et sans l'aide d'un GPS. Shiva est grand.
Des nanas et des yaks
Tout le monde se sacre du Népal, me disais-je au départ. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai accepté d'y aller. Être la porte-parole d'un trek de femmes au Népal m'effrayait davantage pour la portion femme que pour la portion trek. Je n'avais certes pas prévu m'exercer au stairmaster six heures par jour, sur 83 kilomètres, mais le cardio a tenu la route.
La partie terrorisante, c'étaient ces femmes de tête, triées sur le volet, la plupart issues du travail social, du milieu communautaire, et même une jeune conseillère municipale de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud. Des battantes, engagées, croyantes.
Ces participantes au trek sur le leadership au féminin font partie de la trame du tissu social québécois, mais on ne les voit jamais s'agiter à la télé. «Le leadership, ça ne se prend pas, on te le donne», m'a dit Nathalie Morin, chargée de projets à l'Office municipal d'habitation de Montréal.
Il y avait aussi un trek sur le thème de la santé et un trek autochtone au même moment, dans deux autres régions du Népal. En connaissez-vous beaucoup, des femmes de 26-30-40-58 ans, qui réussissent à ramasser 4000 $ pour aller faire du travail communautaire dans la grosse poussière pendant leurs semaines de vacances après avoir escaladé tous les pitons rocheux, grelotté dans la neige et sous la pluie, évité toutes les bouses de vache et au risque de se casser le cou? Moi non plus.
Ça prend des idéalistes, avec des maîtrises en psychosociologie de la communication et en gestion de projets, pour faire ça avec un sourire large comme le derrière d'un yak et sans chialer (elles m'ont concédé cette partie délicate du programme). Des filles habituées à négocier, concilier, écouter, capter les sous-messages en quatre copies et répondre: «Je te reçois dans ce que tu me dis.»
Un pas vers le nirvana
Elles m'ont sauvé la vie plus d'une fois, fait traverser des ponts suspendus au propre et au figuré en m'obligeant à chanter fort, tendu la main et délesté du sac à dos quand j'allais m'évanouir d'hypoglycémie au sommet d'un ravin. Des filles comme ça: capables d'accueillir, qui savent que ventiler, c'est déjà un pas vers le nirvana.
Et moi, tout du long, je suis leur témoin, leur «spoken» comme elles disent, celle qu'elles ont affectueusement baptisée le «gros cas» parce que je fuis les tikas sous mon chapeau 100 % anti-UV (la poudre rouge dont on nous saupoudre le front à chaque arrivée et chaque départ de village).
Le tika est censé nous porter chance, saluer la victoire et protéger notre folle équipée. «Token of love», disent les Népalais. Ils ont même poussé l'audace jusqu'à y mêler du riz cuit et collant. C'est la seule fois où j'ai vu Nathalie Morin virer au bleu: «Non mais... Du pouding au riz dans la face! J'aurai tout vu. Le Népal, c'est pas pour les moumounes!»
L'utopie des unes, c'est le Prozac des autres
Le Népal, tout le monde s'en sacre, mais à force d'y être, on s'y attache de plus en plus. Ce sont les Népalais qui nous observent et presque pas l'inverse. Coincée entre la réunionite aiguë et le lourd protocole du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI)-Népal, «mes» trekkeuses et les attentes des villages qui n'ont jamais reçu la visite d'Occidentaux, je me suis réveillée une nuit dans ma tente pour écrire: «J'assiste à la rencontre au sommet d'une utopie bureaucratique d'ONG, au rêve de certaines participantes qui se sentent bousculées par un "programme ACDI inc." et à l'espoir d'un peuple enclavé dans ses montagnes qui pense que le tourisme le sauvera avant sa prochaine réincarnation. Très divertissant, mais maudit que c'est de l'ouvrage.» Je n'étais pas loin du délire propice à écrire des récits de voyage qui seront pilonnés par l'éditeur dans un an. N'est pas Alexandra David-Néel qui veut.
Après dix jours de trek, je n'ai jamais pu me réconcilier avec l'idée que nous étions venues parler de leadership à des femmes qui manquent de tout, surtout de l'essentiel (pour vos dons: www.ceci.ca).
Mais on ne va pas cracher dans la soupe; j'ai tendance à rechercher des résultats immédiats. Les filles qui m'accompagnaient, elles, sont formées dans l'action à petite échelle, dans l'intervention par groupuscules, dans le caring, le mentorship qui change le monde, le cas-par-cas, le «renforcement des capacités», l'empowerment par l'exemple, propulsées par une quête personnelle et apôtres de l'effet papillon.
«Moi, je veux agir à un niveau micro pour ne pas devenir cynique», m'a confié Myriam Fehmiu, chargée du vidéo institutionnel du CECI. «C'est seulement là que je peux faire une différence.»
Ces filles-là ne seront jamais décorées par la gouverneur générale du Canada. Encore que je les verrais bien recevoir l'Ordre du Canada des meilleures Poune. Patientes, généreuses, disponibles, pas du tout féministes-activistes-révolutionnaires-blabla-stérile qui se baladent avec leur diva cup (www.divacup.com) comme signe de ralliement sur leur sac à dos.
Des filles ordinaires mais sans fadeur — plutôt le contraire —, avides de faire bouger les choses dans le quotidien, au jour le jour, dans le concret. Des filles qui jouent au volleyball et à la marelle avec des gamins népalais en se levant le matin, nu-pieds, avant d'enfiler leurs bottes pour aller affronter des montées qui n'ont rien à voir avec une balade au mont Saint-Hilaire.
Davantage que les neiges éternelles, plus que les Népalais qu'elles qualifiaient de «relationnels», ce sont elles qui m'ont impressionnée. Tout simplement parce que j'ai pu mesurer le chemin qu'elles avaient parcouru et l'abîme culturel qui les séparait de ces communautés perdues auxquelles l'Occident vient tendre la main du progrès tout en oubliant que le progrès, ça vient parfois avec des antidépresseurs, des dettes pis une télé pour s'oublier dedans.
***
Je leur laisse le mot de la fin puisque ce voyage leur appartient. Je leur ai demandé de décrire leur trek en un mot: Deborah, la grâce; Lynne, intense; Rosée, sourire; Nat Thifault, voyage intérieur; Nat Morin, posture; Marie-Ève, supercalifragilistique; Binita, apprentissage; Geneviève, Ramro Sar (magnifique); Marie, paix.
***
«Ma caravane comprend vingt porteurs de bagages, plus huit hommes qui se relaient pour me porter et huit autres encore qui portent, en se relayant aussi, les hamacs de Passang et du cuisinier.»
«Toujours la foule — plusieurs centaines de gens — qui m'entourait, faisait cercle quand je m'arrêtais, s'immobilisait, offrandes en main, au seuil des temples où ils allaient faire leurs dévotions ou même, informés de ce qui se passait au-dehors, abandonnaient les dieux pour venir regarder l'étrangère.» - Au coeur des Himalayas - Le Népal, Alexandra David-Néel
«Il découvre la lenteur forcée - Celle qui vide les jours de tout avenir - Et enferme sa marche dans le présent qui tue.»
«Il habite une cathédrale de moraine - Que la fonte des ans lui a laissé sans partage. - Il est le pèlerin sans cortège ni chemin - Qui vit sous l'amoncellement de choses vieillies.» - «Éloge de la marche», Cadences, Marcel Labine
***
Adoré: le collectif de textes poétiques, de fiction ou de réflexion dans le dernier numéro (116) de Moebius, «Éloge de la marche». Si «marcher, c'est promener son rêve», alors je veux bien rêver en compagnie de Louky Bersianik, Marc Vaillancourt, Bianca Côté, Madeleine Monette, Lysanne Langevin, Marcel Labine et tant d'autres promeneurs du dimanche et de tous les jours de la semaine. Très urbain, mais s'applique à tous les gabarits de mollets.
Noté: dans l'édition du Devoir du 15 mars dernier que le Népal avait fermé les pentes de l'Everest jusqu'au 10 mai prochain afin d'éviter que le passage de la flamme olympique ne soit perturbé par les manifestations pro-Tibet. La Chine éternue et le Népal tend le pashmina.
Acheté: Babes in the Woods de Bobbi Hadley (Falcon), un guide sur le camping au féminin (sans sherpas). J'ai beaucoup aimé le côté «you go girl» de ce bouquin qui tente de redéfinir ce passe-temps macho. Comment survivre à l'esthétisme, au mauvais temps, à l'impossibilité de se laver, et surtout comment réduire les bagages! J'aurais dû le lire avant de partir, pas après...
Souri: en parcourant Scénario catastrophe! - Manuel de survie: En voyage. Tout y est pour aller dans un pays en développement: comment survivre à une émeute ou à une prise d'otages, comment s'orienter sans boussole (GPS, miroir, sherpa), comment survivre à un tsunami ou à une tempête de sable, comment maîtriser un chameau (yak, mule, sherpa) emballé. Très pratico-pratique sous ses dehors farfelus.
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cherejoblo@ledevoir.com.
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