Réseau Plus victime de son succès
Martine Mauroy - Directrice générale de l'Association des cinémas parallèles du Québec
3 avril 2008
Créée en 1979, l'Association des cinémas parallèles du Québec (ACPQ) compte aujourd'hui une soixantaine de membres, c'est-à-dire des salles parallèles et des festivals cinématographiques en région. Une quarantaine de ces salles sont regroupées sous l'enseigne Réseau Plus et confient leur programmation à l'ACPQ. Depuis le début de ses activités, en 1992, avec cinq salles, le Réseau Plus progresse lentement mais sûrement: 35 salles de plus en 16 ans, soit une moyenne de deux ou trois nouveaux lieux de diffusion par année.
Les salles parallèles sont majoritairement situées dans des lieux polyvalents. Ainsi, nombreuses sont les salles de spectacles qui, un soir par semaine en région, offrent du cinéma d'auteur à leur clientèle grâce à notre réseau. Le succès du Réseau Plus n'est pas magique. On le doit aux bénévoles et aux travailleurs culturels des régions, qui se sont unis pour offrir à leurs concitoyens des oeuvres cinématographiques de qualité sur grand écran.
Une telle structure n'aurait pas été créée et ne pourrait pas continuer à se développer si elle ne répondait pas à un besoin. L'ACPQ, le Réseau Plus et ses membres se battent depuis de nombreuses années pour que tous les Québécois aient accès rapidement sur grand écran aux films d'auteur d'ici et d'ailleurs. Ces dernières années, les films sortent de plus en plus rapidement en DVD, et la fenêtre de temps pour leur exploitation en salle se rétrécit d'autant.
Pas de passe-droit
Avec l'augmentation du nombre de ses salles, le Réseau Plus doit avoir rapidement accès aux oeuvres afin d'avoir le temps de les présenter et de pouvoir profiter de leur couverture médiatique. Il s'agit autant de la survie de ce réseau que du respect d'un droit d'accès égal aux productions cinématographiques d'ici et d'ailleurs pour tous les citoyens du Québec.
Le Réseau Plus ne demande pas et n'a jamais demandé de passe-droit. Il respecte le système en place et loue ses films à des distributeurs québécois à qui il paye les droits de diffusion selon les lois du marché. Pourquoi les distributeurs québécois ne peuvent-ils pas seuls décider de la meilleure exploitation possible de leurs films en salle?
Pourquoi retirer de la programmation d'une salle commerciale à Québec Le Fils de l'épicier, film français d'Éric Guirado, parce qu'il passe un soir dans une salle parallèle à Baie-Comeau? Comment expliquer qu'on mette fin à l'exploitation au Quartier Latin du film Sur le Yangzi, documentaire québécois de Yung Chang, parce qu'il va être présenté dans une salle parallèle à Rimouski? Qu'est-ce qui justifie qu'Un baiser s'il vous plaît d'Emmanuel Mouret ne puisse pas prendre l'affiche au Quartier Latin de Montréal, au cinéma Beauport de Québec et à la Maison du cinéma de Sherbrooke parce qu'il occupera un soir l'écran de salles parallèles à Sept-Îles, Chandler et Gaspé?
Ce sont trois films auxquels les spectateurs des salles parallèles du Québec sont en droit d'avoir accès. Un distributeur ne peut-il pas choisir de bien servir à la fois le réseau commercial et le réseau parallèle afin de maximiser la rentabilité du produit culturel qu'il met sur le marché? La libre circulation des films existe-t-elle au Québec?
Pas de concurrence déloyale
Les salles parallèles ne font pas et n'ont jamais fait de concurrence déloyale aux salles commerciales. Le Réseau Plus a réalisé en 2007 des recettes d'environ
600 000 $ alors que le box-office total des salles commerciales s'est élevé à 181 millions. Notre réseau représente donc moins de 0,3 % du marché. En 2007, le Réseau Plus a reçu 220 000 $ de la SODEC; pour la même période, il a versé plus de 200 000 $ aux distributeurs québécois pour la location des films. Combien d'organismes culturels sans but lucratif au Québec payent aux industries culturelles québécoises indépendantes des sommes équivalentes à celles qu'ils reçoivent de l'État?
Pour une fois, ne peut-on pas se réjouir du succès d'une initiative culturelle née des régions, pour les régions, et qui continue son travail en région? Le gouvernement du Québec a signifié son engagement auprès des salles parallèles dans son Plan de soutien au cinéma et à la production audiovisuelle en 2003. Il consacre des sommes à la diffusion des oeuvres en région. L'ACPQ et ses membres livrent la marchandise. Le Réseau Plus s'est développé et doit pouvoir continuer de le faire.
De l'aide, s'il vous plaît
Les cinéphiles et les membres de l'ACPQ de toutes les régions du Québec demandent donc à Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, de les aider à obtenir finalement l'accès rapide aux copies et d'intervenir auprès des acteurs concernés de l'industrie cinématographique pour que les distributeurs québécois puissent travailler sans subir de pressions indues et aient le droit d'approvisionner le réseau des salles parallèles.
La ministre St-Pierre croit-elle sincèrement que de nouvelles discussions avec différents représentants du milieu, de la SODEC et de son ministère permettront de régler le problème de l'accès aux copies de films pour les régions? Le moment est venu d'agir et de corriger par voie réglementaire une situation qui s'envenime. En arriverons-nous un jour à devoir demander la permission à Cineplex Galaxy Toronto pour exister, voire pour respirer? Si la réponse est oui, alors le problème des salles parallèles est encore plus grave que nous n'aurions jamais osé l'imaginer! Si la réponse est non, alors que la ministre St-Pierre nous montre sa détermination à régler rapidement ce problème.
Les salles parallèles sont majoritairement situées dans des lieux polyvalents. Ainsi, nombreuses sont les salles de spectacles qui, un soir par semaine en région, offrent du cinéma d'auteur à leur clientèle grâce à notre réseau. Le succès du Réseau Plus n'est pas magique. On le doit aux bénévoles et aux travailleurs culturels des régions, qui se sont unis pour offrir à leurs concitoyens des oeuvres cinématographiques de qualité sur grand écran.
Une telle structure n'aurait pas été créée et ne pourrait pas continuer à se développer si elle ne répondait pas à un besoin. L'ACPQ, le Réseau Plus et ses membres se battent depuis de nombreuses années pour que tous les Québécois aient accès rapidement sur grand écran aux films d'auteur d'ici et d'ailleurs. Ces dernières années, les films sortent de plus en plus rapidement en DVD, et la fenêtre de temps pour leur exploitation en salle se rétrécit d'autant.
Pas de passe-droit
Avec l'augmentation du nombre de ses salles, le Réseau Plus doit avoir rapidement accès aux oeuvres afin d'avoir le temps de les présenter et de pouvoir profiter de leur couverture médiatique. Il s'agit autant de la survie de ce réseau que du respect d'un droit d'accès égal aux productions cinématographiques d'ici et d'ailleurs pour tous les citoyens du Québec.
Le Réseau Plus ne demande pas et n'a jamais demandé de passe-droit. Il respecte le système en place et loue ses films à des distributeurs québécois à qui il paye les droits de diffusion selon les lois du marché. Pourquoi les distributeurs québécois ne peuvent-ils pas seuls décider de la meilleure exploitation possible de leurs films en salle?
Pourquoi retirer de la programmation d'une salle commerciale à Québec Le Fils de l'épicier, film français d'Éric Guirado, parce qu'il passe un soir dans une salle parallèle à Baie-Comeau? Comment expliquer qu'on mette fin à l'exploitation au Quartier Latin du film Sur le Yangzi, documentaire québécois de Yung Chang, parce qu'il va être présenté dans une salle parallèle à Rimouski? Qu'est-ce qui justifie qu'Un baiser s'il vous plaît d'Emmanuel Mouret ne puisse pas prendre l'affiche au Quartier Latin de Montréal, au cinéma Beauport de Québec et à la Maison du cinéma de Sherbrooke parce qu'il occupera un soir l'écran de salles parallèles à Sept-Îles, Chandler et Gaspé?
Ce sont trois films auxquels les spectateurs des salles parallèles du Québec sont en droit d'avoir accès. Un distributeur ne peut-il pas choisir de bien servir à la fois le réseau commercial et le réseau parallèle afin de maximiser la rentabilité du produit culturel qu'il met sur le marché? La libre circulation des films existe-t-elle au Québec?
Pas de concurrence déloyale
Les salles parallèles ne font pas et n'ont jamais fait de concurrence déloyale aux salles commerciales. Le Réseau Plus a réalisé en 2007 des recettes d'environ
600 000 $ alors que le box-office total des salles commerciales s'est élevé à 181 millions. Notre réseau représente donc moins de 0,3 % du marché. En 2007, le Réseau Plus a reçu 220 000 $ de la SODEC; pour la même période, il a versé plus de 200 000 $ aux distributeurs québécois pour la location des films. Combien d'organismes culturels sans but lucratif au Québec payent aux industries culturelles québécoises indépendantes des sommes équivalentes à celles qu'ils reçoivent de l'État?
Pour une fois, ne peut-on pas se réjouir du succès d'une initiative culturelle née des régions, pour les régions, et qui continue son travail en région? Le gouvernement du Québec a signifié son engagement auprès des salles parallèles dans son Plan de soutien au cinéma et à la production audiovisuelle en 2003. Il consacre des sommes à la diffusion des oeuvres en région. L'ACPQ et ses membres livrent la marchandise. Le Réseau Plus s'est développé et doit pouvoir continuer de le faire.
De l'aide, s'il vous plaît
Les cinéphiles et les membres de l'ACPQ de toutes les régions du Québec demandent donc à Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, de les aider à obtenir finalement l'accès rapide aux copies et d'intervenir auprès des acteurs concernés de l'industrie cinématographique pour que les distributeurs québécois puissent travailler sans subir de pressions indues et aient le droit d'approvisionner le réseau des salles parallèles.
La ministre St-Pierre croit-elle sincèrement que de nouvelles discussions avec différents représentants du milieu, de la SODEC et de son ministère permettront de régler le problème de l'accès aux copies de films pour les régions? Le moment est venu d'agir et de corriger par voie réglementaire une situation qui s'envenime. En arriverons-nous un jour à devoir demander la permission à Cineplex Galaxy Toronto pour exister, voire pour respirer? Si la réponse est oui, alors le problème des salles parallèles est encore plus grave que nous n'aurions jamais osé l'imaginer! Si la réponse est non, alors que la ministre St-Pierre nous montre sa détermination à régler rapidement ce problème.
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