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Sisyphe à l'urgence

Jean-Robert Sansfaçon   15 janvier 2003 
Elle est vraiment déprimante, cette manchette d'hier qui rendait compte de l'incapacité des hôpitaux montréalais d'éliminer les débordements chroniques dans leurs salles d'urgence. Selon les données publiées par la Régie régionale de Montréal-Centre, le nombre de malades qui ont dû séjourner plus de 48 heures à l'urgence avant d'être transportés aux étages aurait même triplé au cours des années d'application du dernier plan d'organisation des services. Dire que l'objectif était de ramener l'attente à moins de 24 heures!

Tous les hôpitaux ne présentent pas une performance aussi lamentable, mais certains sont un réel désastre. Notre-Dame, par exemple, ou Santa Cabrini. D'autres, par contre, s'en tirent très bien, tels le Saint Mary's et l'Hôpital général juif.

En réponse aux questions de notre journaliste, le nouveau directeur général de la Régie régionale, David Levine, fournit plusieurs motifs d'explication de la faillite du plan mis en place il y a quatre ans: diminution du nombre de lits, manque de personnel et d'argent, lenteur à mettre en place les cliniques de médecine familiale, etc. Des millions ont été injectés de façon sporadique pour faire face aux périodes de pointe annuelles, mais la crise s'amplifie presque partout, sauf en certains endroits, toujours les mêmes. L'Hôpital général juif est de ceux-là.

Ces institutions plus performantes n'ont pas plus d'argent que les autres, mais elles font les choses différemment. Dans la plupart des hôpitaux, chaque spécialité est jalouse des lits qu'on met à sa disposition sur les étages, avec un effet de blocage sur les nouveaux arrivants à l'urgence. Les médecins spécialistes n'ayant pas de pouvoir au sommet des organisations, ils exercent sans partage celui qu'ils ont sur les étages. Au Jewish, tout est mis en oeuvre pour que les malades de l'urgence soient vus rapidement par une équipe d'internes et renvoyés chez eux ou transférés aux étages aussitôt que possible.

Cette différence est connue. Le cas a même servi d'exemple à un comité créé par le ministère pour aider les institutions à s'en sortir. Rien n'y fait. C'est la culture de nos hôpitaux qui est viciée, et personne ne semble en mesure d'y changer quoi que ce soit. De Robert Bourassa à Bernard Landry en passant par Daniel Johnson, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, tous les gouvernements ont échoué. À qui le tour?

jrsansfacon@ledevoir.ca
 
 
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