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Lettres: Saguenay, un double saccage

Jacques Gélinas - Terrebonne, le 13 janvier 2003  14 janvier 2003 
À lire l'article que Le Devoir du 5 janvier consacrait à la nouvelle ville fusionnée dans la région du Saguenay, je déplore le double saccage linguistique qui a été perpétré dans cette région.

Le nom Saguenay a été saccagé. Il faudrait désormais lui donner un sens qu'il n'a jamais eu dans notre histoire. On ne s'habituera pas à parler de Saguenay, au Saguenay, près du Saguenay. Il ne faut pas s'y habituer non plus. Car c'est la confusion totale. Pour tous les Québécois, depuis Jacques Cartier, ce nom a toujours servi à désigner l'immense territoire du versant des eaux qui se déversent dans le lac Saint-Jean et le fjord Saguenay jusqu'au fleuve Saint-Laurent. C'est un premier saccage inacceptable.

Le nom Chicoutimi a été également saccagé. Il s'agit de l'un des plus beaux noms amérindiens, sonore et doux. On l'a ramené au niveau d'un banal arrondissement. C'est un autre saccage honteux infligé à l'histoire et à la géographie québécoise.

Je souligne que ces deux noms — Chicoutimi et Saguenay — n'appartiennent pas qu'aux citoyens de cette ville et de cette région. Ils appartiennent au patrimoine historique et géographique de tous les Québécois. Tout comme les autres toponymes majeurs: Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Rimouski, etc. Le gouvernement a protégé partout ces noms historiques au moment des fusions. Il avait le devoir de le faire également dans la région du Saguenay.

Louise Harel qui a présidé aux fusions municipales n'était décidément pas douée pour le choix des toponymes de ville. À Longueuil, il a fallu que Pauline Marois mette le poing sur la table pour contrer un sondage local, éviter la sottise de Lemoyne et préserver le nom de Longueuil. Combien de temps devra durer la confusion actuelle pour que le gouvernement québécois s'aperçoive de l'erreur qu'il a commise au Saguenay?

Car c'est bien le gouvernement du Québec qui demeure responsable du nom des villes qu'il crée. Il ne peut se dérober derrière une simple consultation populaire locale, faite dans un contexte de fureur et de guerre de clochers, qui s'est terminée par un match nul et qui n'a rien réglé d'une contestation qui continue.

Il faut continuer de parler de Chicoutimi. Chicoutimi est la sixième ville en importance de population au Québec. C'est la ville de Bordeaux qui tient ce rang parmi les métropoles de France. Pensez-vous que le gouvernement français laisserait aller le nom de Bordeaux pour le remplacer par une sottise du genre «Ville de Garonne»? C'est ce que le gouvernement du Québec a fait et laisse faire chez nous. Il doit en porter la responsabilité et payer le prix de son erreur.
 
 
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