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Libre opinion: Les options des souverainistes québécois

Gilbert Belzile - Ingénieur, Sillery  14 janvier 2003 
Si les souverainistes québécois actuels avaient vécu en 1867, ils auraient sûrement été parmi les 40 % de la population, les rebelles qui s'opposeraient à faire partie du Canada lors de la création de la confédération. Aujourd'hui, ils occupent encore sensiblement 40 % de l'électorat. Nous pouvons constater que les choses n'ont pas changé beaucoup.

Ils se demandent s'ils doivent quitter le Canada, c'est-à-dire faire carrément l'indépendance ou chercher une autre forme d'association plutôt floue à l'intérieur du Canada, qu'ils appelaient souveraineté-association dans le passé. S'il avait gagné le dernier référendum, le premier ministre Parizeau avait déclaré qu'après un an de négociation avec le Canada, si une entente d'association satisfaisante n'avait pas été trouvée, il aurait fait une déclaration unilatérale d'indépendance.

Si le choix était de quitter le Canada, c'est-à-dire faire l'indépendance, les Québécois auraient gros à perdre, et il serait difficile de les convaincre d'opter pour cette option. Aussi n'a-t-on jamais osé poser une question aussi directe lors des référendums précédents.

À ce sujet, il est intéressant de voir ce qu'en dit M. Ingo Kolboom de citoyenneté allemande, professeur d'histoire à l'Université de Dresde et de Montréal, lors d'une entrevue intéressante dans L'actualité de janvier 2003. Il est à noter que M. Kolboom est président de l'Association internationale des études québécoises (AIEQ), organisme créé en 1997 et soutenu par le gouvernement du Québec.

Question de L'actualité: «Si les Québécois refusaient le Canada, n'abandonneraient-ils pas une partie du patrimoine conquis par leurs ancêtres?» Réponse de M. Kolboom: «C'est la tragédie des souverainistes. Leur succès relatif est une réaction à des attitudes du Canada anglais. Cette décision de se séparer du patrimoine canadien est peut-être justifiée, mais elle reste une sorte d'auto-amputation. C'est pour cela que les Québécois ont tant de mal à trouver une résolution. Si le référendum de 1995 avait réussi, avec cinquante et quelque pour cent des voix, ç'aurait été un gros problèmeÉ»

Voilà qui invite à la réflexion. Il s'agit d'une analyse assez juste de la situation, venant d'un observateur extérieur. Le patrimoine conquis par les ancêtres dont parle M. Kolboom c'est entre autres, l'exceptionnel potentiel agricole, minier et notamment énergétique du Canada.

Le Canada se situe parmi les premiers producteurs mondiaux d'uranium, de zinc, de nickel, de gaz naturel, d'or, de plomb, de cuivre, de blé, de potasse et de pétrole pour n'en nommer que les plus importants. Par exemple, la superficie agricole (les terres labourables) de la Saskatchewan est dix fois supérieure à celle du Québec.

Le Canada possède une richesse pétrolière et gazière fabuleuse, principalement à l'est des Rocheuses en Alberta surtout et en Saskatchewan, dans la mer de Beaufort, dans les îles de l'Arctique et dans une mesure beaucoup moindre à Terre-Neuve (Hibernia) et en Nouvelle-Écosse (îles de Sable). Le Canada possède plus de 300 milliards de barils de pétrole en majorité dans les sables bitumineux. C'est plus que les réserves de l'Arabie Saoudite, le plus important pays producteur de l'OPEP, avec ses 265 milliards de barils. Au rythme où ils l'exploitent actuellement, les Canadiens ont du pétrole pour des siècles à venir.

Les années des réserves mondiales de pétrole sont comptées. Les réserves mondiales connues de pétrole classique (pompable) sont évaluées à environ 1000 milliards de barils alors que la consommation journalière est de plus de 70 millions par jour. Faites le compte, à ce rythme, les réserves mondiales seraient épuisées dans 40 ans. Les Québécois ne seront-ils pas heureux de faire encore partie d'un pays qui a ces immenses richesses énergétiques alors que la pénurie mondiale se fera sentir? Le quitter ne serait-il pas de l'auto-amputation comme le prétend M. Kolboom?

Par contre, si les souverainistes optent pour une entente à l'européenne, celle du type de Maastricht comme le premier ministre Landry le mentionne fréquemment ces temps-ci, alors là nous resterions associés au Canada mais avec une entente différente de l'actuelle constitution. Pourquoi les relations seraient meilleures? Pourquoi les chicanes cesseraient-elles? Il faudrait bien étudier la question avant de s'aventurer dans cette voie.

Pas plus tard qu'à la mi-décembre, le député du Bloc québécois à Charlesbourg, Richard Marceau, revenait d'un voyage d'observation de l'Union européenne lors de son élargissement de 15 à 25 membres. Dans une entrevue avec le journal Le Soleil, il mentionnait qu'il n'était plus sûr du tout qu'un arrangement à l'européenne soit avantageux pour le Québec, étant donné le faible pouvoir de négociation que nous aurions lors du nouvel arrangement. Les plus forts, généralement, imposent des accords qui les avantagent totalement.

Il faudrait que les souverainistes les plus rationnels retournent à leurs devoirs pour revenir devant l'électorat avec des propositions plus réfléchies. Il ne faudrait pas se lancer dans une aventure qui aurait comme conséquence de faire grandement reculer le Québec.

Bravo Richard Marceau pour avoir fait l'effort d'aller chercher l'information là où elle se trouvait, d'avoir eu le courage de remettre en question l'entente à l'européenne pour le Québec et le Canada et de forcer la réflexion.

Vous avez du travail devant vous messieurs les souverainistes, et il est important de toujours se rappeler le vieux proverbe: «Un tien vaut mieux que deux tu l'auras.»
 
 
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