dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Ébullition anti-guerre aux États-Unis

L'ampleur et la diversité du mouvement seraient inédites depuis le Vietnam

Guy Taillefer   13 janvier 2003 
Des milliers de personnes ont pris part à une manifestation contre la guerre en Irak aux côtés de l’acteur américain Martin Sheen, samedi, à Los Angeles. Une autre manifestation est prévue en Californie le week-end prochain, cette fois à San Fra
Photo : Agence Reuters
Des milliers de personnes ont pris part à une manifestation contre la guerre en Irak aux côtés de l’acteur américain Martin Sheen, samedi, à Los Angeles. Une autre manifestation est prévue en Californie le week-end prochain, cette fois à San Fra
Poussée de croissance du camp de paix aux États-Unis. Contre la politique belliqueuse de George W. Bush envers l'Irak s'articule une opposition populaire dont l'ampleur et la diversité seraient inédites depuis la guerre du Vietnam.

La classe politique américaine en fait fi et cherche à le faire passer pour antipatriotique, mais il reste qu'un «grand mouvement antiguerre est en train de se former», fondé sur un «malaise généralisé» au sein de l'opinion publique américaine, a affirmé au Devoir Scott Lynch, porte-parole de Peace Action, qui se dit l'organisation de paix la plus importante aux États-Unis.

«Le mouvement n'est pas principalement étudiant comme il le fut pendant la guerre du Golfe. Il est beaucoup plus large et diversifié», affirme M. Lynch, joint à Washington. L'affirmation est d'autant plus frappante que, selon l'historien américain Howard Zinn, le mouvement contre la guerre du Golfe, en comparaison même avec les premiers mois de l'escalade militaire au Vietnam, s'était étendu «avec une vigueur et une rapidité extraordinaires».

«L'Américain moyen n'achète pas du tout l'idée de Bush selon laquelle il faut renverser Saddam Hussein et déclencher des frappes préventives contre l'Irak», affirme David Barsamian, journaliste-fondateur d'Alternative Radio, à Boulder, au Colorado. «Le mouvement antiguerre est en pleine effervescence.» Si les Américains ont été généralement d'accord avec l'opération lancée par M. Bush en Afghanistan dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, ils le sont beaucoup moins avec ses projets irakiens. Ce que les sondages confirment d'ailleurs, qui dénotent une érosion constante des appuis à une intervention militaire, même multilatérale. «Bush n'est pas crédible, déclare M. Lynch.

Les radicaux unilatéralistes au pouvoir à Washington ne représentent pas la majorité de la population.» M. Barsamian prophétise: «Plus Bush voudra s'attaquer à l'Irak, plus l'opposition grandira.»

C'est un mouvement qui reste au demeurant très émietté, une nébuleuse à l'organigramme éclaté, constitué de centaines de groupes populaires, religieux, syndicaux et intellectuels aux positions antiguerre et pacifistes multiples — mais pour ainsi dire sans influence notable dans les grands médias et parmi les membres du Congrès. N'ont guère été relevés à ce jour par les médias que la manifestation qui a réuni fin octobre à Washington 100 000 personnes à l'initiative de la coalition d'extrême gauche International Answer et les coups de gueule d'une centaine d'artistes et d'intellectuels (dont, forcément, Noam Chomsky et Sean Penn) qui ont pris la forme de la pétition Not In Our Name et de la coalition Artists United To Win Without War.

Le défi pour cette nébuleuse, pour le moment partagée entre deux organisations parapluie principales, est évidemment de faire l'unité. Answer, l'organisation la plus mobilisatrice, annonce pour le samedi 18 janvier une grande manifestation à Washington, avec rassemblement parallèle à San Francisco. Peace Action (PA), qui compte 85 000 membres dans 27 États, en fera partie, bien qu'elle se méfie d'Answer (qui a refusé en 1990 de dénoncer l'invasion du Koweït par l'Irak), dont elle juge le radicalisme trop peu rassembleur. PA s'est en revanche jointe à une nouvelle coalition plus modérée, fondée en octobre, United For Peace, chapeautant quelque 70 associations et qui tiendra, de son côté, une grande manifestation à New York le 18 février, en même temps que doivent avoir lieu une dizaine de marches à travers l'Europe.

L'essentiel de l'ébullition que disent constater les leaders du mouvement de paix n'est pourtant pas là. Elle se manifeste à une échelle très locale, affirme M. Lynch, «dans le millier de petites coalitions et de manifestations organisées de désaccord, qui poussent comme des champignons un peu partout dans le pays» pour s'opposer très précisément à la guerre contre l'Irak. Y compris, clame-t-il, jusque dans les États conservateurs du Sud, la Bible Belt. Par exemple, une initiative populaire baptisée Cities For Peace a jusqu'à maintenant donné lieu à l'adoption de résolutions antiguerre par une trentaine de conseils municipaux. Internet est pour beaucoup dans la croissance du mouvement, dit M. Lynch. «Cela a eu un effet multiplicateur qui a brisé l'isolement des oppositions.»

«Notre effectif a doublé à 600 personnes et les dons que nous recevons ont augmenté de 33 %, à 90 000 $», affirme Patrick Carkin, codirecteur de la section de PA à Concord, dans le petit État du New Hampshire. «J'ai tenu, il y a un an, une réunion publique dans le village de Keene, près de la frontière du Vermont, en présence de 12 personnes. J'y suis retourné en octobre dernier: il y a eu 150 personnes.»

«Ce n'est pas que tous ces gens soient tout à coup devenus pacifistes, dit M. Carkin. Mais ils sont inquiets de voir Bush prêt à faire fi du droit international et des Nations unies ou, encore, ils sont choqués par ses objectifs de mainmise pétrolière au Proche-Orient.»

Le pétrole: dit platement, l'«Américain moyen» pourrait être en train de se découvrir des sensibilités antiguerre à mesure qu'augmente le prix de l'essence à la pompe. M. Lynch récuse ce rapprochement. Mais alors que l'opposition croît dans le monde syndical, y compris au sommet de l'AFL-CIO, qui avait donné sa bénédiction à l'intervention en Afghanistan, un syndicat de postiers de la région de Detroit faisait valoir qu'une guerre servirait essentiellement les intérêts des compagnies pétrolières américaines: «Dites-moi un peu, c'était quand, la dernière fois qu'une pétrolière vous a fait un cadeau?, disait le syndicat dans un texte à ses membres. Est-ce que ce ne sont pas ces mêmes compagnies qui ont multiplié par deux le prix de l'essence à la pompe après le 11 septembre?»

Le mouvement antiguerre a-t-il pour autant le sentiment de pouvoir bloquer à lui seul M. Bush? On ne se fait pas d'illusions. «Il n'y a pas d'enthousiasme pour la guerre, dit Howard Zinn, de l'université de Boston, mais il y a beaucoup de résignation. Le mouvement n'est pas assez grand pour stopper la guerre.»

On n'y arrivera pas sans une résistance à l'échelle internationale, dit M. Lynch. Ni, du reste, sans la collaboration des inspecteurs de l'ONU en Irak, dont les travaux ont jusqu'à maintenant dégonflé l'argumentaire proguerre des faucons de la Maison-Blanche. Une pétition en ligne intitulée «Laissez les inspections fonctionner», lancée par l'organisation MoveOn.Org en décembre, a d'ailleurs réuni 175 000 signatures en une semaine et 300 000 $US en dons. «Bien sûr que la guerre peut être arrêtée», répond le journaliste David Barsamian. Que M. Bush, dit-il, ait finalement accepté de faire le jeu de l'ONU et du calendrier d'inspection est en partie le résultat des pressions du mouvement international de la paix. Aussi, et comme partout ailleurs, le clan antiguerre a les yeux tournés vers le 27 janvier prochain, alors que l'inspecteur en chef Hans Blix déposera un premier bilan sur la foi duquel M. Bush pourrait ou pourrait ne pas déclencher les hostilités.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012