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168 000 nouveaux emplois au Québec en 2002

Les entreprises de moins de 100 employés sont responsables de 90 % des nouveaux postes

Gérard Bérubé   11 janvier 2003 
La proportion de Québécois occupant un emploi n'a jamais été aussi élevée. Du moins, 2002 a été l'année de tous les records au chapitre de l'emploi. Cela vaut aussi pour le Canada mais s'observe de façon plus marquée au Québec, qui, comptant le tiers des emplois créés au pays l'an dernier, a connu un marché du travail particulièrement dynamique. Année de tous les records, de tous les superlatifs aussi, alors qu'au sud de la frontière, les emplois ont continué de se perdre par milliers.

«Il y a eu un effet de rattrapage par rapport à 2001. Ç'a d'ailleurs démarré en lion au premier semestre», a fait ressortir l'économiste du Mouvement Desjardins, Joëlle Noreau, pour expliquer la performance québécoise. Le secteur manufacturier québécois s'est particulièrement bien comporté en 2002, après les pertes importantes en 2000 et le peu de croissance en 2001. L'économiste a également relevé le dynamisme du marché immobilier, tant dans la construction résidentielle et dans la revente de maisons que dans la rénovation.

Mme Noreau a rappelé qu'au delà des manchettes, derrière les mises à pied massives annoncées par les grandes entreprises, bref, que «derrière la tapisserie, il y a de l'activité». En ventilant les données de Statistique Canada selon la taille des entreprises, Mme Noreau a évalué que les entreprises de moins de 100 employés sont responsables de 90 % des emplois créés au Québec en 2002. «Sans le dynamisme des PME québécoises, il nous aurait été impossible d'atteindre ces excellents résultats», a renchéri la ministre des Finances, Pauline Marois.

«C'est assez phénoménal et extrêmement surprenant», a commenté l'économiste principal de la Banque TD, Marc Lévesque, qui, pour le Québec, a pointé en direction du rebond du secteur manufacturier en 2002, après deux années difficiles.

La création d'emplois a donc repris au Québec en décembre, complétant dans la foulée une année 2002 qualifiée de remarquable ou d'exceptionnelle selon que le qualificatif vienne de la ministre des Finances ou des économistes. Après une accalmie automnale qui a fait suite à une forte création au premier semestre, l'emploi a bondi de 31 000 le mois dernier, une poussée — concentrée presque exclusivement dans le temps plein — qui compte pour plus de la moitié des quelque 58 000 emplois créés à l'échelle canadienne.

Malgré cette progression, le taux de chômage est demeuré inchangé au Canada, à 7,5 %, et a baissé légèrement, soit de 0,2 point, à 8,4 % au Québec, la bonne tenue du marché du travail incitant un grand nombre de personnes à se mettre à la recherche d'un emploi. Fin décembre 2001, le taux de chômage se chiffrait à 8 % au Canada et à 9,7 % au Québec.

Pour l'ensemble de 2002, Statistique Canada retient qu'il s'est créé 168 000 emplois au Québec de janvier à décembre. L'agence a également noté que le taux de croissance de l'emploi, à 4,8 % — le plus haut au Canada l'an dernier —, est le plus élevé depuis 1983. Les économistes font également remarquer que sous le coup d'une telle croissance — du jamais vu en 20 ans —, le taux d'emploi est passé à 60,3 %, et le taux d'activité, à 65,9 %, ce dernier chiffre surpassant le record établi en... novembre 2002. Plus ciblée, la ministre des Finances, Pauline Marois, a ajouté que chez les 15-64 ans, le taux d'emploi a atteint un niveau historique de 69,4 %.

L'économiste de la Financière Banque Nationale, Marc Pinsonneault, a été plus loin en retenant que le marché québécois du travail se démarque pour une deuxième année de suite. «La croissance de l'emploi a été de 1 % en 2001 et de 4,8 % en 2002, pour un total de 5,8 %. L'Alberta vient le plus près avec un taux de croissance de 5,7 %.»

À titre de comparaison, l'emploi a progressé de

14 000 en Ontario au mois dernier. Avec une augmentation de 22 000 du nombre de chômeurs, le taux de chômage dans cette province passe de 6,7 à 7 % entre novembre et décembre. De janvier à décembre, l'emploi ontarien a augmenté de 196 000, soit un taux de croissance de 3,3 %. L'écart du taux d'emploi entre les deux provinces a pu être ramené de 5 à 3,2 points de pourcentage entre décembre 2001 et décembre 2002. Vu sous un autre angle, le Québec est ainsi remonté à 95 % du taux ontarien, du jamais vu en près de 40 ans.

Nouvelle marque

La performance québécoise n'est donc pas étrangère à cette nouvelle marque établie à l'échelon canadien. Toujours de janvier à décembre, le bilan fait ressortir 559 600 emplois créés au Canada, un record qui éclipse l'ancienne marque de 510 400 nouveaux emplois établie en 1987, a souligné l'économiste du Mouvement Desjardins, Joëlle Noreau. Le taux de croissance, à 3,7 %, est pour sa part le plus élevé depuis 1987.

L'agence fédérale de la statistique a également fait ressortir que la proportion de la population en âge de travailler et occupant un emploi (taux d'emploi) a augmenté pour s'établir à 62,4 % en décembre, «soit le taux le plus élevé jamais enregistré. Parallèlement, le taux d'activité sur le marché du travail a atteint

67,5 %, un niveau qui n'a été égalé qu'en janvier 1990».

Les records tiennent, même avec les moyennes annuelles — une lecture moins sensible aux variations saisonnières. Selon cette lecture, la création d'emploi au Québec a atteint 118 200 l'an dernier, comptant pour 35 % des 335 100 nouveaux emplois recensés à l'échelle canadienne selon la même base de calculs. En 2001, le gain net a été de 167 000 au Canada et de 36 800 au Québec. Ce faisant, la performance québécoise «éclipse la meilleure progression annuelle, enregistrée en 1979 [+97 600]», a noté Mme Noreau. «Il s'agit de la meilleure performance depuis 1973», a renchéri Mme Marois. Toutefois, le taux de croissance de l'emploi, toujours selon les moyennes annuelles, se situe à 3,4 % en 2002, contre 3,8 % en 1979.

Dans la donnée nationale, Statistique Canada met en exergue la performance du secteur de la fabrication, avec une hausse de 125 000 emplois l'an dernier, soit 5,6 %. Au Québec, les gains ont été répartis entre plusieurs secteurs mais ont été particulièrement forts dans le domaine manufacturier également.

Tout cela est en contraste avec la paralysie du marché du travail observée aux États-Unis, là où

101 000 emplois ont été perdus au mois dernier et 181 000 sur l'ensemble de l'année 2002. Il s'agit donc d'un taux de croissance négatif de 0,1 %. L'écart de 3,8 % entre le taux de croissance des deux pays «est le plus élevé jamais enregistré», a fait remarquer l'économiste en chef de BMO Nesbitt Burns, Sherry Cooper. Un écart qui n'a pas été sans nourrir ce nouveau rebond du dollar canadien, qui a avancé de 25 centièmes hier pour clôturer à 64,71 ¢US.
 
 
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