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    Combien gagne un professeur d'université?

    7 mars 2008 |Guy Laperrière - Professeur au département d'histoire de l'Université de Sherbrooke
    Combien gagne un professeur d'université au sommet de l'échelle? J'ai posé la question à différentes personnes autour de moi, étudiants, professeurs oeuvrant en enseignement primaire, secondaire ou collégial, en leur demandant d'imaginer le montant le plus élevé possible. Des étudiants ont risqué le salaire de 60 000 $, mais la plupart des autres y sont allés pour 80 000 $ ou 100 000 $. Une personne a même osé 110 000 $. Eh bien, étant moi-même en fin de carrière, je connais la réponse: 120 000 $. Et ce montant est assez rapidement atteint. Ainsi, à Sherbrooke, où les promotions sont facilement accordées, le sommet de l'échelle est atteint à 55 ans.

    Une situation privilégiée

    On n'en finirait plus d'énumérer tous les privilèges des professeurs d'université qui accompagnent ce modeste salaire. Sécurité d'emploi absolue, années sabbatiques, régime de retraite avantageux, retraite graduelle avec travail à mi-temps et salaire à 100 %, prime de départ d'un an de salaire si on ne prend pas de retraite graduelle, exonération des frais de scolarité pour ses enfants (ça existe encore!). Si on compare la tâche de ces professeurs à celle des enseignants des autres niveaux, l'avantage est indéniable: étudiants plus motivés, niveau d'enseignement plus intéressant, tâches de recherche stimulantes, participation à des congrès dans différents pays du monde. Selon mon expérience, c'est une vie exigeante, une vie absorbante, mais une vie exaltante. Pourtant, je suis bien conscient que des collègues vivent des situations d'épuisement professionnel: on n'a pas fini d'en cerner les causes, au-delà des facteurs personnels. Mais revenons aux salaires.

    Salaires et déficits

    Administrateurs, professeurs et étudiants sont unanimes sur un point: le sous-financement des universités au Québec. Pas une semaine sans qu'on entende une lamentation à ce sujet. Le rattrapage a même été chiffré. Même en tenant compte du réinvestissement de 240 millions de dollars réparti sur trois ans annoncé en décembre 2006, il manquerait encore de 150 à 300 millions pour que les universités québécoises atteignent le niveau de celles de l'Ontario. Et les universités ont réussi à convaincre le public qu'il y avait deux voies pour y parvenir: la hausse des frais de scolarité des étudiants et un réinvestissement massif des gouvernements. Nulle part n'a-t-on entendu qu'il fallait freiner la hausse des salaires des professeurs, pourtant le principal poste de dépenses! C'est à peine si la ministre Monique Jérôme-Forget a esquissé un blâme aux dirigeants de l'Université de Montréal pour avoir consenti aux professeurs des hausses de 15 % après leur grève héroïque de 12 jours à l'automne 2005. Ils ont d'ailleurs l'intention de récidiver afin que leurs salaires rejoignent ceux des meilleures universités canadiennes (entendez que les meilleurs sont toujours les mieux payés).

    Équité sociale

    Ce que les uns reçoivent, les autres ne le reçoivent pas. À côté de ces 100 000 $ et plus que j'évoquais à l'instant, les chargés de cours, qui assument une grande partie de l'enseignement, peuvent recevoir quelque 8000 $ par charge de cours. La tâche d'enseignement d'un professeur étant de quatre cours par année, on peut estimer qu'un chargé de cours vit normalement avec 32 000 $. Le sommet de l'échelle pour un professeur au collégial ne dépasse pas 70 000 $; au primaire et au secondaire, 65 000 $. Somme toute, c'est infiniment moins, pour des tâches pourtant bien dures, dans le cas des enseignants au secondaire, ou avec bien peu de sécurité, dans celui des chargés de cours. Un minimum de sentiment d'équité sociale pousserait à un équilibre tout autre des salaires.

    Les administrateurs ne sont pas en reste...

    Aux privilèges déjà énumérés s'ajoutent les suppléments administratifs. Les fonctions administratives sont exigeantes, et pourtant, elles sont très convoitées. Et les gratifications financières ne font pas défaut: à Sherbrooke par exemple, qui est parmi les plus modestes, un directeur de département reçoit un supplément de 9000 $; un doyen gagne un minimum de 135 000 $, et un vice-recteur, 170 000 $, sans oublier les frais de fonction. Surtout, s'ajoutent pour chacun des primes individuelles dont on se garde bien de dévoiler le montant. Je vous laisse deviner le salaire du recteur...

    C'est à croire qu'un salaire plus élevé accroît la valeur d'un individu. Quelle est la crédibilité de ces professeurs et de ces administrateurs lorsqu'ils parlent de sous-financement, avec leurs salaires dans les six chiffres? Les déficits ne les gênent pas, pourvu que leurs salaires continuent d'augmenter. Pour ma part, j'ai décidé d'agir. Depuis plusieurs années, je suis passé à demi-temps, coupant ainsi mon salaire de moitié, ce qui a permis d'engager un jeune professeur. Jamais n'ai-je pris une décision qui m'a rendu aussi heureux. Et si on me demande combien gagne un professeur d'université, ma réponse tient en un mot: trop!












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