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Vive l'ironie !

Gilles Lapointe - Québec  5 mars 2008 
J'ai lu avec un certain intérêt (et je dois avouer, avec un certain sourire) le texte de MM. Simon Carreau et Émanuel Dion-Goudreau publié dans Le Devoir à propos de l'anglicisation souhaitable du Québec comme remède définitif au mal-être des québécois francophones en terre «hostile et anglophone» d'Amérique. Nous ne pouvons vaincre, joignons-nous donc à eux. Pour un peuple en phase terminale, l'anglais est une douce morphine.

Je n'ai pas l'intention d'argumenter sur le contenu de leur texte parce que, finalement, je ne le prends pas au sérieux. J'admets au préalable que je suis obstinément, opiniâtrement francophone et francophile. Pire encore, je suis un indépendantiste obtus, c'est-à-dire bête, borné, bouché, épais et lourd, comme une certaine opinion «publique» me décrit parfois. Je n'ai rien contre l'anglais que je considère fort utile dans notre contexte, mais que je parle comme un Basque, l'espagnol. Je n'ai rien non plus contre le mandarin ou l'arabe tchadien, s'il en est un, ou contre la langue finno-ougrienne parlée en Laponie. Je n'abomine ni les Canadiens, ni les Croates, les Géorgiens, les Zoulous ou les Yanomanis. Je ne fais qu'espérer que dans mon pays possible, le Québec, la langue officielle et parlée soit le français.

Cela dit, le texte de MM. Carreau et Goudreau m'inspire ce commentaire. Ou bien ils sont sérieux, auquel cas il faut les vouer aux gémonies, les clouer au pilori, les condamner sans recours possible pour incitation au suicide collectif. Ou bien leur proposition est modeste et surtout ironique, comme celle de Jonathan Swift pour régler le problème de la pauvreté, de la famine et de la surpopulation en Irlande au début du XVIIIe siècle. Les Irlandais prolifiques n'avaient en effet qu'à continuer à faire des enfants, à les élever comme animaux de boucherie et à les vendre sur le marché. Les trois problèmes étaient ainsi réglés.

Ainsi, puisque nous connaissons certaines difficultés à protéger notre langue commune et à survivre en français en Amérique, suicidons-nous collectivement et parlons... le mandarin (il y a peut-être plus d'avenir avec cette langue).

J'avoue préférer la seconde partie de l'alternative et considérer leur texte, par ailleurs écrit dans un français fort convenable, comme un texte ironique et provocateur. Je souhaite même qu'il secoue les puces de nos «endormis» (pour ne pas dire subjugués), prêts à toutes les compromissions déraisonnables pour protéger leurs chèvres et leurs choux investis en monnaies fortes et déclinés principalement en anglais. Et si en plus nos plus ardents crypto-fédéralistes pouvaient sortir de leurs placards...

Je ne désire pas enfermer les auteurs dans une fausse opposition. Je leur laisse le bénéfice de démontrer le bien-fondé de leur proposition si, par malheur, elle est sérieuse. Je serais navré pour eux et pour leur ascendance.

NDLR: En effet, comme les lecteurs perspicaces l'auront compris, le texte de MM. Carreau et Dion-Goudreau paru le 28 février dernier et intitulé «Angliciser le Québec» devait être lu au second degré.
 
 
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