Angliciser le Québec

La situation du français au Québec inquiète. Le débat oppose les tenants d'un renforcement de la Charte de la langue française à ceux qui souhaitent favoriser le bilinguisme des Québécois dans le but de faire du Québec un point de rencontre entre les cultures anglophone et francophone. Mais personne n'a jusqu'ici soulevé l'intérêt d'une troisième voie, celle d'une anglicisation portée par un réseau scolaire anglophone unique accueillant tous les jeunes Québécois.

Reconnaître la défaite

Depuis la Conquête, l'attrait qu'exerce le français sur les nouveaux arrivants n'a jamais suffi à permettre aux francophones de maintenir leur poids démographique au sein de la société canadienne. Majoritaires jusqu'au milieu du XIXe siècle, les francophones ne constituaient plus que 29 % de la population canadienne au recensement de 1951. La chute subséquente de la natalité a contribué à accélérer ce déclin, le Canada comptant actuellement presque autant de francophones (22,1 %) que d'allophones (20,1 %). La relégation des francophones canadiens au rang de minorité ethnique est inévitable. Le multiculturalisme prôné par Pierre Elliott Trudeau passera ainsi du statut de politique à celui d'état de fait.

Certes, jamais autant de personnes n'ont parlé français. Cependant, le vieillissement de la population rend inévitable une baisse prochaine de ce nombre. De surcroît, notre poids politique s'amenuise constamment, et Montréal, coeur culturel de la francophonie canadienne, s'anglicise graduellement, sans que des mesures en faveur du français puissent réellement inverser cette tendance.

Le Québec coupé de Montréal

L'anglicisation de Montréal, sans celle des régions, imposera un retour à la situation qui prévalait dans le Québec d'autrefois. En effet, ce déclin du fait français s'opère de façon asymétrique; marqué à Montréal, il est presque inexistant dans le reste du Québec. Puisque Montréal constitue le principal point d'arrimage du Québec au monde, la locomotive de son économie, le lieu de vie et de travail de ses professionnels, artistes et chercheurs, nous verrons inéluctablement un retour à la situation qui prévalait dans le Québec d'antan. Parler français ne sera plus qu'une manifestation de repli sur soi, fruit d'une stratégie de survivance anachronique, un facteur d'isolement et un frein à la réussite économique.

À cette «louisianisation» qui attend les Québécois des régions, la mise en place d'un enseignement uniquement en anglais constitue toutefois une solution. Le maintien d'un réseau scolaire en français favoriserait en effet indûment les jeunes Montréalais, qui, étant plus naturellement bilingues que leurs concitoyens des régions, bénéficieront seuls des opportunités offertes par notre métropole anglicisée. Un système scolaire anglophone éviterait ainsi une discrimination basée sur l'origine géographique, en accord avec les valeurs québécoises de justice sociale et d'équité interrégionale.

Un renouveau culturel

Au-delà de ce constat, il convient cependant de voir en quoi l'anglicisation peut être l'occasion d'un renouvellement radical de la culture québécoise, porteur d'un épanouissement sans précédent. Évidemment, l'anglicisation du réseau scolaire déboucherait sur celle de la société tout entière. Toutefois, à force de constamment présenter l'anglicisation sous le seul angle de l'abandon d'un héritage linguistique, on en vient à oublier les avantages, pourtant bien réels, que tirerait l'expression culturelle québécoise de ce processus.

Adopter l'anglais, ce serait préférer une langue parlée au sein d'une multitude de nations dynamiques et influentes, et dont les locuteurs admettent volontiers la multiplicité des accents et des usages. [...]

En optant pour la lingua franca contemporaine, nous épouserions aussi une langue qui, solidement ancrée en terre d'Amérique, serait plus à même de décrire notre réalité. La langue populaire permet certes depuis longtemps aux Québécois de penser et de dire leur réalité, mais elle demeure incompréhensible pour les autres francophones. L'anglais, dont la norme est actuellement nord-américaine, nous offrirait cette même possibilité, tout en nous évitant le risque de créolisation et l'isolement que celle-ci entraîne dans le cadre francophone. En s'affranchissant d'une langue qui confine au repli, les Québécois pourraient enfin s'épanouir pleinement et se voir participer activement à l'essor du monde anglo-saxon, qui concentre depuis longtemps les plus grands scientifiques, intellectuels et artistes de la planète.

Un projet collectif

L'anglicisation de la société québécoise, assurée par l'instauration de l'éducation obligatoire en langue anglaise pour tous les jeunes Québécois, ne se ferait certes pas sans heurts. Il est en effet bien difficile d'abandonner le chemin qui est depuis longtemps le nôtre afin d'en emprunter un qui, recelant les plus grandes promesses, n'en demeure pas moins marqué d'une négation de ce que nous sommes aujourd'hui.

En refusant par deux fois de se donner un pays, et ce, dans un contexte où les retombées des mesures d'aménagement linguistique seront toujours insuffisantes, les Québécois ont déjà plus ou moins consciemment fait le choix de l'anglicisation. Ils peuvent dès lors assumer ce choix et ainsi profiter rapidement des bénéfices de son plein accomplissement, ou persister dans la voie, laborieuse et tortueuse, de l'anglicisation par inertie..
1 commentaire
  • Patrick M - Inscrit 9 février 2012 00 h 44

    Encore de la propagante anti-francophone. Ce n'est pas nouveau

    Le fait de parler français est de se replier sur soi. Car on OSE parler une autre langue que l'anglais, nous nouis condamnons à une vie de misère, on s'isole du monde. Ah bon? La Terre entière serait donc unilingue anglaise?

    Essayez d'aller travailler par exemple en Espagne ou en Allemagne sans parler leur langue, vous allez voir que vos perpectives d'emploi seront basses.

    Non mais c'est quoi cette propagante encore? On dirait que l'anglais fait la chasse au français, qu'elle tente par tous les moyens de complètement l'éliminer. Ce qu'on propose là, c'est rien de moins qu'un génocide. On veut éliminer complètement le français du Québec, on remet son droit de l'utiliser et ce, simplement pour plaire à cette nation anglo-saxonne qui ne supporte pas qu'une autre langue que l'anglais aie le droit d'exister.

    Sérieux, ce sont les anglais qui sont repliés sur eux. Jamais tu ne verras chez eux quoique ce soit qui ne provient pas des pays anglo-saxxons et jamais tu n'entendras quoique ce soit qui ne soit pas anglophone.

    Mais ON NE SE METTRA PAS à GENOUX. S'ils ne supportent pas que le Québec soit français, qu'ils quittent le Québec. Ils ont 9 provinces pour parler anglais. C'est quoi leur problème. Ils veuillent tout posséder tout le temps!!!

    Ce discours qu'on se replie sur nous car nous refusons de nous mettre à genoux devant eux est une perte de temps. Le Québec est francophone et le restera. Et s'il y en a que ça leur déplait, on ne les retient surtout pas. Ils peuvent aller ailleurs s'ils se sentent si opprimés que ça par cette infââââme société québécoise qui a l'audace de ne pas être anglophone