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Irak - Les experts n'ont rien trouvé

Pas de traces d'un programme nucléaire

8 janvier 2003 
Les inspecteurs de l’ONU ont inauguré hier leurs premiers déplacements en hélicoptère. Ils se sont rendus sur le site d’une usine de phosphate hier à al-Qaim, à 400 kilomètres de Bagdad, non loin de la frontière syrienne.
Photo : Agence Reuters
Les inspecteurs de l’ONU ont inauguré hier leurs premiers déplacements en hélicoptère. Ils se sont rendus sur le site d’une usine de phosphate hier à al-Qaim, à 400 kilomètres de Bagdad, non loin de la frontière syrienne.
New York — La communauté internationale a beau se préparer au pire, une guerre avec l'Irak serait aujourd'hui difficile à justifier sur la foi des résultats des inspections menées depuis le 27 novembre par l'ONU.

Selon de nombreuses sources diplomatiques à New York interrogées notamment par Libération, les experts de la COCOVINU, l'agence onusienne chargée du contrôle des armes chimiques, biologiques et des missiles, sont totalement bredouilles. Lundi, Mohamed El Baradei, le directeur de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), avait de son côté déclaré, pour la première fois, qu'après un mois et demi de présence en Irak, ses inspecteurs n'avaient pas le moindre indice montrant que Saddam Hussein avait tenté de relancer son programme nucléaire.

M. El Baradei et son homologue de la COCOVINU, Hans Blix, doivent présenter aujourd'hui à huis clos devant le Conseil de sécurité un «complément» à leur première évaluation de la déclaration faite par le gouvernement de Bagdad de ses programmes d'armement de destruction massive.

Selon le quotidien allemand Tageszeitung à paraître aujourd'hui, Hans Blix fera état d'une absence de preuves contre l'Irak lors d'un rapport oral devant le Conseil de sécurité.

M. Blix devrait également constater que Bagdad n'a pas encore répondu de manière satisfaisante à des demandes formulées à la mi-décembre par la Cocovinu et l'AIEA, selon le quotidien. L'Irak tarderait aussi à répondre à des questions sur l'éventuel maintien d'anciens stocks d'armes biologiques et chimiques. Le Suédois devrait néanmoins louer la bonne coopération des autorités irakiennes.

«En résumé, les inspecteurs de la COCOVINU n'ont pas trouvé la poule aux oeufs d'or. Loin de là, assure un diplomate aux Nations unies interrogé par Libération. Ils travaillent sans relâche. Mais leurs recherches n'ont produit pour l'instant que de très faibles résultats.»

200 visites

Depuis le 27 novembre dernier, les inspecteurs de l'AIEA et de la COCOVINU n'ont pourtant pas rechigné à la tâche. Au total, ils ont pu organiser plus de 200 visites impromptues sur des sites dits «suspects» (certains sites ont même été contrôlés plusieurs fois). Hier encore, les inspecteurs ont inauguré leurs premiers déplacements en hélicoptères.

Selon certaines informations, seules deux violations des résolutions onusiennes auraient été constatées depuis la fin de 1998 et le départ des précédents experts de l'UNSCOM. Deux incidents considérés comme mineurs.

Cela mis à part, les inspecteurs ont été confrontés en de nombreuses occasions à des installations obsolètes. Les experts nucléaires, par exemple, ont pu constater que les différents complexes ayant servi à enrichir de l'uranium dans le passé et ayant été placés sous scellés par l'UNSCOM n'avaient pas été rouverts par les Irakiens. À en croire une source à l'ONU notamment, l'AIEA et la COCOVINU ont à ce jour visité tous les sites évoqués dans les rapports publics de la CIA et dans le document présenté par le premier ministre britannique Tony Blair à son Parlement. Mais ils n'y ont découvert «aucun indice probant».

Dans ces conditions, et malgré les préparatifs français et britanniques, les États-Unis pourraient donc rencontrer plus de réticences que prévu à l'ONU concernant une éventuelle intervention militaire en Irak.

Certes, les diplomates soulignent aussi «qu'il faut rester prudents et que la situation peut évoluer à tout instant». Personne n'a oublié dans l'immeuble de verre de New York que l'UNSCOM n'avait rien découvert du programme biologique irakien jusqu'à ce que Saddam Hussein décide de le dévoiler en 1995.

Le 27 janvier, Mohamed El Baradei et Hans Blix ont un rendez-vous encore plus important à l'ONU: ils doivent faire le bilan du travail des inspecteurs, après soixante jours sur le terrain. Côté américain, la date, à la veille du discours de l'État de l'Union, est considérée comme celle qui peut amener à la guerre.

D'autres préparatifs militaires

Hier, la Grande-Bretagne a franchi une nouvelle étape dans ses préparatifs militaires en mobilisant 1500 réservistes et en envoyant un puissant groupe naval dans le Golfe au côté des renforts américains qui affluent.

À Washington, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a pressé le président Saddam Hussein d'abandonner le pouvoir pour éviter une guerre, tandis qu'à Bagdad ce dernier réitérait ses accusations d'espionnage contre les experts en désarmement de l'ONU et avertissait l'Amérique que son régime sortirait «victorieux» d'un affrontement.

«J'espère encore qu'il s'en ira. Et j'espère que ce pays sera désarmé, et j'espère qu'il ne faudra pas utiliser la force. Mais dans l'intervalle, nous continuons à amasser des troupes», a déclaré M. Rumsfeld lors d'un point de presse.

De son côté, le président George W. Bush a appelé une fois de plus Bagdad à désarmer lors d'un déplacement à Chicago.

À Paris, le président français Jacques Chirac a de son côté demandé aux militaires français de «se tenir prêts à toute éventualité», en faisant allusion à un possible conflit avec l'Irak.

Mais il a souligné un peu plus tard, en recevant le corps diplomatique, qu'une «éventuelle décision d'utiliser la force» contre l'Irak ne pouvait être prise que par le Conseil de sécurité des Nations unies. La France entend garder «sa pleine liberté d'appréciation», a-t-il ajouté.

En dépit de la détérioration du climat, les visites de sites en Irak par les inspecteurs de l'ONU se sont poursuivies hier comme à l'accoutumée. «Aucun de nos inspecteurs n'a rapporté un quelconque changement dans l'attitude des Irakiens», a déclaré en fin de journée leur porte-parole à Bagdad, Hiro Ueki.

Mohamed El Baradei, le directeur de l'AIEA, a estimé qu'il faudrait quelques mois supplémentaires d'inspections en Irak et des renseignements plus précis de la part des Américains «pour pouvoir parvenir à une conclusion».

«Je peux dire que nous faisons des progrès, que nous n'avons pas encore vu de preuves qu'ils ont relancé leur programme nucléaire clandestin», a-t-il dit en réclamant aux États-Unis des renseignements plus précis pour étayer leurs affirmations que Bagdad possède toujours des armes prohibées.

Washington «nous a fourni des informations de caractère général, mais nous avons besoin d'informations plus spécifiques pour pouvoir agir», a-t-il dit.

M. El Baradei a prévu de se rendre à Bagdad avec l'autre chef des inspecteurs, Hans Blix, le 19 ou le 20 janvier, pour des discussions avec les autorités irakiennes, a annoncé hier leur porte-parole, Hiro Ueki.
 
 
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