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Sommes-nous des éteignoirs?

22 février 2008 
La publication du rapport Castonguay comporte des solutions réalistes, pragmatiques et applicables à court et à moyen terme. Il est malheureux que certains aient manifesté leur réprobation dans les médias alors que les résultats de ce travail n'étaient même pas publiés. Souffre-t-on d'immobilisme au Québec ou sommes-nous des éteignoirs, titre d'un récent livre fort bien documenté?

Notons d'abord et avant tout les deux grands points importants du rapport:

- le système de santé est coûteux en fonction de la richesse collective et n'est pas assez productif, ce qui est une vérité de La Palice;

- le rapport ne remet aucunement en cause le système public.

Fait à noter, on y retrouve une douzaine de recommandations qui avaient été votées majoritairement au Sommet de la santé du Collège des médecins par tous les intervenants du système de santé: retrait du gouvernement dans la dispensation des soins, décentralisation de la gestion et diminution de la bureaucratie, développement des cliniques de première ligne et prioritàé au maintien à domicile, accroissement de l'utilisation des équipements hospitaliers pour obtenir des sources de revenus additionnels, implantation des technologies de l'information dans les établissements et les cabinets, modification de l'organisation du travail, rejet du ticket modérateur au profit d'une franchise comme dans les projets de coopératives santé, l'opting out au lieu de l'opting in dans le dossier patient informatisé et augmentation de la promotion de la santé. À elle seule, l'application de ces recommandations provoquerait un accroissement appréciable de la productivité et une diminution substantielle des coûts. Pourquoi ne pas les mettre en place à brève échéance?

Quant à la création d'un institut national d'excellence en santé complètement indépendant, on y retrouve des analogies avec l'agence nationale de la santé proposée par la commission Clair et avec l'Hydro-Santé, un concept que j'avais élaboré il y a quelques années.

En ce qui a trait au financement du système, retenons que le budget de la santé s'élève à près de 24 milliards de dollars. Cette année, à elles seules, la santé et l'éducation représentent 98 % de la croissance des dépenses de programmes. Tous les autres ministères réunis n'ont eu qu'un maigre 1,7 %. Pas étonnant que les ponts s'écroulent et que les édifices publics tombent en ruine, pour ne prendre que ces exemples. Si rien n'est fait d'ici une dizaine d'années, la santé et l'éducation seront les deux seuls ministères du gouvernement et, dans 20 ans, on vendra les écoles pour payer la santé. Il est donc évident qu'il est plus que temps d'agir, de penser autrement et de s'ouvrir à d'autres formes de financement. Le statu quo et la simple injection de nouveaux fonds publics, sans changement en profondeur des mentalités et des façons de faire, est la voie la plus sûre pour mettre en danger la pérennité de notre système de santé. Il y a urgence en la demeure, et la voie proposée a au moins l'avantage de mettre certaines solutions sur le tapis. Que tout soit parfait et plaise à tout le monde dans un rapport équivaudrait à s'aveugler. Toutefois, prenons au moins les aspects les plus positifs et appliquons-les au lieu de jeter le bébé avec l'eau du bain.

Finalement, en ce qui a trait à la pratique médicale mixte, je rappelle que la très grande majorité des médecins québécois sont attachés à leur système de santé public; il n'y a sûrement pas lieu de penser à un exode massif vers le privé. Par contre, il faut contrer à tout prix la désaffection des futurs médecins à l'endroit de la médecine familiale. Ce problème m'apparaît comme l'enjeu majeur au cours des prochaines années.

En conclusion, espérons que les recommandations du rapport Castonguay ne resteront pas lettre morte et que des mesures concrètes seront entreprises sous peu. Il en va de la qualité des soins qu'on doit offrir à la population.






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