Israël - Deux kamikazes, 23 morts
Deux groupes islamistes revendiquent le carnage de Tel-Aviv. Le deuxième attentat le plus meurtrier depuis le début de l'Intifada
6 janvier 2003
Photo : Agence Reuters
Des secouristes s’affairent auprès de blessés étendus par terre après l’attaque perpétrée par deux kamikazes dans un quartier populaire de Tel-Aviv. Au moins 23 personnes, sans compter les kamikazes, ont été tuées.
Tel-Aviv — Un double attentat suicide palestinien perpétré hier soir dans un quartier populaire de Tel-Aviv s'est soldé par un bilan particulièrement lourd: 23 morts, outre les deux kamikazes, et une centaine de blessés.
Il s'agit du deuxième attentat anti-israélien le plus meurtrier depuis le début de l'Intifada en septembre 2000. Le plus meurtrier fut une attaque suicide à Netanya qui avait fait, le 27 mars 2002, 29 morts, outre le kamikaze. C'est en outre le premier attentat perpétré au coeur de l'État hébreu depuis le 21 novembre. Onze personnes avaient alors péri dans l'explosion d'un bus à Jérusalem.
À quelques secondes d'intervalle, deux kamikazes ont fait exploser vers 18h30 deux charges de 15 kg chacune qu'ils portaient sur eux, dans deux rues parallèles du quartier de l'ancienne gare routière, principalement habité par des ouvriers étrangers, parmi lesquels on compte près de la moitié des victimes. L'une des explosions a eu lieu près d'une enseigne de restauration rapide, le McChina.
Dix-sept corps ont été retrouvés sur place dont ceux, complètement déchiquetés des deux kamikazes, a précisé un porte-parole de la police. Huit blessés ont succombé à l'hôpital. L'évacuation des blessés a été entravée par des embouteillages dans les ruelles étroites avoisinant le site des explosions.
Quelque 230 000 travailleurs étrangers, dont environ 130 000 en situation irrégulière, résident en Israël, notamment pour pallier le manque de main-d'oeuvre palestinienne. Les chaînes de télévision diffusaient des appels en anglais pour assurer aux personnes blessées en situation irrégulière en Israël qu'elles pouvaient bénéficier de soins et être contactées par leurs proches.
Le Djihad islamique puis les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, milice liée au Fatah de Yasser Arafat, ont revendiqué ce double attentat suicide, qui survient à trois semaines des élections générales israéliennes du 28 janvier.
Ces revendications constituent un revers cuisant pour l'Égypte et le Fatah, qui tentent depuis des semaines au Caire de convaincre le Djihad islamique et le Hamas de cesser toute action suicide contre des civils israéliens.
En fin de soirée, des hélicoptères de l'armée israélienne ont tiré au moins quatre missiles sur différents objectifs situés dans la ville de Gaza, selon des témoins. Huit personnes ont été légèrement blessées. Les hélicoptères ont tiré des roquettes contre deux ateliers métallurgiques qui, selon un porte-parole militaire israélien, servaient à fabriquer des roquettes de mortiers et de type Qassam.
Une heure plus tôt, le premier ministre israélien Ariel Sharon avait réuni son cabinet restreint, comprenant le ministre de la Défense Shaoul Mofaz, le ministre des Affaires étrangères Binyamin Nétanyahou et le ministre des Finances Silvan Shalom, pour examiner les ripostes à l'attentat.
Lors d'une réunion publique à Jérusalem, peu après l'attentat, M. Sharon a de nouveau accusé l'Autorité palestinienne de «soutenir le terrorisme».
«Toutes les tentatives de parvenir à un cessez-le-feu [avec l'Autorité palestinienne] sont vouées à l'échec du fait de l'appui des Palestiniens au terrorisme», a affirmé M. Sharon.
La direction palestinienne a pourtant dénoncé le double attentat, affirmant qu'elle poursuivrait ses commanditaires «avec fermeté». Elle s'est engagée à «poursuivre tous ceux qui ont préparé ou commandité ces attaques». Ces actes contre des civils «vont à l'encontre des intérêt nationaux des Palestiniens, violent les décisions prises par l'Autorité palestinienne et doivent être arrêtés».
Dans un coup de téléphone à l'AFP à Naplouse, un porte-parole anonyme a revendiqué l'attaque au nom des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Il a confirmé l'identité des deux kamikazes, donnée auparavant par un communiqué du même groupe émis à Gaza: Bourak Khalifa et Tamir al-Nouri, précisant qu'ils avaient tous deux 22 ans et habitaient dans un quartier du nord de la ville autonome de Naplouse, en Cisjordanie, occupée par l'armée israélienne.
Le communiqué émis à Gaza déclarait: «Deux de nos porteurs de bombes ont réussi à traverser les barrages militaires israéliens et à frapper Tel-Aviv.»
«Nous poursuivrons notre résistance. Nous avons fait notre devoir en vengeant les massacres des sionistes et les destructions de maisons de nos martyrs», poursuivait le communiqué, en référence à la destruction de plus de 110 maisons par l'armée israélienne au cours des derniers mois au motif que ces destructions ont un «caractère dissuasif».
Le mouvement radical palestinien Jihad islamique a également revendiqué l'attentat, sans préciser l'identité de ses auteurs.
De même, un interlocuteur anonyme a revendiqué l'attentat au nom du bras armé du mouvement radical islamiste Hamas.
L'attentat a été condamné par les présidents américain George W. Bush et français Jacques Chirac ainsi que par le chef de la diplomatie allemande Joschka Fischer.
Le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Maher a estimé que l'attaque était le résultat de «provocations» israéliennes, tout en condamnant les attaques contre les civils.
Le jeu de la ligne dure
Les attentats meurtriers de juin dernier avaient entraîné la réoccupation de la plupart des villes de Cisjordanie. Une nouvelle vague de terreur ferait le jeu des partis prônant une ligne dure à l'égard des Palestiniens, à commencer par le Likoud de M. Sharon.
M. Sharon a d'ailleurs lancé hier sa plus violente attaque contre son adversaire travailliste Amram Mitzna en le qualifiant de néophyte mettant en danger le processus de paix.
La campagne officielle des législatives doit débuter demain avec les premières diffusions sur les chaînes nationales des spots des différentes formations politiques. Mais Sharon a profité de la présence des caméras de télévision au début de la réunion hebdomadaire de son cabinet pour mettre en cause les compétences de son principal adversaire.
«Il y a des brèches dans le camp palestinien, ce qui est une vraie occasion pour entamer un processus politique. Je ne laisserai pas cette occasion nous glisser entre les doigts à cause des erreurs de M. Mitzna, qui viennent de son manque d'expérience», a-t-il déclaré.
Sharon a toujours juré de ne pas reprendre les négociations avec les Palestiniens dans le contexte de la seconde intifada. Mitzna, qui est maire de la ville de Haïfa, mais n'a jamais occupé de poste ministériel, s'est à nouveau engagé la semaine dernière à reprendre ces discussions de paix dès qu'il serait élu.
Ancien général comme Sharon, il a également qualifié le Likoud de parti corrompu par le crime organisé, en évoquant quelques membres siégeant au comité central de la formation de droite malgré leur passé criminel. L'avance du Likoud dans les sondages a quelque peu fondu ces dernières semaines à cause d'un scandale d'achat de voix lors de ses primaires. Mais les travaillistes demeurent en retard, et l'on continue d'annoncer une victoire écrasante pour la formation de Sharon.
Avec Reuters et l'Associated press
Il s'agit du deuxième attentat anti-israélien le plus meurtrier depuis le début de l'Intifada en septembre 2000. Le plus meurtrier fut une attaque suicide à Netanya qui avait fait, le 27 mars 2002, 29 morts, outre le kamikaze. C'est en outre le premier attentat perpétré au coeur de l'État hébreu depuis le 21 novembre. Onze personnes avaient alors péri dans l'explosion d'un bus à Jérusalem.
À quelques secondes d'intervalle, deux kamikazes ont fait exploser vers 18h30 deux charges de 15 kg chacune qu'ils portaient sur eux, dans deux rues parallèles du quartier de l'ancienne gare routière, principalement habité par des ouvriers étrangers, parmi lesquels on compte près de la moitié des victimes. L'une des explosions a eu lieu près d'une enseigne de restauration rapide, le McChina.
Dix-sept corps ont été retrouvés sur place dont ceux, complètement déchiquetés des deux kamikazes, a précisé un porte-parole de la police. Huit blessés ont succombé à l'hôpital. L'évacuation des blessés a été entravée par des embouteillages dans les ruelles étroites avoisinant le site des explosions.
Quelque 230 000 travailleurs étrangers, dont environ 130 000 en situation irrégulière, résident en Israël, notamment pour pallier le manque de main-d'oeuvre palestinienne. Les chaînes de télévision diffusaient des appels en anglais pour assurer aux personnes blessées en situation irrégulière en Israël qu'elles pouvaient bénéficier de soins et être contactées par leurs proches.
Le Djihad islamique puis les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, milice liée au Fatah de Yasser Arafat, ont revendiqué ce double attentat suicide, qui survient à trois semaines des élections générales israéliennes du 28 janvier.
Ces revendications constituent un revers cuisant pour l'Égypte et le Fatah, qui tentent depuis des semaines au Caire de convaincre le Djihad islamique et le Hamas de cesser toute action suicide contre des civils israéliens.
En fin de soirée, des hélicoptères de l'armée israélienne ont tiré au moins quatre missiles sur différents objectifs situés dans la ville de Gaza, selon des témoins. Huit personnes ont été légèrement blessées. Les hélicoptères ont tiré des roquettes contre deux ateliers métallurgiques qui, selon un porte-parole militaire israélien, servaient à fabriquer des roquettes de mortiers et de type Qassam.
Une heure plus tôt, le premier ministre israélien Ariel Sharon avait réuni son cabinet restreint, comprenant le ministre de la Défense Shaoul Mofaz, le ministre des Affaires étrangères Binyamin Nétanyahou et le ministre des Finances Silvan Shalom, pour examiner les ripostes à l'attentat.
Lors d'une réunion publique à Jérusalem, peu après l'attentat, M. Sharon a de nouveau accusé l'Autorité palestinienne de «soutenir le terrorisme».
«Toutes les tentatives de parvenir à un cessez-le-feu [avec l'Autorité palestinienne] sont vouées à l'échec du fait de l'appui des Palestiniens au terrorisme», a affirmé M. Sharon.
La direction palestinienne a pourtant dénoncé le double attentat, affirmant qu'elle poursuivrait ses commanditaires «avec fermeté». Elle s'est engagée à «poursuivre tous ceux qui ont préparé ou commandité ces attaques». Ces actes contre des civils «vont à l'encontre des intérêt nationaux des Palestiniens, violent les décisions prises par l'Autorité palestinienne et doivent être arrêtés».
Dans un coup de téléphone à l'AFP à Naplouse, un porte-parole anonyme a revendiqué l'attaque au nom des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Il a confirmé l'identité des deux kamikazes, donnée auparavant par un communiqué du même groupe émis à Gaza: Bourak Khalifa et Tamir al-Nouri, précisant qu'ils avaient tous deux 22 ans et habitaient dans un quartier du nord de la ville autonome de Naplouse, en Cisjordanie, occupée par l'armée israélienne.
Le communiqué émis à Gaza déclarait: «Deux de nos porteurs de bombes ont réussi à traverser les barrages militaires israéliens et à frapper Tel-Aviv.»
«Nous poursuivrons notre résistance. Nous avons fait notre devoir en vengeant les massacres des sionistes et les destructions de maisons de nos martyrs», poursuivait le communiqué, en référence à la destruction de plus de 110 maisons par l'armée israélienne au cours des derniers mois au motif que ces destructions ont un «caractère dissuasif».
Le mouvement radical palestinien Jihad islamique a également revendiqué l'attentat, sans préciser l'identité de ses auteurs.
De même, un interlocuteur anonyme a revendiqué l'attentat au nom du bras armé du mouvement radical islamiste Hamas.
L'attentat a été condamné par les présidents américain George W. Bush et français Jacques Chirac ainsi que par le chef de la diplomatie allemande Joschka Fischer.
Le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Maher a estimé que l'attaque était le résultat de «provocations» israéliennes, tout en condamnant les attaques contre les civils.
Le jeu de la ligne dure
Les attentats meurtriers de juin dernier avaient entraîné la réoccupation de la plupart des villes de Cisjordanie. Une nouvelle vague de terreur ferait le jeu des partis prônant une ligne dure à l'égard des Palestiniens, à commencer par le Likoud de M. Sharon.
M. Sharon a d'ailleurs lancé hier sa plus violente attaque contre son adversaire travailliste Amram Mitzna en le qualifiant de néophyte mettant en danger le processus de paix.
La campagne officielle des législatives doit débuter demain avec les premières diffusions sur les chaînes nationales des spots des différentes formations politiques. Mais Sharon a profité de la présence des caméras de télévision au début de la réunion hebdomadaire de son cabinet pour mettre en cause les compétences de son principal adversaire.
«Il y a des brèches dans le camp palestinien, ce qui est une vraie occasion pour entamer un processus politique. Je ne laisserai pas cette occasion nous glisser entre les doigts à cause des erreurs de M. Mitzna, qui viennent de son manque d'expérience», a-t-il déclaré.
Sharon a toujours juré de ne pas reprendre les négociations avec les Palestiniens dans le contexte de la seconde intifada. Mitzna, qui est maire de la ville de Haïfa, mais n'a jamais occupé de poste ministériel, s'est à nouveau engagé la semaine dernière à reprendre ces discussions de paix dès qu'il serait élu.
Ancien général comme Sharon, il a également qualifié le Likoud de parti corrompu par le crime organisé, en évoquant quelques membres siégeant au comité central de la formation de droite malgré leur passé criminel. L'avance du Likoud dans les sondages a quelque peu fondu ces dernières semaines à cause d'un scandale d'achat de voix lors de ses primaires. Mais les travaillistes demeurent en retard, et l'on continue d'annoncer une victoire écrasante pour la formation de Sharon.
Avec Reuters et l'Associated press
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