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Primaires américaines - Une imprévisible course (un peu) plus prévisible?

Charles-Philippe David - Directeur de l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM (www.dandurand.uqam.ca/electionsusa2008)  9 février 2008 
La course palpitante du 5 février confirme à peu près les prévisions qui avaient été faites: le sénateur républicain John McCain s'est en effet positionné comme le grand gagnant des primaires et des caucus du Super Mardi. L'écart s'est creusé avec son principal adversaire, qui n'est plus même de la partie: à ce jour, il compte 598 délégués, contre les 259 acquis par le gouverneur Mitt Romney.

Charles-Philippe David

Directeur de l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM (www.dandurand.uqam.ca/electionsusa2008)

En fait, McCain a largement profité de la candidature de Mike Huckabee, lequel va chercher des appuis, avec ses 166 délégués, qui autrement se seraient dirigés vers Romney. De plus, McCain dispose d'une majorité de super-délégués, composés notamment des notables du parti, dans une proportion de deux contre un (17-9) aux dépens de Romney. Surtout après le retrait de ce dernier de la course, plus rien (pas Huckabee, en tout cas) n'empêchera ainsi le mois prochain le sénateur de l'Arizona de se proclamer candidat du Parti républicain avec une majorité de 1191 délégués, une fois passées les importantes primaires du Texas et de l'Ohio, le 4 mars prochain, avec leur contingent de 228 délégués.

En outre, McCain a gagné les quatre États cruciaux du Super Mardi: la Californie, l'Illinois, le New Jersey et New York. Seul le Massachusetts lui a échappé, et pour cause: Romney en a été le gouverneur. Ajoutons que l'État baromètre du Missouri, qui donne une bonne indication des tendances de l'humeur nationale des Américains, a aussi voté pour McCain. Bref, celui qui d'ordinaire «laissait échapper le ballon» tôt dans la course des primaires s'échappe aujourd'hui avec le ballon pour, de toute évidence, aller chercher la victoire. Celle-ci est significative, et ce, pour trois raisons.

Envers et contre tous

Tout d'abord, le sénateur républicain dément complètement la thèse trop répandue selon laquelle «l'argent achète le vote». Sans argent, il est vrai, il est impossible de survivre aux élections américaines, et McCain en obtiendra désormais beaucoup plus. Mais force est de constater qu'il a gagné avec des fonds publics (ses coffres étaient à sec il y a à peine plus d'un mois) et qu'il ne disposait plus d'une organisation politique comparable à celles des autres candidats de son parti. Ses ressources taries ne l'ont nullement empêché de s'imposer, surtout devant un Romney tout-puissant et flambant des sommes prodigieuses provenant de sa fortune personnelle.

Il en va ensuite de même pour la thèse des valeurs religieuses, jugées tellement centrales au sein du Parti républicain. Le candidat républicain le moins religieux et le moins porté aux professions de foi l'a emporté contre deux adeptes de celles-ci, Huckabee l'évangélique et Romney le mormon.

McCain force ainsi son parti à retourner à des valeurs plus centristes ou plus traditionnelles, dans la foulée d'un Nixon, d'un Reagan ou d'un George Bush père. Enfin, le sénateur de l'Arizona gagne en dépit du fait que son parti ne souhaitait pas vraiment sa victoire, du moins au départ, privilégiant plutôt la candidature de Rudy Giuliani, un autre dont la fortune dépensée dans la course ne lui rapporte rien.

En somme, l'argent, la religion et le parti n'ont jamais été derrière cette victoire si surprenante de McCain. Ce sont plutôt ses qualités personnelles qui ont convaincu les électeurs indépendants du Parti républicain, en nombre, de lui accorder leur vote. Le plus «démocrate» des républicains — et pour cette raison même — sera un adversaire redoutable pour Hillary Clinton ou Barack Obama l'automne prochain...

Coude-à-coude démocrate

Chez les démocrates, la course aux délégués a confirmé mardi que tout se joue au coude-à-coude entre la sénatrice Hillary Clinton et le sénateur Barack Obama: à ce jour, la première reçoit 632 délégués obtenus par vote, et le second, 626! Uniquement lorsque les super-délégués sont comptés, la première accroît son avance sur le second (825 contre 732).

Parions d'ores et déjà que si la course continue d'être serrée, cette «discrimination» dans la sélection des «super-délégués» en ce qui a trait à la manière dont leur vote est exprimé deviendra un enjeu des primaires de 2008 digne des débats de l'année 2000!

Contrairement aux candidats républicains, Clinton et Obama doivent s'accommoder d'une répartition à la proportionnelle des délégués, ce qui explique que chacun soit allé chercher des appuis importants un peu partout, et tout spécialement dans les États capitaux.

Une désignation «à la républicaine» aurait nettement favorisé Mme Clinton. Elle a certes remporté la Californie, le Massachusetts, le New Jersey et New York, mais dans tous ces États, son adversaire démocrate a au minimum récolté l'équivalent de la moitié des délégués qu'elle a obtenus (l'inverse se produisant en Illinois, où elle gagne l'équivalent de la moitié des délégués obtenus par Obama).

Catégories d'électeurs

Les deux stars du parti se disputent également les électeurs par catégories de vote: ainsi, Clinton remporte l'adhésion d'une faible majorité des femmes (52 % contre 42 % pour Obama), celui-ci gagnant en revanche le vote masculin dans une proportion de 53 % contre 42 %.

Obama attire une écrasante majorité des Noirs (86 % des hommes, 79 % des femmes), mais à l'inverse, Clinton recueille le soutien de deux tiers du vote hispanique. Enfin, chez les Blancs, Clinton remporte le vote des femmes (58 % contre 38 %) alors qu'Obama gagne celui des hommes (49 % contre 44 %).

Les jeunes ont de loin accordé leur vote de confiance au sénateur de l'Illinois (59 %) aux dépens de la sénatrice de New York (38 %). Faut-il se surprendre ainsi que la course soit si déchirante mais enlevante? Cela explique aussi qu'elle continuera sans doute bien au-delà des prochaines primaires, en Louisiane, en Virginie, au Maryland, au Wisconsin, en Ohio et au Texas.

Et les enjeux?

Comme chez les républicains, il semble bien que le caractère et les qualités de Clinton et d'Obama soient au coeur des préoccupations des électeurs démocrates. Mais les débats sur les enjeux, quasi ignorés jusqu'à maintenant, pourraient bien finir par départager les deux aspirants, qui devront préciser leurs positions. En effet, tant sur les questions économiques que sur le dossier de la santé, Clinton a davantage convaincu les démocrates. Toutefois, en ce qui a trait à l'Irak, Obama l'emporte sur Clinton.

Les impondérables finiront sans doute par consacrer la victoire de l'un ou de l'autre: hormis les super-délégués, dont Obama craint avec raison qu'ils aillent très massivement vers Clinton, le choix de John Edwards pourrait au bout du compte s'avérer déterminant pour favoriser l'un ou l'autre. Et il reste encore l'influence de Bill Clinton, infiniment plus grande quand il agit de manière souterraine (comme il l'a fait au cours des dernières semaines pour aller chercher le vote hispanique en faveur de Hillary) que lorsqu'il attaque publiquement Obama comme il l'a fait en Caroline du Sud, ce qui a nui aux chances de la sénatrice. En d'autres termes,

rien n'est sûr en ce domaine, et bien des surprises surviendront.

La campagne des primaires est spectaculaire, et nous ne sommes pas encore rendus à l'affrontement présidentiel, qui promet d'être une des campagnes les plus enlevantes de l'histoire récente des élections américaines.
 
 
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