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Réplique à Pauline Marois - Stoppons la partisanerie!

7 février 2008 
Membre actif de la coalition Stoppons la réforme, j'ai collaboré à l'écriture du manifeste Pour une école démocratique, exigeante et centrée sur les connaissances. Militant du Parti québécois (PQ) pendant longtemps, j'ai tout naturellement sollicité des gens que je connais bien et dont je respecte l'intelligence et la droiture. Ce n'est cependant pas à titre de «péquiste» que j'ai sollicité Jean-François Lisée, François Rebello, Joseph Facal et Bernard Landry. Ce n'est pas non plus à titre de «péquistes» qu'ils ont signé notre manifeste, un à un, sans aucune forme de concertation, mais à titre de pères de famille et de citoyens engagés.

Les signatures de Jean-François Lisée et de François Rebello n'auraient dû surprendre personne. Le premier s'était exprimé à au moins trois reprises sur la réforme scolaire, proposant chaque fois un moratoire de dix ans sur l'implantation de la réforme au secondaire. Le deuxième avait quant à lui fait cheminer, lors du conseil national de juin 2006, consacré à l'éducation, des propositions clairement hostiles à la réforme scolaire qui reçurent l'appui d'une majorité de militants mais qui furent rejetées du revers de la main par André Boisclair et Camil Bouchard. M. Rebello avait alors respecté les... «instances»!

Père et grand-père

Les signatures de Joseph Facal et de Bernard Landry constituaient des défis supplémentaires. Convaincre deux anciens ministres de rejeter une réforme qu'ils avaient contribué à mettre en place n'allait pas de soi, j'en conviens. Père et grand-père d'enfants en bas âge, tous deux professeurs d'université, MM. Facal et Landry furent très tôt convaincus que cette réforme avait été détournée de sa finalité première (le retour aux matières de base) et que les solutions mises en avant pour combattre le décrochage scolaire (non-redoublement, apprentissage par compétences, nouvelle politique d'évaluation, «socioconstructivisme») nuisaient considérablement à la réussite de tous les élèves, notamment des élèves en difficulté, les premiers visés, disait-on, par ce grand branle-bas de combat.

Devant le cumul des preuves accablantes, ils ont accepté de signer. Ils auraient pu détourner le regard, faire comme si cela ne les concernait plus, prétexter qu'ils ne voulaient pas «nuire à Pauline», bref, agir comme bien d'autres politiciens et mettre la tête dans le sable, refuser de voir les vives lumières de la dure réalité. Ils étaient cependant convaincus que cet enjeu transcendait les partis, que la cause était plus grande que nous tous. On leur reproche maintenant de ne pas avoir suivi la «ligne de parti» alors que c'est souvent celle-ci qui empêche de penser.

Ce n'est ni à titre de «péquistes» ni à titre d'«experts» que MM. Lisée, Rebello, Facal et Landry ont signé le manifeste de la coalition.

Il faut rejeter cet argument de l'«expertise» comme nous avons collectivement rejeté les arguments d'autorité des traditionalistes d'avant la Révolution tranquille. De 1875 à 1964, l'éducation fut l'affaire d'une toute petite caste d'évêques devant laquelle s'inclinait la classe politique. L'éducation, avait déclaré le conservateur Thomas Chapais à la fin du XIXe siècle, était une chose trop importante pour être laissée aux politiciens ou à tout autre profane. Jusqu'à la création du ministère de l'Éducation, tous les programmes et toutes les méthodes pédagogiques devaient être approuvés par le haut clergé.

L'affaire de tous

Depuis la Révolution tranquille, l'éducation est l'affaire de tous. Les valeurs et les connaissances que nous souhaitons transmettre à nos enfants concernent chaque citoyen. Traiter de «dilettantes» ou de «pseudo-experts» ceux qui s'intéressent aux débats sur l'éducation, laisser ainsi entendre que l'éducation serait seulement l'affaire des experts du ministère, des membres de la nomenklatura pédagogiste ou des apparatchiks de certains syndicats complaisants, ce serait tourner le dos à l'une des idées phares de la Révolution tranquille. Faut-il être démographe pour s'inquiéter du vieillissement de la population, climatologue pour craindre le réchauffement de la planète ou criminologue pour dénoncer Vincent Lacroix?

D'une saine réforme du cursus, censée recentrer l'école autour des savoirs essentiels, nous sommes passés à un «renouveau pédagogique» sans queue ni tête. C'est notre devoir de citoyens de dénoncer ce détournement qui cause un tort irréparable à trop d'élèves du Québec. La semaine dernière, notre coalition a fait une percée importante.

L'opposition officielle a pris position en faveur du moratoire tandis que des militants de Québec solidaire ont fait cheminer une proposition du même genre dans leurs instances. Cette cause doit sortir du carcan partisan et faire l'objet d'une discussion ouverte et rationnelle. Qu'on soit pour ou qu'on soit contre la réforme, de grâce, mettons des arguments sur la table! Notre démocratie ne s'en portera que mieux.






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