dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Contre la post-humanité

30 décembre 2002 
L'anecdote rapportée dans le journal Le Monde daté du 29 décembre illustre l'absurdité et la confusion que peuvent engendrer dans l'esprit des gens les possibilités ahurissantes que promet la technique du clonage reproductif.

En février dernier, Carrie Potts, 27 ans, du Texas, se suicide d'une balle dans la tête. Quelques jours plus tard, sa mère, Jaime Wallace, 52 ans, prend une décision irrévocable. Elle va ressusciter sa fille. Plus précisément, elle va faire naître un enfant qui sera la réplique exacte de Carrie, son clone. Jaime va demander au médecin légiste de conserver les fragments de foie de sa fille prélevés lors de l'autopsie, dont on extraira le noyau d'une cellule contenant l'ADN. La meilleure amie de Carrie s'est portée volontaire pour faire don d'un ovocyte.

Personne n'a cherché, dans son entourage, à dissuader la mère de mettre ce projet à exécution. Pour elle, le clonage est une simple avancée de la médecine et se concilie aisément avec ses croyances religieuses. «Avec le clonage, Dieu nous donne une seconde chance», dit-elle. Mme Wallace sait que ce clone ne sera pas Carrie. «Mais peut-être Dieu décidera-t-il de lui donner l'âme de ma fille».

Le fils de la défunte, Kyle, 9 ans, est très enthousiaste. «La nouvelle Carrie ne sera pas ta mère, elle ne saura pas qui tu es», lui a-t-on expliqué. «Je sais, a-t-il répondu, mais moi je saurai qui elle est.» Et qui prendra soin d'elle? «Moi, a affirmé le jeune garçon. Je l'élèverai, c'est normal, c'est ma mère...»

L'annonce faite, tard le 26 décembre, par une «évêque» de la secte des Raëliens, de la naissance non encore prouvée du premier clone humain aura pour effet, faut-il l'espérer, de redonner à l'humanité le réflexe de s'élever contre une technique qui a la puissance de remodeler ce que nous sommes.

Le clonage fait passer l'espèce humaine de la procréation à la duplication. Jusqu'ici, bien qu'elles ne soient pas sans poser d'autres problèmes, les techniques de reproduction assistée respectaient au moins le principe qu'un être humain était le résultat de la fusion de deux génomes distincts, celui d'un homme et celui d'une femme, assurant ainsi l'unicité de l'enfant et la diversité génétique de chaque élément de l'espèce humaine.

Chaque enfant est le fruit du hasard. L'impossibilité de prédire ou de hiérarchiser dès la naissance est l'assise de la liberté individuelle et de l'égalité entre les êtres humains.

Un enfant né du clonage serait enfermé dans une sorte de prison mentale effrayante. Comme le souligne le docteur René Frydman, tout enfant normal, même s'il est l'objet de la part de ses parents d'un certain nombre de projections, dispose tout de même d'un espace de liberté dans la mesure où il peut, du point de vue imaginaire, jouer entre l'un et l'autre. Ici, cet espace de liberté mentale n'existe plus. Il pourrait avoir l'impression en regardant son père (qui serait aussi son fils dans l'exemple de Carrie Potts) de voir son futur se dérouler devant lui.

Cette technique de reproduction fait voler en éclats tous les repères de la filiation, les paramètres biologiques, anthropologiques et culturels de l'engendrement, les notions aussi fondamentales que celles de la mère (un clone pourrait avoir cinq mères), du passage des générations, de la vie et de la mort.

Le clonage reproductif, parce qu'il affirme le primat du biologique sur le reste, ouvre la porte aux pires dérives eugénistes, au fascisme et à la discrimination. Le clonage, comme l'illustre la croyance raëlienne de l'immortalité, incarne une idéologie qui suppose une supériorité innée de certains êtres, leur hiérarchisation, et annonce la barbarie.

Seuls les microbes se multiplient ainsi en reproduisant une copie de la bactérie mère à chaque division.

Le clonage reproductif permet aussi d'envisager une société sans homme.

Tout cela pour une médecine qui n'est pas nécessaire. Aucun progrès utile dans la connaissance scientifique n'est attendu d'une technique dont on connaît déjà bien les tenants et les aboutissants grâce à l'expérimentation sur les animaux. Les couples stériles n'en ont pas besoin pour satisfaire à leur désir d'enfant puisqu'ils peuvent recourir déjà au don de sperme, d'ovocyte ou d'embryon et à l'adoption.

Les expériences sur des animaux indiquent que la technique est risquée: danger de mort foetale et d'anomalies graves si le rejeton survit. Même Dolly souffre d'arthrite prématurée et ses créateurs s'opposent au clonage reproductif des humains.

L'enfant qui naîtrait par clonage hériterait d'un patrimoine génétique dégénéré. Les cellules adultes utilisées pour dupliquer un être humain ont déjà subi en effet d'innombrables mutations qui prédisposent à la maladie.

L'exploit dont se targuent les Raëliens est peut-être un coup fumant de publicité. Peu importe. Des laboratoires sérieux sont déjà engagés, eux aussi, pour le prestige, la puissance ou l'argent, dans la course folle de la post-humanité. L'affaire ne peut pas être traitée comme la dernière «apparition» d'un ovni.

Nous ne sommes pas les esclaves de la science. Rien ne nous oblige à accepter, au nom de la liberté (celle des parents, des scientifiques ou des entrepreneurs), tout ce que l'on nous présente comme étant un progrès. Au contraire, défendre la liberté nous force à combattre les visions futuristes aliénantes, égoïstes et sectaires qui portent en elles la négation de nos valeurs essentielles.

Comment s'y prendre? J'y reviendrai la semaine prochaine.

Bonne année quand même!

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012