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Libre-Opinion: Griffintown n'a pas besoin d'un mégaprojet

Christophe Gobeil - Griffintown  23 janvier 2008 
Personne ne conteste que Griffintown ait besoin d'être redéveloppé, mais avons-nous vraiment besoin d'un mégaprojet pour le faire? Nous restaurons depuis quatre ans une maison patrimoniale du milieu du XIXe siècle à Griffintown, et voilà que Devimco veut nous forcer à la leur vendre pour pouvoir «redévelopper».

Les expropriations ont maintenant commencé avec 20 premières propriétés mises sous réserve la semaine dernière. C'est bien une première au Canada que de voir une municipalité exproprier des terrains au bénéfice d'un promoteur privé! Attendez-vous à voir la tendance se développer si le coup réussit!

Tout ce qu'un promoteur aura à faire, ce sera de promettre des impôts fonciers plus élevés à la ville, et les droits des propriétaires en place partiront en fumée. Dans le cas présent, Devimco exige aussi que la ville investisse de grosses sommes en infrastructures, avec un tramway et des connexions souterraines pour les services municipaux. Tout cela de la part d'une société qui ne possède pas un seul pouce carré à Griffintown actuellement et qui n'a pas payé un sou d'impôt foncier à la ville.

Certains parlent de Griffintown comme d'une zone déchue du centre-ville alors qu'il s'agit en fait d'un «triomphe» de zonage municipal. Il y a 44 ans, ce quartier était résidentiel et comptait des centaines d'habitations multifamiliales à haute densité. La ville a ensuite rezoné le quartier pour l'industrie légère, et il est devenu difficile d'obtenir une hypothèque; tout immeuble démoli n'a pu être remplacé que par un bâtiment destiné à l'industrie légère.

Aujourd'hui, il ne reste qu'une poignée de maisons en plus de plusieurs bâtiments de style industriel, hébergeant de nombreuses entreprises et employant de nombreux travailleurs.

Et maintenant, les propriétaires qui ont tenu bon, qui ont suivi les règlements et qui ont patiemment attendu le changement de zonage promis par le plan d'urbanisme de la Ville de Montréal vont être forcés de vendre leur propriété à Devimco à un prix établi avant le rezonage du quartier. La forte augmentation de valeur que prendront les terrains au moment du changement de zonage sera offerte en cadeau à Devimco, une manne financière instantanée.

Pourquoi ne pas tout simplement renverser la décision de zonage semi-industriel prise par la Ville de Montréal il y a 40 ans? C'est elle qui a tué Griffintown. Si redévelopper est à l'ordre du jour, il suffit que la ville zone de nouveau le quartier pour usage commercial et résidentiel. Nous sommes tous prêts à accueillir le redéveloppement de ce quartier historique. Mais ce devrait être un processus évolutif passant par une série de projets à l'échelle humaine, viables à long terme et qui ne grèveraient ni l'infrastructure municipale déjà croulante ni ses capacités financières affaiblies.
 
 
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