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Lettres: Benazir Bhutto, une politicienne née

Michelle Parent - Journaliste et auteure. Le 28 décembre 2007  29 décembre 2007 
Benazir Bhutto était une politicienne née, tout comme l'était avant elle son père, Zulfiqar Ali Bhutto, le tout premier premier ministre élu démocratiquement au Pakistan, et son grand-père Shaw Nawaz Khan, fondateur du premier parti politique du Sind avant la naissance du Pakistan, en 1947, et premier ministre de l'État de Junagadh avant la Partition.

Tôt, son père cerne les capacités de Benazir pour se lancer dans la politique. Tranquillement, il la prépare à ce rôle. Il l'envoie étudier dans les universités étrangères les plus réputées: Harvard aux États-Unis et Oxford à Londres. Il lui conseille aussi de lire des biographies d'hommes d'État célèbres, comme Napoléon, Lincoln et d'autres.

En 1979, après l'exécution de son père, condamné à mort par le général Zia, au lieu de se retirer de la vie publique et de mener une existence aisée avec sa famille, Mme Bhutto choisit de se battre avec acharnement. Il n'est pas question qu'elle quitte le pays. Sur l'insistance de sa mère, elle poursuivra l'oeuvre d'Ali Bhutto et se consacrera entièrement à la politique. Rien d'ailleurs ne l'arrêtera: ni la prison ni l'assignation à résidence.

Pendant son séjour à Harvard, Benazir Bhutto était très intéressée par la politique. Elle participait aux activités des étudiants de même qu'aux manifestations. Elle s'opposa, entre autres, à la guerre au Vietnam. Plus tard, quand elle étudia à Oxford, elle continua de s'impliquer dans les débats de l'Union des étudiants de cette université, dont elle devint la présidente.

Mme Bhutto fut élue deux fois: en 1988 à l'âge de 36 ans, puis en 1993 au poste de premier ministre. C'était la première fois qu'une femme occupait ce poste dans un État islamiste. Il s'agit d'une première dans l'histoire des musulmans. Elle était l'une des rares personnes à connaître aussi bien la culture musulmane que celle de l'Occident.

Ce n'est pas la première fois qu'on essaie d'assassiner Benazir Bhutto. Au cours des deux mandats de celle-ci, Yousaf Ramzi, l'un des terroristes du World Trade Center à New York, a tenté de l'assassiner deux fois. En 1989, Oussama ben Laden a essayé de renverser son gouvernement en appuyant ses opposants. «Sous le prétexte qu'une femme ne peut pas diriger un pays», m'a déclaré Mme Bhutto lors d'une entrevue accordée à Washington en 1999. «Je ne crains pas la mort», m'avait-elle alors lancé.

Dans un article publié dans Le Monde cet automne, avant de retourner au Pakistan, la politicienne avait déclaré: «Je retournerai au Pakistan consciente que des jours difficiles s'annoncent. Mais je fais confiance au peuple et place mon destin entre les mains de Dieu.»

Aujourd'hui, Mme Bhutto n'est plus. Les terroristes ont eu raison d'elle. Pourtant, elle avait livré au président Pervez Moucharraf les noms des trois terroristes qui voulaient l'assassiner. Elle lui avait aussi demandé de la protéger. Pourquoi donc cet assassinat est-il survenu?
 
 
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