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Lachine: Québec enquêtera

Kathleen Lévesque   21 décembre 2002 
Québec procédera à une vérification des dossiers de l'ancienne municipalité de Lachine, qui a versé 2,8 millions de dollars en indemnité de départ et en fonds de retraite à son ex-directeur général tout en cachant les termes de cette mesure à la population.

Se disant préoccupé par les révélations du Devoir, le ministre des Affaires municipales André Boisclair a immédiatement demandé une vérification. «Il est clair qu'un ministre qui voit ça dans les journaux en se levant le matin, son premier réflexe, c'est de demander rapport aux officiers du ministère des Affaires municipales, ce que j'ai fait. Il est clair que pour toutes transactions de ce genre, je vais m'assurer de la conformité avec les règles et les lois en vigueur. Je ferai rapport dès que j'aurai l'ensemble des réponses aux questions que j'ai posées. Je ne suis pas différent de l'ensemble des Québécois qui ont lu cette manchette. Je me pose bien des questions, et il m'importe de fournir toutes les réponses à la population québécoise», a déclaré le ministre Boisclair hier.

Au cabinet du maire de Montréal, Gérald Tremblay, on offre toute la collaboration nécessaire aux fonctionnaires qui se pencheront sur ce dossier. Lors de l'assemblée du conseil municipal d'hier, le maire Tremblay a même qualifié le caractère de la décision des élus de l'ancienne municipalité de Lachine d'«indécent et scandaleux».

Le 4 décembre 2001, le conseil municipal de Lachine, qui allait être fusionnée à Montréal un mois plus tard, a décidé d'accorder au directeur général, Robert Bourgeois, une indemnité de départ de 388 593,44 $. Cette somme équivalait à 24 mois de la rémunération globale (salaire, prime de rendement, voiture de fonction, allocation de dépenses, vacances).

Or le comité de transition de Montréal avait établi les paramètres d'un programme de départ assisté pour les cadres des anciennes municipalités et de la Communauté urbaine de Montréal. Les sommes versées ne devaient pas dépasser l'équivalent de 18 mois de salaire.

Aussi, M. Bourgeois a eu accès à un fonds de retraite de 2,4 millions qui a été bonifié grâce à un calcul plus avantageux que ce qui est habituellement prévu.

Le maire de Lachine à l'époque de ces résolutions unanimes du conseil, Jean-Marc Hétu, estime toujours que les sommes versées à Me Bourgeois sont justifiées compte tenu de l'ampleur du travail qu'il effectuait. Il ajoute même que lui et son équipe ont pris des «décisions sages».

«Nous avons comparé avec ce qui se donnait à Montréal [dans le cadre du programme de départ assisté] et nous avons considéré que c'était juste avec tout ce qu'il avait fait. [...] Le rôle qu'il a joué à Lachine, c'était plus que celui de directeur général, et, dans ce sens-là, nous l'avons reconnu, et pas juste lors de son départ mais durant toutes les années qu'il était directeur général», a affirmé hier au Devoir M. Hétu, qui a pris sa retraite de la politique municipale avec la fusion de Montréal.

Selon M. Hétu, l'ex-directeur général cumulait trois fonctions en une seule: directeur général, conseiller juridique et négociateur. Les vastes compétences de Me Bourgeois auraient permis à Lachine de faire des économies importantes, notamment en éliminant la sécurité d'emploi et les planchers d'emploi des fonctionnaires.

Jean-Marc Hétu défend également la décision de retirer les documents publics des archives municipales. «On s'est battu à Lachine pour ne pas dévoiler les renseignements nominatifs malgré la Loi sur l'accès à l'information, et on a gagné en cour. C'est dans cet esprit-là qu'on a fait ça», a-t-il expliqué.

Deux des collègues de M. Hétu à l'époque, aujourd'hui élus dans l'arrondissement Lachine au sein de l'équipe du maire Tremblay, Bernard Blanchet et Jane Cowell Poitras, ont précisé qu'au moins trois ou quatre autres résolutions ont ainsi été retirées des archives. Mais avec la publication du dossier de Robert Bourgeois, ils ont affirmé comprendre maintenant l'importance de la transparence dans la gestion des fonds publics. M. Blanchet et Mme Cowell Poitras comptent plus de 15 ans d'expérience chacun.

Chose certaine, les deux élus ont assuré que si la situation devait se représenter, ils n'agiraient pas de même façon. «Ce n'est pas parfaitement normal», a reconnu M. Blanchet, pour qui il existe toutefois «un contexte qui explique la situation».

Le chef de l'opposition à l'hôtel de ville, Pierre Bourque, a réclamé une enquête sur les derniers mois de Lachine avant la création du nouveau Montréal. M. Bourque considère que l'ancienne municipalité de l'ouest de l'île a payé cher le départ de son directeur général en plus d'avoir cherché à le cacher.

Quant à Robert Bourgeois, il a été impossible de le joindre à sa résidence de L'Île-Bizard. Il serait actuellement en voyage.






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