Du soleil naissant à la naissance du Christ
Raymond Gravel - Prêtre-député du Bloc québécois dans Repentigny
24 décembre 2007
Au moment de l'année où le soleil est à son plus bas, on décore nos maisons, on illumine nos rues comme pour accueillir quelqu'un ou quelque chose: pour certains, c'est la lumière du jour qui prend le dessus sur la nuit; pour d'autres, c'est la lumière qui jaillit au matin de Pâques et qui a transformé de son éclat non seulement ce qui vient après, l'Église que nous sommes, mais aussi ce qui vient avant, la vie de Jésus de Nazareth, de sa conception à sa mort.
La fête de Noël est tout à la fois: nouveau jour, nouveau soleil, nativité du Christ de Pâques. Ce n'est qu'au IVe siècle que la fête païenne est devenue chrétienne, et ce n'est qu'en français qu'elle a conservé sa double appellation: Noël et Nativité. Dans les autres langues, on l'a tout simplement christianisée: Christmas, Natale, Navidad.
La fête de Noël comporte aussi sa part de folklore, de légendes et de traditions millénaires; les textes évangéliques dont elle s'inspire sont là pour en témoigner. Malheureusement, ces derniers ont donné lieu à des interprétations littérales et fondamentalistes qui ont déformé le sens et la portée de la fête. Si, à Noël, on célèbre la naissance de Jésus de Nazareth sans référence à sa transformation pascale, on réduit la Parole de Dieu à la banalité des faits racontés plutôt qu'au sens théologique et christologique évoqués par les évangélistes. En s'attachant à la lettre des textes et en matérialisant l'événement théologique reconstitué par les auteurs, on risque de déshumaniser les personnages auxquels ils se réfèrent.
Dire, par exemple, que Matthieu et Luc affirment explicitement que Jésus fut conçu par l'Esprit Saint (Mt 1,18.20; Lc 1,35), sans l'intervention d'un père humain, c'est dire en même temps de Dieu, qu'en se substituant au père biologique dans la conception de l'enfant il joue un rôle de géniteur; ce qui ne correspond vraiment pas à l'agir de l'Esprit dans la Bible.
De plus, dire que le processus de la conception de Jésus est court-circuité par l'intervention de l'Esprit Saint, sur le plan biologique, c'est risquer de dire aussi que Dieu ne peut se reconnaître complètement dans l'acte le plus beau, le plus noble et le plus grand, dont il a doté l'humanité: celui de la procréation. Ça pourrait donner prise à une sorte de mépris de la sexualité humaine; ce qui ne convient pas au Dieu de Jésus Christ, mais plutôt à l'homme qui, au cours de son histoire, a projeté sur Dieu, son incapacité d'assumer son rôle et la dimension sexuelle de son être.
Pour Matthieu et Luc, la lumière de Pâques est tellement intense qu'elle leur permet d'affirmer que Dieu est venu à la rencontre de l'homme à travers la naissance de celui que Dieu a reconnu comme son Fils et qu'il a ressuscité par son Esprit. Les évangélistes ne savaient pas plus que nous où, quand et comment est né Jésus de Nazareth. Ils ont simplement voulu exprimer, à travers leurs récits, qu'on appelle récits d'enfance, ce que saint Paul avait écrit avant eux: «Selon la chair, il est né de la race de David; selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur» (Rm 1,3-4).
La vérité biblique de leurs récits ne repose pas sur l'historicité et la matérialité de l'événement raconté, mais sur la foi des communautés chrétiennes auxquelles ils s'adressent, qui affirment que Jésus n'est pas devenu progressivement un avec Dieu, mais qu'il l'était déjà dès sa conception.
Et si à Noël Dieu vient véritablement à la rencontre de l'homme, c'est pour que nous puissions aller à la rencontre de Dieu en donnant la vie au Christ de Pâques. Il nous faut donc porter le Christ au monde, agir comme lui, le faire naître aujourd'hui. Noël, c'est donc très exigeant: ça suppose un changement radical dans notre façon d'être et dans notre manière de vivre.
Nous devons adopter des comportements d'évangile: aimer en toute gratuité, pardonner inconditionnellement, restaurer la paix, rétablir la justice, redonner la dignité à ceux et celles qui l'ont perdue, partager avec les plus pauvres, se faire proches des petits, des exclus et des blessés de la vie, témoigner de notre espérance. Sinon, le Christ ne peut naître aujourd'hui. Comme l'écrit Gandhi, «En lisant toute l'histoire de la vie de Jésus sous ce jour-là, il me semble que le christianisme reste encore à réaliser. En effet, bien que nous chantions "Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre", il n'y a aujourd'hui ni gloire de Dieu ni paix sur la terre. Aussi longtemps que cela reste une faim encore inassouvie, et tant que nous n'aurons pas déraciné la violence de notre civilisation, le Christ n'est pas encore né».
Joyeux Noël quand même!
La fête de Noël est tout à la fois: nouveau jour, nouveau soleil, nativité du Christ de Pâques. Ce n'est qu'au IVe siècle que la fête païenne est devenue chrétienne, et ce n'est qu'en français qu'elle a conservé sa double appellation: Noël et Nativité. Dans les autres langues, on l'a tout simplement christianisée: Christmas, Natale, Navidad.
La fête de Noël comporte aussi sa part de folklore, de légendes et de traditions millénaires; les textes évangéliques dont elle s'inspire sont là pour en témoigner. Malheureusement, ces derniers ont donné lieu à des interprétations littérales et fondamentalistes qui ont déformé le sens et la portée de la fête. Si, à Noël, on célèbre la naissance de Jésus de Nazareth sans référence à sa transformation pascale, on réduit la Parole de Dieu à la banalité des faits racontés plutôt qu'au sens théologique et christologique évoqués par les évangélistes. En s'attachant à la lettre des textes et en matérialisant l'événement théologique reconstitué par les auteurs, on risque de déshumaniser les personnages auxquels ils se réfèrent.
Dire, par exemple, que Matthieu et Luc affirment explicitement que Jésus fut conçu par l'Esprit Saint (Mt 1,18.20; Lc 1,35), sans l'intervention d'un père humain, c'est dire en même temps de Dieu, qu'en se substituant au père biologique dans la conception de l'enfant il joue un rôle de géniteur; ce qui ne correspond vraiment pas à l'agir de l'Esprit dans la Bible.
De plus, dire que le processus de la conception de Jésus est court-circuité par l'intervention de l'Esprit Saint, sur le plan biologique, c'est risquer de dire aussi que Dieu ne peut se reconnaître complètement dans l'acte le plus beau, le plus noble et le plus grand, dont il a doté l'humanité: celui de la procréation. Ça pourrait donner prise à une sorte de mépris de la sexualité humaine; ce qui ne convient pas au Dieu de Jésus Christ, mais plutôt à l'homme qui, au cours de son histoire, a projeté sur Dieu, son incapacité d'assumer son rôle et la dimension sexuelle de son être.
Pour Matthieu et Luc, la lumière de Pâques est tellement intense qu'elle leur permet d'affirmer que Dieu est venu à la rencontre de l'homme à travers la naissance de celui que Dieu a reconnu comme son Fils et qu'il a ressuscité par son Esprit. Les évangélistes ne savaient pas plus que nous où, quand et comment est né Jésus de Nazareth. Ils ont simplement voulu exprimer, à travers leurs récits, qu'on appelle récits d'enfance, ce que saint Paul avait écrit avant eux: «Selon la chair, il est né de la race de David; selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur» (Rm 1,3-4).
La vérité biblique de leurs récits ne repose pas sur l'historicité et la matérialité de l'événement raconté, mais sur la foi des communautés chrétiennes auxquelles ils s'adressent, qui affirment que Jésus n'est pas devenu progressivement un avec Dieu, mais qu'il l'était déjà dès sa conception.
Et si à Noël Dieu vient véritablement à la rencontre de l'homme, c'est pour que nous puissions aller à la rencontre de Dieu en donnant la vie au Christ de Pâques. Il nous faut donc porter le Christ au monde, agir comme lui, le faire naître aujourd'hui. Noël, c'est donc très exigeant: ça suppose un changement radical dans notre façon d'être et dans notre manière de vivre.
Nous devons adopter des comportements d'évangile: aimer en toute gratuité, pardonner inconditionnellement, restaurer la paix, rétablir la justice, redonner la dignité à ceux et celles qui l'ont perdue, partager avec les plus pauvres, se faire proches des petits, des exclus et des blessés de la vie, témoigner de notre espérance. Sinon, le Christ ne peut naître aujourd'hui. Comme l'écrit Gandhi, «En lisant toute l'histoire de la vie de Jésus sous ce jour-là, il me semble que le christianisme reste encore à réaliser. En effet, bien que nous chantions "Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre", il n'y a aujourd'hui ni gloire de Dieu ni paix sur la terre. Aussi longtemps que cela reste une faim encore inassouvie, et tant que nous n'aurons pas déraciné la violence de notre civilisation, le Christ n'est pas encore né».
Joyeux Noël quand même!
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