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    400e anniversaire de Québec - La célébration de l'aliénation québécoise

    22 décembre 2007 |Biz - Membre du groupe Loco Locass
    Dans un pays normal, l'anniversaire de fondation d'une capitale serait une occasion de liesse et d'unité. Pas chez nous. Les déchirements entourant la préparation des fêtes du 400e de Québec révèlent plutôt la fantastique aliénation du peuple québécois. C'est que, parmi les dignitaires attendus dans la capitale, peu s'en est fallu qu'on ait Élisabeth II. Finalement, au grand regret de l'ineffable Alain Dubuc et du vassal interprovincial Benoît Pelletier, Stephen Harper a décidé que c'était une fausse bonne idée qui risquait de choquer les souverainistes.

    Tout ce débat nous ramène à une seule question: au 400e de Québec, qui fête quoi? Que les Canadians veuillent célébrer la victoire des plaines d'Abraham avec la chef de leur armée, ça peut se comprendre: l'histoire de leur pays commence en 1759 par un brillant triomphe militaire. Encore qu'ils pourraient avoir l'audace d'attendre en 2009 pour souligner les 250 ans de la Conquête, ça ferait un beau chiffre rond.

    Mais que des Québécois francophones comme Dubuc, Pelletier et autres loyalistes (dont les ancêtres ont peut-être été massacrés sur les Plaines ou à Saint-Eustache par l'armée britannique, qui sait... ) se désolent de l'absence de la reine, c'est proprement renversant.

    Voici leurs arguments: Québec a déjà été une ville britannique, Élisabeth II règne sur les Québécois et sa royale présence braquerait les projecteurs du monde sur Québec. Édifiant. Pourquoi ne pas inviter Guy Cloutier au quarantième anniversaire de Nathalie Simard? Après tout, il a été son gérant et ça ferait parler d'elle!

    Souvenirs de conquête

    Le 400e doit être plus qu'un gros party où on invite n'importe quel dignitaire pour impressionner la galerie. Pour donner du sens à la fête, il faut réfléchir aux raisons que nous avons de célébrer quatre siècles de présence francophone en Amérique. Et quoi qu'en disent les révisionnistes, la conquête militaire de la Nouvelle-France par l'Angleterre et la volonté avouée du pouvoir colonial d'assimiler les francophones ne pourront jamais être considérées comme des souvenirs agréables pour le peuple

    québécois.

    Dans notre inconscient collectif, la Conquête a la valeur d'un viol. Certains font comme si rien n'était arrivé et tentent de banaliser l'événement, mais d'autres n'oublieront jamais. Il ne s'agit pas de macérer dans le passé, mais, par essence, une commémoration commande une mémoire sélective. En d'autres termes, ce n'est pas parce que c'est arrivé qu'il faut le célébrer.

    Tous les pays trient les scories de leur histoire au tamis. C'est en vain qu'on chercherait un boulevard Trafalgar à Paris ou une place Pétain dans la ville de Vichy. Mais chez nous, une bonne part du peu de mémoire que nous avons est occupée à glorifier nos conquérants. Combien de nos rues (Murray, Dorchester, Amherst) sont dédiées à des gouverneurs britanniques? En véritable héros, le général Wolfe a son obélisque devant le Musée du Québec et sa statue sur la façade de notre parlement.

    Ce même parlement est aussi tenu symboliquement en joue par les canons du Manège militaire de l'armée canadienne sur la Grande-Allée. Cette aliénation typiquement québécoise me tue. Mais comment demander à un amnésique de tamiser ses souvenirs? Pour celui qui a oublié, tout se vaut. Wolfe et Montcalm: deux généraux morts à Québec. Une statue pour chacun au parlement. Pas de chicane dans ma cabane au Canada.

    Faire parler de nous

    Poursuivons la logique de la vérité historique un peu plus loin. Lors du 400e, on pourrait faire un petit salut (le bras bien tendu, cela va de soi) à Adrien Arcand, ce politicien fasciste financé par les conservateurs de Bennett. Après tout, [...] si ça fait partie de notre histoire, faut fêter ça!

    Et puis, si on veut vraiment faire parler de nous, sans aller jusqu'à lui envoyer un carton d'invitation, il faudrait secrètement souhaiter qu'Oussama s'invite à la boum. En détournant la traverse de Lévis ou en faisant sauter le palais du Bonhomme Carnaval avec une calèche piégée, al-Qaïda mettrait enfin Québec sur la carte des métropoles occidentales dignes d'être ciblées par les intégristes, aux côtés de Londres, Madrid et New York.

    On délire, mais ce prétexte farfelu permet quand même à la GRC de prendre le contrôle de la sécurité du 400e. Conditionnellement à sa part de financement, Ottawa aurait aussi imposé une belle signalisation bilingue sur tous les sites. Il faudrait ainsi suspendre la loi 101 pour fêter la première ville francophone d'Amérique. Happy birthday

    Kwabek!

    En somme, on peut faire un party, mais à condition de rester dans le sous-sol. Qu'est-ce qu'on fête? On le sait pas trop, mais y a de l'alcool en masse. Papa et maman payent le gâteau, ils seront dans la cuisine pour s'assurer que tout se passe bien et ils ont même pensé à inviter la vieille matante qui emmerde tout le monde. Bonne fête Québec!

    Malgré tout, en tant que natif de Québec et résidant du Québec, cet anniversaire pas banal me concerne et me réjouit. Et comme dans toute bonne fête, j'y trouverai ce que j'y apporterai. Sincèrement, bonnes fêtes Québec.












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