Une minute de silence, s'il vous plaît!
Lise Payette
14 décembre 2007
Je voudrais vous raconter une histoire. Il y a plusieurs années, j'ai fait partie d'un groupe de journalistes français qui se rendaient à Beyrouth, au Liban, pour un congrès consacré à la liberté de presse. À cette époque, ce pays vivait en paix, et je n'avais eu aucun mal à me laisser convaincre que le paradis terrestre avait dû se trouver pas très loin de ces lieux magnifiques qui faisaient rêver, au bord de la Méditerranée. Les journées étaient consacrées au travail, mais les soirées étaient remplies de rires et de rencontres avec des représentants du pays, chargés de nous donner envie de revenir au Liban. C'est au milieu d'un de ces groupes que j'ai entendu le proverbe arabe suivant: «Un homme doit battre sa femme une fois par jour. Si lui ne sait pas pourquoi, elle, elle le sait.»
Tout le monde a ri. Sauf moi. Je ne trouvais pas ça drôle. Je ne trouve pas ça drôle aujourd'hui non plus.
Ce proverbe m'est revenu en mémoire en apprenant la mort d'Aqsa Parvez, survenue à Mississauga lundi. Des amies de cette jeune fille de 16 ans ont confié aux journalistes que le père d'Aqsa, Muhammad Parvez, n'acceptait pas que sa fille ne porte pas le hidjab. Il a été arrêté par les policiers locaux avec le frère de la jeune fille, lui-même accusé d'entrave au travail de la police.
Les copines d'Aqsa ont raconté qu'elle voulait s'habiller comme les autres et qu'elle changeait de vêtements dès qu'elle sortait de la maison de son père. Elle refusait de se soumettre aux exigences religieuses qu'on lui imposait.
«Le port du voile est un libre choix», ont répété des dizaines de musulmanes devant la commission Bouchard-Taylor. «Personne ne nous oblige à le porter», ont-elle insisté. Ni les pères, ni les frères, ni le Coran. Aujourd'hui, devant la mort d'Aqsa Parvez, je me pose de sérieuses questions.
Et je soupçonne que la commission Bouchard-Taylor n'apportera aucune réponse à mes questions. Malgré les heures que j'ai passées à écouter les centaines de monologues présentés devant les commissaires, je reste convaincue que l'exercice aura tout au plus servi de soupape au trop-plein d'anxiété qui s'était accumulé dans notre société.
Des centaines d'hommes et de femmes ont défilé sans presque déranger le calme imperturbable des commissaires. Il m'est arrivé de penser qu'ils dormaient tous les deux.
Les participants sont arrivés à démontrer qu'on peut tout dire, qu'on peut même délirer à voix haute, sans que personne intervienne, sauf pour vous demander de conclure.
J'aurais donné cher pour savoir où les cerveaux des commissaires se trouvaient pendant que de braves gens essayaient d'attirer leur attention sur deux ou trois problèmes qui les touchaient particulièrement. Physiquement présents, ils ont dû faire des voyages extraordinaires dans leur tête sans que personne en sache rien.
Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas cru nécessaire de nommer une femme commissaire, une femme qui aurait peut-être mieux compris la méfiance des femmes envers les institutions des hommes qui les ont opprimées depuis si longtemps? Ont-ils cru qu'il était impossible de trouver une femme sage ou du calibre des autres commissaires, comme c'est souvent le cas au moment de choisir une femme pour occuper un poste important?
Pourquoi ai-je si souvent eu l'impression que les commissaires écoutaient avec plus d'attention les maires que les mères et qu'ils semblaient mieux disposés à l'égard des représentants de l'autorité, quelle qu'elle soit, plutôt qu'à l'égard de ces femmes qui osaient lever les yeux sur eux et dire le fond de leur pensée?
Les gains que les femmes ont faits au cours des 30 dernières années sont fragiles. Les femmes québécoises le savent bien. Il a suffi d'un gouvernement Harper à Ottawa pour que certains de ces gains soient remis en question. Il suffit de regarder aller l'ADQ pour savoir que les femmes du Québec doivent rester vigilantes. Devant les commissaires Bouchard et Taylor, tout le monde est venu clamer que l'égalité des hommes et des femmes est une valeur fondamentale de la société québécoise. Encore faut-il s'assurer que ce soit bien compris de tous!
Une minute de silence, ce ne sera pas de trop pour y penser et pour saluer la mémoire d'une autre femme tombée au champ d'honneur de l'égalité.
Tout le monde a ri. Sauf moi. Je ne trouvais pas ça drôle. Je ne trouve pas ça drôle aujourd'hui non plus.
Ce proverbe m'est revenu en mémoire en apprenant la mort d'Aqsa Parvez, survenue à Mississauga lundi. Des amies de cette jeune fille de 16 ans ont confié aux journalistes que le père d'Aqsa, Muhammad Parvez, n'acceptait pas que sa fille ne porte pas le hidjab. Il a été arrêté par les policiers locaux avec le frère de la jeune fille, lui-même accusé d'entrave au travail de la police.
Les copines d'Aqsa ont raconté qu'elle voulait s'habiller comme les autres et qu'elle changeait de vêtements dès qu'elle sortait de la maison de son père. Elle refusait de se soumettre aux exigences religieuses qu'on lui imposait.
«Le port du voile est un libre choix», ont répété des dizaines de musulmanes devant la commission Bouchard-Taylor. «Personne ne nous oblige à le porter», ont-elle insisté. Ni les pères, ni les frères, ni le Coran. Aujourd'hui, devant la mort d'Aqsa Parvez, je me pose de sérieuses questions.
Et je soupçonne que la commission Bouchard-Taylor n'apportera aucune réponse à mes questions. Malgré les heures que j'ai passées à écouter les centaines de monologues présentés devant les commissaires, je reste convaincue que l'exercice aura tout au plus servi de soupape au trop-plein d'anxiété qui s'était accumulé dans notre société.
Des centaines d'hommes et de femmes ont défilé sans presque déranger le calme imperturbable des commissaires. Il m'est arrivé de penser qu'ils dormaient tous les deux.
Les participants sont arrivés à démontrer qu'on peut tout dire, qu'on peut même délirer à voix haute, sans que personne intervienne, sauf pour vous demander de conclure.
J'aurais donné cher pour savoir où les cerveaux des commissaires se trouvaient pendant que de braves gens essayaient d'attirer leur attention sur deux ou trois problèmes qui les touchaient particulièrement. Physiquement présents, ils ont dû faire des voyages extraordinaires dans leur tête sans que personne en sache rien.
Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas cru nécessaire de nommer une femme commissaire, une femme qui aurait peut-être mieux compris la méfiance des femmes envers les institutions des hommes qui les ont opprimées depuis si longtemps? Ont-ils cru qu'il était impossible de trouver une femme sage ou du calibre des autres commissaires, comme c'est souvent le cas au moment de choisir une femme pour occuper un poste important?
Pourquoi ai-je si souvent eu l'impression que les commissaires écoutaient avec plus d'attention les maires que les mères et qu'ils semblaient mieux disposés à l'égard des représentants de l'autorité, quelle qu'elle soit, plutôt qu'à l'égard de ces femmes qui osaient lever les yeux sur eux et dire le fond de leur pensée?
Les gains que les femmes ont faits au cours des 30 dernières années sont fragiles. Les femmes québécoises le savent bien. Il a suffi d'un gouvernement Harper à Ottawa pour que certains de ces gains soient remis en question. Il suffit de regarder aller l'ADQ pour savoir que les femmes du Québec doivent rester vigilantes. Devant les commissaires Bouchard et Taylor, tout le monde est venu clamer que l'égalité des hommes et des femmes est une valeur fondamentale de la société québécoise. Encore faut-il s'assurer que ce soit bien compris de tous!
Une minute de silence, ce ne sera pas de trop pour y penser et pour saluer la mémoire d'une autre femme tombée au champ d'honneur de l'égalité.
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