Un gel qui a trop duré
Paule Des Rivières
18 décembre 2002
Le principal de l'université McGill, Bernard Shapiro, estime qu'il faudrait doubler les frais de scolarité si on veut s'assurer de la qualité de la formation universitaire dans les années à venir. À quelques jours de la fin de son mandat, M. Shapiro n'a plus de susceptibilités à ménager, et il livre le fond de sa pensée. Selon lui, le gel des droits de scolarité, en vigueur depuis huit ans, doit être levé. Sinon, la médiocrité nous guette. M. Shapiro soulève à n'en point douter un aspect crucial du financement universitaire. Les frais de scolarité, en moyenne de 1650 $ par année, sont les plus bas au pays. Les subventions gouvernementales ne suffisent pas à compenser la modestie des sommes recueillies à ce chapitre. D'ailleurs, M. Shapiro n'est pas isolé, loin de là: une majorité de recteurs souhaiterait un dégel des frais de scolarité. Avec raison. Cependant, contrairement au principal de McGill qui estime qu'il faudrait doubler les frais de scolarité, nous estimons qu'un geste aussi brusque risquerait de nuire à l'accessibilité, objectif social fondamental que personne ne souhaite mettre en péril. C'est pourquoi le temps presse. Il faudrait dès aujourd'hui amorcer un dégel contrôlé, par exemple en ajustant les droits de scolarité à la hausse annuelle du coût de la vie.
Malheureusement, le contexte politique ne se prête pas à une telle prise de conscience. L'ex-ministre de l'Éducation, François Legault, avait timidement ouvert la porte l'an dernier en disant souhaiter un débat sur cette question. Mais mal lui en avait pris. Les associations étudiantes avaient vivement réagi et M. Legault s'était par la suite fait plus discret sur cette question. Deux mois plus tard, en mars dernier, le premier ministre Bernard Landry s'engageait à ne pas augmenter les droits de scolarité lors d'un troisième mandat. Le chef du Parti libéral n'est guère plus audacieux: en novembre, il promettait que les droits ne subiraient aucune hausse au cours d'un premier mandat libéral. Pour sa part, Mario Dumont accepte le principe d'une indexation des droits de scolarité.
Les chefs de parti ne veulent surtout pas avoir des étudiants en colère à leurs trousses pendant la prochaine campagne électorale. Ce gel des droits de scolarité est devenu un symbole, pire, une vache sacrée devant laquelle les associations étudiantes ont perdu tout sens critique. Il ne reste plus qu'à souhaiter que le prochain gouvernement se réveille plutôt que d'endormir les jeunes en entretenant des mythes. Après tout, il y a moyen d'améliorer le système de prêts et bourses pour éviter aux étudiants d'être pénalisés. Combien de temps cette farce durera-t-elle encore? Démocratisation de l'enseignement ne veut pas dire gratuité mais plutôt qualité.
pdesrivieres@ledevoir.ca
Malheureusement, le contexte politique ne se prête pas à une telle prise de conscience. L'ex-ministre de l'Éducation, François Legault, avait timidement ouvert la porte l'an dernier en disant souhaiter un débat sur cette question. Mais mal lui en avait pris. Les associations étudiantes avaient vivement réagi et M. Legault s'était par la suite fait plus discret sur cette question. Deux mois plus tard, en mars dernier, le premier ministre Bernard Landry s'engageait à ne pas augmenter les droits de scolarité lors d'un troisième mandat. Le chef du Parti libéral n'est guère plus audacieux: en novembre, il promettait que les droits ne subiraient aucune hausse au cours d'un premier mandat libéral. Pour sa part, Mario Dumont accepte le principe d'une indexation des droits de scolarité.
Les chefs de parti ne veulent surtout pas avoir des étudiants en colère à leurs trousses pendant la prochaine campagne électorale. Ce gel des droits de scolarité est devenu un symbole, pire, une vache sacrée devant laquelle les associations étudiantes ont perdu tout sens critique. Il ne reste plus qu'à souhaiter que le prochain gouvernement se réveille plutôt que d'endormir les jeunes en entretenant des mythes. Après tout, il y a moyen d'améliorer le système de prêts et bourses pour éviter aux étudiants d'être pénalisés. Combien de temps cette farce durera-t-elle encore? Démocratisation de l'enseignement ne veut pas dire gratuité mais plutôt qualité.
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