Vivre ici
16 décembre 2002
Le Québec a perdu plus de résidents au profit des autres provinces canadiennes qu'il n'en a attiré en provenance du reste du Canada entre 1996 et 2001. Le solde migratoire interprovincial est négatif de 57 000 habitants durant cette période. Faut-il s'en inquiéter? Surtout, faut-il, pour cette raison, adopter les politiques économiques et fiscales de l'Ontario et de l'Alberta, les grandes gagnantes de la loterie des migrations interprovinciales, pour renverser cette tendance?
D'abord, ces chiffres ne révèlent pas un exode massif. La population du Québec est, si on la compare à celle des autres régions nord-américaines, d'une formidable stabilité. Ainsi, 57 000 départs nets représentent moins de 1 % de la population québécoise. Cela peut sembler idiot de le faire remarquer, mais cela implique que 99 % des Québécois ont préféré rester.
Contrairement à ce qui a été dit, les Québécois sont loin d'être ceux qui migrent le plus vers les autres provinces. Entre 1996 et 2001, le Québec a attiré quelque 62 400 personnes provenant d'une autre province et en avait perdu 119 700 dont les deux tiers au profit de l'Ontario.
En comparaison, durant la même période quelque 190 000 Ontariens ont déménagé dans une autre province, malgré le fait que la leur connaissait une période de grande prospérité. Quelque 122 800 personnes sont parties de l'Alberta, pourtant le nouvel Eldorado canadien. Et 175 000 ont quitté l'ancien paradis terrestre que constituait la Colombie-Britannique pour s'établir dans une autre province.
La relative stabilité démographique du Québec est souvent présentée comme un signe de la faiblesse de son économie, incapable, dit-on, d'attirer ici les personnes les plus productives, et un témoignage de la «lourdeur» de son modèle social.
Or les chiffres démentent ce qui précède.
D'abord, la population du Québec continue d'augmenter malgré un taux de natalité parmi les plus bas en Occident et malgré le fait que, francophone, le Québec n'est pas la destination préférée des immigrants venus vivre en anglais le rêve américain.
C'est vrai que la population du Québec croît moins vite que celle du reste de l'Amérique du Nord, mais elle a augmenté, depuis vingt ans, à un rythme quatre fois supérieur (1,1 % par année) à la moyenne des pays du G7 qui, depuis 1980, s'est établie à 0,3 % par an.
Des pays plus prospères que le Québec affichent des taux de croissance démographique inférieurs au nôtre. C'est le cas du Japon, du Royaume-Uni, de la France, de l'Italie et de l'Allemagne.
Ensuite, au cours des dix dernières années, l'économie québécoise a enregistré des progrès fulgurants. À telle enseigne que l'écart entre le revenu par habitant des Québécois et celui des Ontariens n'est plus que de 7 % alors qu'il était de 21 % en 1960. Le progrès à ce chapitre est constant. En outre, le taux de chômage est aujourd'hui plus élevé à Toronto qu'à Montréal. Nous sommes également plus productifs que dans le reste du Canada. La richesse produite par habitant (PIB per capita) a augmenté de 33 % au Québec entre 1991 et 2000 contre 18 % au Canada et 16 % en moyenne dans les pays de l'OCDE.
Il est vrai que l'on choisit le lieu on l'on vit en fonction de l'emploi qu'on y trouve. Mais beaucoup d'autres raisons influencent ce choix. La qualité de vie est une donnée de plus en plus importante dans les sociétés avancées où l'essentiel du temps, pour l'immense majorité de la population, n'est plus occupé à pourvoir aux besoins essentiels comme se nourrir ou se loger.
Si des Québécois ont quitté le Québec pour l'Ontario, il se peut que ce soit à cause du taux d'imposition qui y est inférieur. Mais pourquoi, alors, y a-t-il près de 37 000 Ontariens qui sont partis de la province voisine au cours des cinq dernières années pour s'établir chez nous?
Chaque société doit, bien entendu, être attentive aux phénomènes migratoires et se comparer à ses voisins. Mais la comparaison ne peut pas être le seul critère qui détermine les politiques. En fait, le premier critère devrait demeurer la préférence des citoyens qui vivent là. Cette préférence est déterminée par la démocratie.
Le taux d'imposition est, pour certaines catégories, plus élevé au Québec qu'en Ontario. Mais la disponibilité de capital de risque dans certains secteurs industriels ciblés est plus intéressante au Québec; les tarifs d'électricité sont imbattables; les droits de scolarité universitaire sont les plus bas du continent; les services de garde coûtent 5 $ par jour au lieu de 25 ou 30 ailleurs au Canada; l'écart entre les plus riches et les plus pauvres est moins élevé ici qu'ailleurs en Amérique; notre participation au réchauffement de la planète est de moitié inférieure à la moyenne canadienne.
Et puis nous parlons français, Montréal est un carrefour culturel unique en Amérique, symbole de tolérance et de dialogue, à l'avant-garde des mouvements pour le respect de la diversité culturelle et des droits des minorités.
C'est cet ensemble de faits qui font un «modèle». Il y a bien des gens qui vivent ici et qui décident d'y rester à cause de ce modèle-là justement. Le défi n'est jamais d'importer ici le modèle des autres, mais d'améliorer le nôtre pour qu'il continue de rendre heureux le plus grand nombre d'entre nous.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
D'abord, ces chiffres ne révèlent pas un exode massif. La population du Québec est, si on la compare à celle des autres régions nord-américaines, d'une formidable stabilité. Ainsi, 57 000 départs nets représentent moins de 1 % de la population québécoise. Cela peut sembler idiot de le faire remarquer, mais cela implique que 99 % des Québécois ont préféré rester.
Contrairement à ce qui a été dit, les Québécois sont loin d'être ceux qui migrent le plus vers les autres provinces. Entre 1996 et 2001, le Québec a attiré quelque 62 400 personnes provenant d'une autre province et en avait perdu 119 700 dont les deux tiers au profit de l'Ontario.
En comparaison, durant la même période quelque 190 000 Ontariens ont déménagé dans une autre province, malgré le fait que la leur connaissait une période de grande prospérité. Quelque 122 800 personnes sont parties de l'Alberta, pourtant le nouvel Eldorado canadien. Et 175 000 ont quitté l'ancien paradis terrestre que constituait la Colombie-Britannique pour s'établir dans une autre province.
La relative stabilité démographique du Québec est souvent présentée comme un signe de la faiblesse de son économie, incapable, dit-on, d'attirer ici les personnes les plus productives, et un témoignage de la «lourdeur» de son modèle social.
Or les chiffres démentent ce qui précède.
D'abord, la population du Québec continue d'augmenter malgré un taux de natalité parmi les plus bas en Occident et malgré le fait que, francophone, le Québec n'est pas la destination préférée des immigrants venus vivre en anglais le rêve américain.
C'est vrai que la population du Québec croît moins vite que celle du reste de l'Amérique du Nord, mais elle a augmenté, depuis vingt ans, à un rythme quatre fois supérieur (1,1 % par année) à la moyenne des pays du G7 qui, depuis 1980, s'est établie à 0,3 % par an.
Des pays plus prospères que le Québec affichent des taux de croissance démographique inférieurs au nôtre. C'est le cas du Japon, du Royaume-Uni, de la France, de l'Italie et de l'Allemagne.
Ensuite, au cours des dix dernières années, l'économie québécoise a enregistré des progrès fulgurants. À telle enseigne que l'écart entre le revenu par habitant des Québécois et celui des Ontariens n'est plus que de 7 % alors qu'il était de 21 % en 1960. Le progrès à ce chapitre est constant. En outre, le taux de chômage est aujourd'hui plus élevé à Toronto qu'à Montréal. Nous sommes également plus productifs que dans le reste du Canada. La richesse produite par habitant (PIB per capita) a augmenté de 33 % au Québec entre 1991 et 2000 contre 18 % au Canada et 16 % en moyenne dans les pays de l'OCDE.
Il est vrai que l'on choisit le lieu on l'on vit en fonction de l'emploi qu'on y trouve. Mais beaucoup d'autres raisons influencent ce choix. La qualité de vie est une donnée de plus en plus importante dans les sociétés avancées où l'essentiel du temps, pour l'immense majorité de la population, n'est plus occupé à pourvoir aux besoins essentiels comme se nourrir ou se loger.
Si des Québécois ont quitté le Québec pour l'Ontario, il se peut que ce soit à cause du taux d'imposition qui y est inférieur. Mais pourquoi, alors, y a-t-il près de 37 000 Ontariens qui sont partis de la province voisine au cours des cinq dernières années pour s'établir chez nous?
Chaque société doit, bien entendu, être attentive aux phénomènes migratoires et se comparer à ses voisins. Mais la comparaison ne peut pas être le seul critère qui détermine les politiques. En fait, le premier critère devrait demeurer la préférence des citoyens qui vivent là. Cette préférence est déterminée par la démocratie.
Le taux d'imposition est, pour certaines catégories, plus élevé au Québec qu'en Ontario. Mais la disponibilité de capital de risque dans certains secteurs industriels ciblés est plus intéressante au Québec; les tarifs d'électricité sont imbattables; les droits de scolarité universitaire sont les plus bas du continent; les services de garde coûtent 5 $ par jour au lieu de 25 ou 30 ailleurs au Canada; l'écart entre les plus riches et les plus pauvres est moins élevé ici qu'ailleurs en Amérique; notre participation au réchauffement de la planète est de moitié inférieure à la moyenne canadienne.
Et puis nous parlons français, Montréal est un carrefour culturel unique en Amérique, symbole de tolérance et de dialogue, à l'avant-garde des mouvements pour le respect de la diversité culturelle et des droits des minorités.
C'est cet ensemble de faits qui font un «modèle». Il y a bien des gens qui vivent ici et qui décident d'y rester à cause de ce modèle-là justement. Le défi n'est jamais d'importer ici le modèle des autres, mais d'améliorer le nôtre pour qu'il continue de rendre heureux le plus grand nombre d'entre nous.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
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