Libre opinion: La continuité des politiques de précarisation
Lucie Bastien - Porte-parole de l'Organisation populaire des droits sociaux de la région de Montréal (OPDS-RM)
16 décembre 2002
Quand il est question de la mondialisation des marchés et des accords internationaux de commerce tels que la ZLEA, les mouvements sociaux scandent «Les humains avant le marché!». Nous défendons la même position devant la loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, car elle s'inscrit dans cette même logique d'accroissement de la compétitivité du coût de la main-d'oeuvre québécoise dans le cadre de la mondialisation. Comment croire à la pertinence d'une loi qui vise à amplifier la logique du workfare (travail obligatoire) et de la précarisation du marché du travail ?
L'énoncé de politique qui accompagne le projet de loi 112, intitulé «La volonté d'agir, la force de réussir», indique clairement que l'amélioration du revenu des personnes considérées sans contraintes à l'emploi sera conditionnelle à leur participation au marché du travail (précaire) ou à des mesures d'adaptation. Le projet de loi 112 parle de «prestation minimale» lors de l'application des «sanctions administratives» sans aucune autre garantie que celle de continuer à amputer le chèque de ceux et celles qui refusent les instructions de l'État. Avec cette définition minimaliste d'un revenu, il nous apparaît aberrant de croire aux promesses électorales d'un «barême plancher» qui viendrait providentiellement mettre fin à cette logique coercitive.
Sous couvert de «réciprocité», l'énoncé de politique laisse même entendre que l'amélioration du revenu d'autres catégories pourrait aussi être conditionnelle à leur participation à des mesures de travail ou d'adaptation (personnes avec contraintes permanentes ou temporaires, personnes immigrantes récentes ou membres de minorités visibles).
Sans compter que l'énoncé inscrit aussi l'accès au logement social dans cette logique de contrôle, ce qui apparaît déjà présent dans des projets pilotes tels que Mères avec pouvoir menés par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale.
D'après l'énoncé de politique, le gouvernement veut instaurer des suppléments de revenus pour les petits salariés afin qu'ils atteignent un seuil de pauvreté nommé «revenu de solidarité». Ce seuil reste à fixer mais le gouvernement l'évalue autour de 10 000-12 000 $ par année pour une personne seule, bien en dessous du seuil de faible revenu (SFR) établi par Statistique Canada
(18 849 $ à Montréal). Il ne s'agit donc que d'une réduction technique de la pauvreté, prônée par le patronat et ses alliés et qui pourra être légitimée cette fois par un «consensus» bien concocté avec les «partenaires» choisis pour siéger dans les instances consultatives.
Cette politique aura des effets systémiques sur le marché du travail. Les entreprises disposeront plus facilement d'une main-d'oeuvre peu coûteuse, ce qui augmentera la compétition. Il leur sera plus facile de diminuer salaires et conditions de travail.
Une équipe de chercheurs de plusieurs pays européens affirme que les formes de cumuls entre revenus de travail et suppléments «participent à l'extension de cette même précarité faite d'emplois insuffisamment rémunérés». Par exemple, au Royaume-Uni où a été implanté le programme de supplément de revenu appelé Working Family Tax Credit, selon les enquêtes les plus récentes, les employeurs déclarent trouver plus facilement des salariés pour des fonctions peu rémunérées tandis que les salarié(e)s estiment qu'une augmentation de salaire inutile puisque celle-ci leur ferait perdre le complément de revenu (Bouquin et Lévy, 2001).
L'alléchante rhétorique de la loi 112 sert à légitimer la politique de précarisation de l'emploi sous couvert de lutte contre la pauvreté en réponse à la démarche du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté appuyée par des centaines d'organismes au Québec. Nous ne croyons ni au discours ni à cette loi anti-pauvreté. Notre exigence d'un droit inconditionnel à l'aide sociale à un niveau au-dessus du seuil de pauvreté (SFR), donc sans obligation face au travail, est non négociable, même dans le contexte de la montée de la droite. Nous refusons les visions étroitement électorales. Il nous reste à nous organiser collectivement pour résister et non pour nous adapter, à nous unir entre précaires et «menacés» de précarité pour construire ensemble un contre-pouvoir à la base et non au sommet. Le pouvoir du marché sur nos vies n'est pas immuable et ne l'a jamais été.
L'énoncé de politique qui accompagne le projet de loi 112, intitulé «La volonté d'agir, la force de réussir», indique clairement que l'amélioration du revenu des personnes considérées sans contraintes à l'emploi sera conditionnelle à leur participation au marché du travail (précaire) ou à des mesures d'adaptation. Le projet de loi 112 parle de «prestation minimale» lors de l'application des «sanctions administratives» sans aucune autre garantie que celle de continuer à amputer le chèque de ceux et celles qui refusent les instructions de l'État. Avec cette définition minimaliste d'un revenu, il nous apparaît aberrant de croire aux promesses électorales d'un «barême plancher» qui viendrait providentiellement mettre fin à cette logique coercitive.
Sous couvert de «réciprocité», l'énoncé de politique laisse même entendre que l'amélioration du revenu d'autres catégories pourrait aussi être conditionnelle à leur participation à des mesures de travail ou d'adaptation (personnes avec contraintes permanentes ou temporaires, personnes immigrantes récentes ou membres de minorités visibles).
Sans compter que l'énoncé inscrit aussi l'accès au logement social dans cette logique de contrôle, ce qui apparaît déjà présent dans des projets pilotes tels que Mères avec pouvoir menés par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale.
D'après l'énoncé de politique, le gouvernement veut instaurer des suppléments de revenus pour les petits salariés afin qu'ils atteignent un seuil de pauvreté nommé «revenu de solidarité». Ce seuil reste à fixer mais le gouvernement l'évalue autour de 10 000-12 000 $ par année pour une personne seule, bien en dessous du seuil de faible revenu (SFR) établi par Statistique Canada
(18 849 $ à Montréal). Il ne s'agit donc que d'une réduction technique de la pauvreté, prônée par le patronat et ses alliés et qui pourra être légitimée cette fois par un «consensus» bien concocté avec les «partenaires» choisis pour siéger dans les instances consultatives.
Cette politique aura des effets systémiques sur le marché du travail. Les entreprises disposeront plus facilement d'une main-d'oeuvre peu coûteuse, ce qui augmentera la compétition. Il leur sera plus facile de diminuer salaires et conditions de travail.
Une équipe de chercheurs de plusieurs pays européens affirme que les formes de cumuls entre revenus de travail et suppléments «participent à l'extension de cette même précarité faite d'emplois insuffisamment rémunérés». Par exemple, au Royaume-Uni où a été implanté le programme de supplément de revenu appelé Working Family Tax Credit, selon les enquêtes les plus récentes, les employeurs déclarent trouver plus facilement des salariés pour des fonctions peu rémunérées tandis que les salarié(e)s estiment qu'une augmentation de salaire inutile puisque celle-ci leur ferait perdre le complément de revenu (Bouquin et Lévy, 2001).
L'alléchante rhétorique de la loi 112 sert à légitimer la politique de précarisation de l'emploi sous couvert de lutte contre la pauvreté en réponse à la démarche du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté appuyée par des centaines d'organismes au Québec. Nous ne croyons ni au discours ni à cette loi anti-pauvreté. Notre exigence d'un droit inconditionnel à l'aide sociale à un niveau au-dessus du seuil de pauvreté (SFR), donc sans obligation face au travail, est non négociable, même dans le contexte de la montée de la droite. Nous refusons les visions étroitement électorales. Il nous reste à nous organiser collectivement pour résister et non pour nous adapter, à nous unir entre précaires et «menacés» de précarité pour construire ensemble un contre-pouvoir à la base et non au sommet. Le pouvoir du marché sur nos vies n'est pas immuable et ne l'a jamais été.
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