Négociations avec les Innus - Une étude historique complètement farfelue
José Mailhot - Ethnolinguiste
13 décembre 2002
On fait beaucoup trop de bruit autour de l'étude historique sur les Innus qu'a produite Martin-Nelson Dawson pour le compte d'Hydro-Québec. Le fait que le journaliste Michel Morin de Radio-Canada la considère comme une étude sérieuse, méritant une large diffusion, n'est en rien un gage de sa qualité.
Cette étude ne tient pas la route. Son auteur, un historien de tradition classique, est de toute évidence trop mal outillé pour éviter les nombreux pièges que pose l'interprétation des documents d'archives portant sur les populations amérindiennes. Il s'y empêtre allégrement, avec d'ailleurs une assurance qui frise la témérité.
Il s'emploie à démontrer que les habitants originels du territoire de la Traite de Tadoussac (entre le Saguenay et la rivière Moisie) sont disparus dès la seconde moitié du XVIIe siècle. Selon Dawson, ils auraient été exterminés par les épidémies résultant du contact avec les Européens et par les raids iroquois ou ils auraient migré ailleurs, laissant vacant leur territoire d'origine. Ils y auraient été remplacés par une mosaïque d'immigrants n'ayant aucune filiation avec les habitants originels du territoire. Cela ne tient pas debout. Parmi les innombrables erreurs qui jalonnent la démonstration, j'en relèverai trois.
- La preuve de la disparition des groupes qui occupaient originellement le bassin du Saguenay, le Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord est ici basée surtout sur la disparition dans les documents d'archives des noms qui les désignaient dans les écrits des Jésuites datant de la première moitié du XVIIe siècle.
Il s'agit là d'une erreur primaire. La disparition d'un nom de groupe dans les documents ne signifie pas automatiquement que le groupe qu'il désignait est disparu: il faut d'abord vérifier si le groupe en question n'aurait pas tout simplement changé de nom dans les documents.
Il faut savoir que la terminologie des groupes autochtones à travers les siècles représente l'état des connaissances qu'avaient à une époque donnée les nouveaux arrivants sur le territoire (missionnaires, explorateurs, commerçants, etc.). À mesure que leur connaissance et leur expérience des divers groupes se raffinent et se précisent, leur terminologie évolue.
Des études linguistiques fouillées ont démontré que plusieurs des appellations des groupes autochtones qu'on trouve dans les documents historiques ont subi une évolution complexe avec le temps. Un analyste éclairé aurait compris par exemple que les «Oumamiouas» du XVIIe siècle sont les mêmes gens que ceux que les Jésuites appelleront les «sauvages des Sept-Îles» à partir du moment où un missionnaire aura séjourné parmi eux pendant plusieurs mois. Mais l'historien classique, peu rompu à l'étude des terminologies, lit les documents au pied de la lettre: s'il n'est plus question des «Oumamiouas» dans le documents, c'est que les «Oumamiouas» sont disparus comme groupe distinct.
- L'auteur prétend que dans l'ensemble du territoire qui va du Saguenay à la rivière Moisie, une foule d'immigrants venus d'ailleurs a remplacé les habitants originels et qu'un «mélange ethnique généralisé» en a résulté.
Dawson confond ici deux phénomènes: immigration et exogamie. Le premier réfère à l'arrivée sur le territoire d'étrangers ayant une langue et une culture différentes alors que le second réfère au fait de marier ses voisins. Dans son analyse des registres de Tadoussac, l'auteur a de toute évidence mis tout le monde dans le même sac.
Il est reconnu qu'après 1650, une vague d'immigration s'est produite, non pas dans l'ensemble du territoire de la Traite de Tadoussac mais précisément dans le bassin du Saguenay et au Lac-Saint-Jean. Et il ne s'agissait pas d'une foule d'immigrants venus de partout mais de Micmacs, de Malécites et d'Abénaquis. Et ils n'ont pas remplacé les habitants originels, ils se sont incorporés, intégrés par mariage à la population originelle qui, il est vrai, avait subi des pertes démographiques importantes.
Si cette immigration avait abouti à un «mélange ethnique généralisé», comme le prétend l'historien, comment expliquer que tout le territoire, depuis le Saguenay jusqu'à la rivière Moisie, ait continué à être occupé jusqu'à aujourd'hui par des gens de langue et de culture innues?
- Même sur la Côte-Nord, où ce phénomène d'immigration ne s'est pas produit et où aucune baisse démographique n'a été rapportée, l'historien Dawson parle de «perte de la pureté tribale» et de «mélange ethnique généralisé».
Il fait sans doute référence ici au fait que les groupes innus n'étaient pas homogènes; ceux-ci comprenaient des individus provenant des groupes voisins ou même plus lointains. Ce qu'il interprète comme une anomalie résultant du contact avec les Européens n'est que le résultat prévisible de la pratique de l'exogamie. Le fait de se marier en dehors de son propre groupe est une obligation quand vous vivez dans un groupe de 100 à 200 individus. Si vous ne le faites pas, vous risquez de marier votre parente. Il ne s'agit pas là d'une invention des anthropologues mais d'un fait social qu'on peut documenter grâce à l'analyse des documents des XVIIe et XVIIIe siècles.
Mais pour faire de ces documents une lecture exacte, encore faut-il avoir réussi à identifier correctement les groupes en présence. Comment l'historien Dawson aurait-il pu déceler des indices de mariages entre, par exemple, «Oumamiouas» et «Ouchestigoueks» alors qu'il n'a pas même compris qu'il s'agissait de deux groupes distincts et voisins?
Cette étude historique est décidément trop emberlificotée pour être prise au sérieux. Qu'elle ait fait l'objet d'une telle couverture médiatique ne s'explique que par la manie du scoop dont sont affectés certains journalistes de notre télévision nationale.
Cette étude ne tient pas la route. Son auteur, un historien de tradition classique, est de toute évidence trop mal outillé pour éviter les nombreux pièges que pose l'interprétation des documents d'archives portant sur les populations amérindiennes. Il s'y empêtre allégrement, avec d'ailleurs une assurance qui frise la témérité.
Il s'emploie à démontrer que les habitants originels du territoire de la Traite de Tadoussac (entre le Saguenay et la rivière Moisie) sont disparus dès la seconde moitié du XVIIe siècle. Selon Dawson, ils auraient été exterminés par les épidémies résultant du contact avec les Européens et par les raids iroquois ou ils auraient migré ailleurs, laissant vacant leur territoire d'origine. Ils y auraient été remplacés par une mosaïque d'immigrants n'ayant aucune filiation avec les habitants originels du territoire. Cela ne tient pas debout. Parmi les innombrables erreurs qui jalonnent la démonstration, j'en relèverai trois.
- La preuve de la disparition des groupes qui occupaient originellement le bassin du Saguenay, le Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord est ici basée surtout sur la disparition dans les documents d'archives des noms qui les désignaient dans les écrits des Jésuites datant de la première moitié du XVIIe siècle.
Il s'agit là d'une erreur primaire. La disparition d'un nom de groupe dans les documents ne signifie pas automatiquement que le groupe qu'il désignait est disparu: il faut d'abord vérifier si le groupe en question n'aurait pas tout simplement changé de nom dans les documents.
Il faut savoir que la terminologie des groupes autochtones à travers les siècles représente l'état des connaissances qu'avaient à une époque donnée les nouveaux arrivants sur le territoire (missionnaires, explorateurs, commerçants, etc.). À mesure que leur connaissance et leur expérience des divers groupes se raffinent et se précisent, leur terminologie évolue.
Des études linguistiques fouillées ont démontré que plusieurs des appellations des groupes autochtones qu'on trouve dans les documents historiques ont subi une évolution complexe avec le temps. Un analyste éclairé aurait compris par exemple que les «Oumamiouas» du XVIIe siècle sont les mêmes gens que ceux que les Jésuites appelleront les «sauvages des Sept-Îles» à partir du moment où un missionnaire aura séjourné parmi eux pendant plusieurs mois. Mais l'historien classique, peu rompu à l'étude des terminologies, lit les documents au pied de la lettre: s'il n'est plus question des «Oumamiouas» dans le documents, c'est que les «Oumamiouas» sont disparus comme groupe distinct.
- L'auteur prétend que dans l'ensemble du territoire qui va du Saguenay à la rivière Moisie, une foule d'immigrants venus d'ailleurs a remplacé les habitants originels et qu'un «mélange ethnique généralisé» en a résulté.
Dawson confond ici deux phénomènes: immigration et exogamie. Le premier réfère à l'arrivée sur le territoire d'étrangers ayant une langue et une culture différentes alors que le second réfère au fait de marier ses voisins. Dans son analyse des registres de Tadoussac, l'auteur a de toute évidence mis tout le monde dans le même sac.
Il est reconnu qu'après 1650, une vague d'immigration s'est produite, non pas dans l'ensemble du territoire de la Traite de Tadoussac mais précisément dans le bassin du Saguenay et au Lac-Saint-Jean. Et il ne s'agissait pas d'une foule d'immigrants venus de partout mais de Micmacs, de Malécites et d'Abénaquis. Et ils n'ont pas remplacé les habitants originels, ils se sont incorporés, intégrés par mariage à la population originelle qui, il est vrai, avait subi des pertes démographiques importantes.
Si cette immigration avait abouti à un «mélange ethnique généralisé», comme le prétend l'historien, comment expliquer que tout le territoire, depuis le Saguenay jusqu'à la rivière Moisie, ait continué à être occupé jusqu'à aujourd'hui par des gens de langue et de culture innues?
- Même sur la Côte-Nord, où ce phénomène d'immigration ne s'est pas produit et où aucune baisse démographique n'a été rapportée, l'historien Dawson parle de «perte de la pureté tribale» et de «mélange ethnique généralisé».
Il fait sans doute référence ici au fait que les groupes innus n'étaient pas homogènes; ceux-ci comprenaient des individus provenant des groupes voisins ou même plus lointains. Ce qu'il interprète comme une anomalie résultant du contact avec les Européens n'est que le résultat prévisible de la pratique de l'exogamie. Le fait de se marier en dehors de son propre groupe est une obligation quand vous vivez dans un groupe de 100 à 200 individus. Si vous ne le faites pas, vous risquez de marier votre parente. Il ne s'agit pas là d'une invention des anthropologues mais d'un fait social qu'on peut documenter grâce à l'analyse des documents des XVIIe et XVIIIe siècles.
Mais pour faire de ces documents une lecture exacte, encore faut-il avoir réussi à identifier correctement les groupes en présence. Comment l'historien Dawson aurait-il pu déceler des indices de mariages entre, par exemple, «Oumamiouas» et «Ouchestigoueks» alors qu'il n'a pas même compris qu'il s'agissait de deux groupes distincts et voisins?
Cette étude historique est décidément trop emberlificotée pour être prise au sérieux. Qu'elle ait fait l'objet d'une telle couverture médiatique ne s'explique que par la manie du scoop dont sont affectés certains journalistes de notre télévision nationale.
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