Kyoto et l'immigration
Dans le débat actuel qui entoure les plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il y a un aspect dont on ne parle pas et qui, à mon avis, est fondamental dans l'explication des difficultés du Canada à atteindre ses objectifs. Il s'agit de la croissance de la population. Les pays signataires du protocole de Kyoto se sont engagés à réduire leurs émissions entre 1990 et 2012 d'un pourcentage de l'ordre de 6 % en moyenne, malgré l'existence de disparités considérables dans la croissance de la population.
Selon les projections, la population du Canada sera de 24 % plus élevée en 2012 qu'elle l'était en 1990. Cette croissance sera de l'ordre de seulement 8 % en France et en Grande Bretagne et d'un maigre 4 % en Allemagne et en Italie. Elle sera même négative en Europe de l'Est. En Russie, on prévoit une baisse de la population de 7 %. Ces divergences s'expliquent principalement par les mouvements migratoires. Depuis 1990, le Canada a admis proportionnellement beaucoup plus d'immigrants que les pays d'Europe.
Les pays à forte croissance démographique sont désavantagés dans l'atteinte des cibles de Kyoto. Chaque individu qui se joint à la population est un nouveau consommateur qui doit se nourrir, se loger et se déplacer. Il peut aussi être un travailleur qui a besoin d'un emploi. Tout cela génère une activité économique additionnelle qui émet des gaz à effet de serre. Il faut construire plus de maisons, plus d'automobiles, plus de commerces et plus d'usines de toute sorte. Si le niveau de vie et les habitudes demeurent les mêmes, les émissions de gaz à effet de serre ont naturellement tendance à s'accroître au même rythme que la population. Cette croissance est beaucoup plus forte au Canada que dans les pays où la population a peu changé.
Les efforts des uns et des autres
Les cibles de Kyoto ignorent ce phénomène. Sur une base par personne, les habitants de l'Europe peuvent atteindre leurs objectifs en réduisant relativement peu leurs émissions, entre 0 et 15 % selon le pays. Au Canada, il faut le faire à un niveau de 30 % par habitant. À cause de l'accroissement de la population, le Canadien moyen doit faire beaucoup plus d'efforts que l'Européen moyen pour atteindre les cibles de Kyoto.
On a abondamment critiqué le plan vert conservateur, en particulier ses cibles basées sur l'intensité. Je pense qu'on devrait accorder certains mérites à cette approche qui tient compte de la croissance économique nécessaire pour maintenir le niveau de vie d'une population grandissante. C'est être un peu masochiste que d'insister sur des cibles absolues qui sont les mêmes que celles des pays d'Europe. Cela revient à nous pénaliser pour avoir accueilli trop d'immigrants. Une politique de réduction des gaz à effet de serre par habitant me semblerait plus juste. Sur cette base, un effort du Canada équivalent à celui des pays d'Europe de l'Ouest permettrait que les émissions soient d'environ 10 % plus élevées en 2012 qu'en 1990. Cela correspond à l'ordre de grandeur du plan du gouvernement conservateur.
Évidemment, on objectera que le Canada a pris un engagement formel et qu'il est déshonorant de renier sa signature. C'est vrai. Mais on peut aussi penser que le Canada a signé un mauvais contrat en s'imposant des contraintes plus sévères que celles des autres. Par insouciance ou par oubli, voire à cause du faible rapport de force du Canada, on n'a pas tenu compte de l'immigration et de l'accroissement de la population quand on a signé le protocole de Kyoto.
Il y a une forte relation à l'échelle mondiale entre la croissance démographique et les émissions de gaz à effet de serre. Les pays les plus délinquants en matière d'environnement (les États-Unis, le Canada et l'Australie) sont tous des pays à forte immigration dont la population s'est accrue rapidement. Les pays européens qu'on juge exemplaires se caractérisent par une faible croissance démographique. Ils ont atteint leurs objectifs parce qu'ils en avaient beaucoup moins à faire que nous. Ils ont moins de mérite qu'on le pense. Certains ont tendance à nous faire la morale parce que nous n'atteindrons pas nos cibles de Kyoto. On pourrait leur répondre qu'ils sont moins ouverts que nous à l'accueil de nouveaux immigrants.
Politique coordonnée
L'immigration et l'environnement semblent être des domaines tellement disjoints que les ministres d'un même gouvernement n'ont jamais besoin de se consulter et de coordonner leurs politiques. J'ai moi-même participé à plusieurs consultations sur les politiques d'immigration et jamais, à ma connaissance, on n'a soulevé la question environnementale dans la détermination des cibles d'immigration.
De la même façon, les politiques environnementales ont été établies sans tenir compte de l'immigration. Et pourtant, il y a un lien important. Par coïncidence, l'année de base des calculs de Kyoto, 1990, correspond au moment où le Canada a choisi d'accroître considérablement ses taux d'immigration. Ceux-ci sont devenus de l'ordre de 200 000 personnes par année dans les années 90, comparativement à environ 100 000 dans les années 80.
Le mouvement environnementaliste a tendance à dénoncer sans nuances tout ce qui s'éloigne de la lettre de Kyoto. On aurait intérêt à être plus nuancé. Il est à prévoir que la population du Canada continuera à s'accroître rapidement au cours des prochaines décennies alors que celle de l'Europe se stabilisera. Cette situation particulière devra être prise en compte lorsqu'on discutera de nouvelles cibles de réduction des gaz à effet de serre.
Selon les projections, la population du Canada sera de 24 % plus élevée en 2012 qu'elle l'était en 1990. Cette croissance sera de l'ordre de seulement 8 % en France et en Grande Bretagne et d'un maigre 4 % en Allemagne et en Italie. Elle sera même négative en Europe de l'Est. En Russie, on prévoit une baisse de la population de 7 %. Ces divergences s'expliquent principalement par les mouvements migratoires. Depuis 1990, le Canada a admis proportionnellement beaucoup plus d'immigrants que les pays d'Europe.
Les pays à forte croissance démographique sont désavantagés dans l'atteinte des cibles de Kyoto. Chaque individu qui se joint à la population est un nouveau consommateur qui doit se nourrir, se loger et se déplacer. Il peut aussi être un travailleur qui a besoin d'un emploi. Tout cela génère une activité économique additionnelle qui émet des gaz à effet de serre. Il faut construire plus de maisons, plus d'automobiles, plus de commerces et plus d'usines de toute sorte. Si le niveau de vie et les habitudes demeurent les mêmes, les émissions de gaz à effet de serre ont naturellement tendance à s'accroître au même rythme que la population. Cette croissance est beaucoup plus forte au Canada que dans les pays où la population a peu changé.
Les efforts des uns et des autres
Les cibles de Kyoto ignorent ce phénomène. Sur une base par personne, les habitants de l'Europe peuvent atteindre leurs objectifs en réduisant relativement peu leurs émissions, entre 0 et 15 % selon le pays. Au Canada, il faut le faire à un niveau de 30 % par habitant. À cause de l'accroissement de la population, le Canadien moyen doit faire beaucoup plus d'efforts que l'Européen moyen pour atteindre les cibles de Kyoto.
On a abondamment critiqué le plan vert conservateur, en particulier ses cibles basées sur l'intensité. Je pense qu'on devrait accorder certains mérites à cette approche qui tient compte de la croissance économique nécessaire pour maintenir le niveau de vie d'une population grandissante. C'est être un peu masochiste que d'insister sur des cibles absolues qui sont les mêmes que celles des pays d'Europe. Cela revient à nous pénaliser pour avoir accueilli trop d'immigrants. Une politique de réduction des gaz à effet de serre par habitant me semblerait plus juste. Sur cette base, un effort du Canada équivalent à celui des pays d'Europe de l'Ouest permettrait que les émissions soient d'environ 10 % plus élevées en 2012 qu'en 1990. Cela correspond à l'ordre de grandeur du plan du gouvernement conservateur.
Évidemment, on objectera que le Canada a pris un engagement formel et qu'il est déshonorant de renier sa signature. C'est vrai. Mais on peut aussi penser que le Canada a signé un mauvais contrat en s'imposant des contraintes plus sévères que celles des autres. Par insouciance ou par oubli, voire à cause du faible rapport de force du Canada, on n'a pas tenu compte de l'immigration et de l'accroissement de la population quand on a signé le protocole de Kyoto.
Il y a une forte relation à l'échelle mondiale entre la croissance démographique et les émissions de gaz à effet de serre. Les pays les plus délinquants en matière d'environnement (les États-Unis, le Canada et l'Australie) sont tous des pays à forte immigration dont la population s'est accrue rapidement. Les pays européens qu'on juge exemplaires se caractérisent par une faible croissance démographique. Ils ont atteint leurs objectifs parce qu'ils en avaient beaucoup moins à faire que nous. Ils ont moins de mérite qu'on le pense. Certains ont tendance à nous faire la morale parce que nous n'atteindrons pas nos cibles de Kyoto. On pourrait leur répondre qu'ils sont moins ouverts que nous à l'accueil de nouveaux immigrants.
Politique coordonnée
L'immigration et l'environnement semblent être des domaines tellement disjoints que les ministres d'un même gouvernement n'ont jamais besoin de se consulter et de coordonner leurs politiques. J'ai moi-même participé à plusieurs consultations sur les politiques d'immigration et jamais, à ma connaissance, on n'a soulevé la question environnementale dans la détermination des cibles d'immigration.
De la même façon, les politiques environnementales ont été établies sans tenir compte de l'immigration. Et pourtant, il y a un lien important. Par coïncidence, l'année de base des calculs de Kyoto, 1990, correspond au moment où le Canada a choisi d'accroître considérablement ses taux d'immigration. Ceux-ci sont devenus de l'ordre de 200 000 personnes par année dans les années 90, comparativement à environ 100 000 dans les années 80.
Le mouvement environnementaliste a tendance à dénoncer sans nuances tout ce qui s'éloigne de la lettre de Kyoto. On aurait intérêt à être plus nuancé. Il est à prévoir que la population du Canada continuera à s'accroître rapidement au cours des prochaines décennies alors que celle de l'Europe se stabilisera. Cette situation particulière devra être prise en compte lorsqu'on discutera de nouvelles cibles de réduction des gaz à effet de serre.
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