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Les travailleurs étrangers et les marchands d'esclaves

François Bernard Malo - Professeur de gestion des ressources humaines, Département des relations industrielles de l'Université Laval  11 août 2007 
Nous apprenions récemment par les médias que le directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'oeuvre agricole étrangère a décidé d'élargir son bassin de candidats potentiels à l'Amérique centrale et à la Colombie et de ne plus compter autant sur l'aide des travailleurs saisonniers mexicains sous prétexte que ces derniers chercheraient à se syndiquer pour améliorer leurs conditions de travail.

«S'il y en a [des travailleurs mexicains] qui ne sont pas satisfaits des conditions ici, ils iront travailler ailleurs. La planète est grande» (citation extraite du journal Le Soleil, 26 juillet 2007, p. 2).

À titre de professeur en gestion des ressources humaines, nous ne cessons pas d'enseigner à nos étudiants qu'en ce début de XXIe siècle, le principal avantage compétitif des organisations repose sur leurs employés et qu'en conséquence, nous devons apprendre à les considérer humainement en tâchant de respecter tant leurs droits que leurs besoins et leurs limites, aussi bien physiques que psychologiques.

N'est-il pas paradoxal de constater que, simultanément, certains hauts dirigeants décident pour leur part de se transformer en marchands d'esclaves en reniant explicitement le droit des individus salariés de se regrouper en syndicat? Cela ne serait-il pas, finalement, que l'aboutissement «normal» (mais abject!) d'une longue histoire ponctuée au fil des ans d'exploitation, de résidences insalubres et de violence envers les travailleurs saisonniers en provenance de l'Amérique latine?

En 1988, l'Organisation internationale du travail a publié en grande pompe une déclaration universelle relative aux principes et droits fondamentaux au travail vantant l'engagement des gouvernements, des organisations d'employeurs et des organisations de travailleurs de respecter la liberté d'association et la reconnaissance effective du droit de négociation

collective.

Comment est-ce donc possible que, presque 20 ans plus tard, une telle ignominie soit encore permise sur ces terres que certains ont déjà qualifiées de «plus meilleur pays du monde»?

Bien entendu, les marchands d'esclaves ne pourraient pas continuer leur oeuvre de destruction massive en toute impunité s'ils n'étaient pas cautionnés par des millions d'autres supporteurs que sont les clients mangeurs d'hommes. Soucieux de payer leurs fruits et légumes au plus bas prix possible, ces clients «wal-martiens» ferment volontairement les yeux sur l'une des plus grandes atteintes à la liberté et à la dignité humaines au travail.

D'ici les prochaines semaines, la Commission des relations du travail du Québec devra déterminer si les employés saisonniers d'origine étrangère travaillant dans les fermes québécoises ont bel et bien le droit de se syndiquer pour tenter d'améliorer leurs conditions de travail. En attendant ce jugement crucial, nous ne pouvons que penser qu'en ce début de troisième millénaire l'avenir s'annonce décidément très sombre pour les ressources humaines et pour l'humanité tout entière. Honte à nous tous, infâmes clients mangeurs d'hommes!
 
 
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