Au nord de la jeunesse québécoise, la jeunesse inuite
Steeve Côté - Éducateur spécialisé
6 juillet 2007
L'année 2005, je l'ai passée au Nunavik à titre d'éducateur spécialisé dans un centre de réadaptation jeunesse. Ayant pris un congé sans solde d'une année d'un emploi similaire que j'occupe «au sud», comme le disent les Nunavimiuts en parlant des villes comme Québec et Montréal, je choisissais à l'époque de vivre à fond l'expérience du Nord, je choisissais la rencontre avec le peuple inuit, je désirais mettre la main à la pâte pour aider les jeunes Inuits vivant de multiples problèmes d'adaptation. J'avais soif d'aurores boréales, de blizzards, je voulais pêcher l'omble de l'arctique; le Nord m'appelait.
J'ai connu là-bas des intervenants débordés, un centre de réadaptation qui manque de ressources, des familles et des intervenants sociaux peu mobilisés dans le placement des enfants parce que ceux-ci sont très éloignés. Le Nunavik est un territoire gigantesque: les villages sont souvent séparés de centaines de kilomètres les uns des autres, ce qui entraîne parfois d'énormes déplacements quand vient le temps d'envisager des placements d'adolescents.
J'ai été frappé par la bonne volonté des «intervenants plancher», qui font souvent beaucoup avec peu, qui réussissent à tenir le coup malgré la quasi-absence de formation et l'encadrement déficient. Souvent laissés à eux-mêmes, ils doivent composer avec une clientèle très lourde. Leur sécurité est parfois mise en danger et ils sont souvent dépassés par les problématiques auxquelles ils sont confrontés. Il est évident que les ressources sont insuffisantes pour répondre à l'explosion démographique du Nunavik, jumelée à la gravité des problèmes sociaux qui y sévissent. Je suis donc revenu, essoufflé, ayant fait le plein de toundra, de grands vents et de rencontre inoubliables mais avec le douloureux sentiment de laisser derrière moi des jeunes et des familles dans le pétrin.
Après le dépôt du rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur l'état de la protection de la jeunesse au Nunavik, le ministre libéral Benoît Pelletier a qualifié la situation d'«intolérable» et a garanti que des actions concrètes seraient prises pour la redresser. Je le souhaite comme l'ensemble de la population semble le souhaiter. L'ennui, c'est que le Nunavik est loin et que, demain, la poussière médiatique soulevée par ce rapport sera vite retombée.
J'espère ardemment que des sommes additionnelles seront allouées, que la volonté politique ne fléchira pas. Je l'espère pour le petit James, qui a résolu son problème d'inhalation de vapeurs d'essence et dont le sourire me reste en mémoire. Je le souhaite pour Emma, 17 ans, qui doit maintenant avoir un fils de près de deux ans. Je le souhaite pour mes amis intervenants inuits qui croient en la jeunesse, qui travaillent et militent pour le mieux-être de leur collectivité.
L'amélioration des services de protection de la jeunesse au Nunavik passe immanquablement par l'établissement de partenariats plus étroits avec les différents centres jeunesse du Québec, qui possèdent une grande expertise en la matière. En travaillant avec les jeunes Inuits, je me suis aperçu que la qualité des services «au sud» est bonne malgré les nombreuses critiques qui leur sont adressées. Il faut décloisonner l'intervention auprès des jeunes Inuits afin qu'ils en sortent les grands gagnants.
J'ai connu là-bas des intervenants débordés, un centre de réadaptation qui manque de ressources, des familles et des intervenants sociaux peu mobilisés dans le placement des enfants parce que ceux-ci sont très éloignés. Le Nunavik est un territoire gigantesque: les villages sont souvent séparés de centaines de kilomètres les uns des autres, ce qui entraîne parfois d'énormes déplacements quand vient le temps d'envisager des placements d'adolescents.
J'ai été frappé par la bonne volonté des «intervenants plancher», qui font souvent beaucoup avec peu, qui réussissent à tenir le coup malgré la quasi-absence de formation et l'encadrement déficient. Souvent laissés à eux-mêmes, ils doivent composer avec une clientèle très lourde. Leur sécurité est parfois mise en danger et ils sont souvent dépassés par les problématiques auxquelles ils sont confrontés. Il est évident que les ressources sont insuffisantes pour répondre à l'explosion démographique du Nunavik, jumelée à la gravité des problèmes sociaux qui y sévissent. Je suis donc revenu, essoufflé, ayant fait le plein de toundra, de grands vents et de rencontre inoubliables mais avec le douloureux sentiment de laisser derrière moi des jeunes et des familles dans le pétrin.
Après le dépôt du rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur l'état de la protection de la jeunesse au Nunavik, le ministre libéral Benoît Pelletier a qualifié la situation d'«intolérable» et a garanti que des actions concrètes seraient prises pour la redresser. Je le souhaite comme l'ensemble de la population semble le souhaiter. L'ennui, c'est que le Nunavik est loin et que, demain, la poussière médiatique soulevée par ce rapport sera vite retombée.
J'espère ardemment que des sommes additionnelles seront allouées, que la volonté politique ne fléchira pas. Je l'espère pour le petit James, qui a résolu son problème d'inhalation de vapeurs d'essence et dont le sourire me reste en mémoire. Je le souhaite pour Emma, 17 ans, qui doit maintenant avoir un fils de près de deux ans. Je le souhaite pour mes amis intervenants inuits qui croient en la jeunesse, qui travaillent et militent pour le mieux-être de leur collectivité.
L'amélioration des services de protection de la jeunesse au Nunavik passe immanquablement par l'établissement de partenariats plus étroits avec les différents centres jeunesse du Québec, qui possèdent une grande expertise en la matière. En travaillant avec les jeunes Inuits, je me suis aperçu que la qualité des services «au sud» est bonne malgré les nombreuses critiques qui leur sont adressées. Il faut décloisonner l'intervention auprès des jeunes Inuits afin qu'ils en sortent les grands gagnants.
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