Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Parti québécois - Des silences qui ressemblent à un abandon

    28 novembre 2002 |Alain Cognard - Écrivain
    Le texte qui suit est tiré d'un ouvrage à paraître au début 2003 chez VLB Éditeur, qui porte actuellement deux titres de travail, Alouette! et Québec interruptus. Nous publions ici l'avant-propos de l'ouvrage, ainsi qu'un extrait d'un chapitre intitulé «Où se situe le Québec?».

    Il y a 30 ans, les Québécois ont fait un pari et un compromis. Les différents acteurs sociaux, les syndicats, les groupements et partis politiques, les étudiants et, dans une certaine mesure, le FLQ ont remis entre les mains du Parti québécois le dénominateur commun de leurs revendications.

    Après deux référendums et un certain nombre de virages, de beaux risques et de sorties de secours ainsi qu'un messie, le Québec est certes devenu une province distincte, mais il n'a pas réalisé les grands objectifs qu'il s'était fixés: devenir indépendant et assumer pleinement sa dissidence sociale et intellectuelle, économique et culturelle.

    Un regard de pamphlétaire, une analyse sévère justifiée par un droit d'inventaire critique de ces années de pouvoir social, révèle un Québec désorienté, éloigné de ses origines et recentré sur le développement d'une économie qu'il n'a jamais réussi à maîtriser ou, plus exactement, selon les termes de Jacques Parizeau, dont il ne contrôle pas tous les centres de décision.

    Les constats sont sévères parce que les attentes étaient élevées. Elles allaient bien au delà du projet social canadien et des mises à niveau de l'après-Révolution tranquille. Les réformes et les grands projets, y compris ceux des années Bourassa, qui sont pourtant dans le droit fil du projet collectif de société, n'ont pas encore gagné la cohérence suffisante pour constituer les bases d'une nouvelle nation. C'est dans l'omission quotidienne de la volonté de devenir que la ferveur indépendantiste s'est perdue. Le gouvernement péquiste restera — sur 30 ans — l'un des meilleurs de l'histoire, mais ses silences ressemblent trop à un abandon. Nous voyons là les raisons de la désaffection des partisans du OUI, probablement plus nombreux que les péquistes, mais pas inconditionnels.

    La multiplicité des stratégies, le défilement des chefs, les paniques successives, l'absence de politique nationale dans les éléments clés de l'avenir de la nation, l'enseignement, la santé, les régions, les infrastructures, et surtout l'impossibilité chronique et arrogante de réunir tous les acteurs déclarés d'un projet de société ont divisé le Québec. Un nouveau parti, l'ADQ, vient gangrener les membres d'un Parti québécois parfois dépassé sur sa gauche par son rival libéral. Curieusement, peu de programmes politiques, peu d'ouvrages ont exprimé ce que pouvait être le cadre d'un projet national. Il s'agit souvent de textes épars, de collection de discours et de conférences.

    Mais le projet initial n'a pas disparu. Au contraire, s'y sont greffées les oppositions à l'hégémonie américaine: commerce mondial, OGM, aide aux pays démunis, ponts avec les civilisations millénaires qui revendiquent un droit au développement personnel et indépendant.

    À la veille d'une possible victoire du Parti libéral ou de l'ADQ, ce pamphlet veut remettre en question ce «détournement» des idéaux québécois, réunir les forces politiques et sociales de nouveau éparpillées pour leur indiquer, en toute humilité, non pas une sortie de secours mais l'unique porte d'entrée vers ce destin commun si clairement et si souvent exprimé par la population, mais si peu entendu.

    Il faut maintenant parler de fracture culturelle

    Si la fracture sociale déchire toute la planète, il faut maintenant parler de fracture culturelle, de fossé de la connaissance entre les classes sociales. Une partie de la population n'a pas accès à l'ensemble de notre vie sociale parce qu'elle n'en possède pas les clés. Ces clochards de la culture commandent, comme leurs homologues itinérants, une infrastructure culturelle de qualité inférieure qui remet en question la connaissance, les arts, les médias: festivals du rire, films, chansonnette, tout cela est à la fois le refuge et la perdition de notre culture, une sorte de culture sociale à l'image de l'économie sociale que nous avons détournée. Non pas que le phénomène soit nouveau, mais il est maintenant celui que la machine industrielle a récupéré et veut imposer au détriment de la fonction noble de la culture qui, selon Fernand Dumont, est à la fois l'origine et l'objet de la parole.

    Comme l'enseigne le professeur Rodolphe de Koninck, la géographie est libératrice. Toutes les grandes disciplines sont libératrices. Mais pas à raison d'une heure par semaine...

    Même physiquement, nous ne sommes pas tous du même côté du canyon. Le petit peuple de Montréal est différent du peuple des nantis. Il a développé, comme dans les ghettos, un langage corporel propre, il fréquente ses propres lieux de loisirs. Il y a quelques années, les paysans français s'étaient rassemblés place de la Concorde pour protester contre leur misère. Il fallait les voir, vêtus comme au XIXe siècle, petits, le visage rouge, couperosé, la démarche lourde, à côté de ces Parisiens, plus grands, moins trapus, déjà génétiquement modifiés, habillés comme des avocats de la City londonienne, l'air de personnages d'un film futuriste. Peu à peu, nous reconstruisons, dans nos pays, dans nos villes, les tribus que nos démocraties prétendent vouloir faire disparaître au nom de la mondialisation.

    Il faut fréquenter des lieux de différentes cultures, assister à un spectacle de danse, sortir la nuit: nous nous retrouvons au milieu de foules différentes de celle de la rue, peut-être plus belles, soucieuses, en tout cas, et conscientes d'une nécessité de ne pas renoncer à une certaine idée de la culture au sens étymologique. C'est sans doute aussi cela, l'éducation.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.