Prix de l'essence - Qui accable le consommateur?
Sonia Marcotte - Économiste et présidente-directrice générale de l'Association québécoise des indépendants du pétrole (AQUIP)
25 mai 2007
Comment expliquer la hauteur du prix de l'essence décriée tant par les automobilistes que par le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard? Ces questions légitimes réclament une réponse factuelle qui permettrait d'expliquer précisément ce qui provoque les hausses du prix de l'essence. Un regard rétrospectif permet de comprendre pourquoi nous en sommes rendus à payer autour de 1,20 $ par litre d'essence.
En 1999, le consommateur montréalais déboursait autour de 50 ¢ pour se procurer un litre d'essence. À cette époque, les raffineries du Québec devaient débourser 17,2 ¢ pour acquérir un litre de pétrole brut. Elles exigeaient une marge de raffinage de 5,5 ¢ avant d'offrir leur essence en vente aux rampes de chargement. Toujours en 1999, la marge du détaillant, pour l'ensemble du territoire québécois, s'établissait à 6,7 ¢ le litre.
Voyons maintenant comment la situation a évolué. Les plus récentes données disponibles révèlent que, pour le mois d'avril 2007, les raffineries de Montréal déboursaient 45,4 ¢ pour obtenir un litre de pétrole brut. Elles exigeaient une marge de raffinage de 20,8 ¢ par litre, soit une augmentation de 278 % en regard de la situation de 1999. Il s'agit là d'un abus inqualifiable.
Toujours en avril, la marge du détaillant s'établissait à 5,1 ¢, comparativement à 6,7 ¢ par litre en 1999, soit une diminution de 24 %. Quant on sait qu'un détaillant doit débourser entre 4,9 ¢ à Montréal et jusqu'à 6,9 ¢ en région pour couvrir ses coûts d'exploitation (salaires, installations pétrolières, taxes, chauffage, etc.), on constate que la situation des détaillants, contrairement à celle des raffineurs, continue d'être préoccupante.
Qui empoche?
Comme on peut le constater, les augmentations spectaculaires proviennent de la progression conjuguée du prix du brut et des marges de raffinage. Les détaillants n'en sont nullement responsables puisque leur marge a même diminué pour se situer à 5,1 ¢ en avril dernier.
Il est évident que l'augmentation des prix du pétrole brut découle de la politique de production contrôlée qu'ont adoptée les 12 pays producteurs et exportateurs qui composent l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). À eux seuls, ces pays contrôlent plus de 40 % de la production mondiale de pétrole brut et possèdent les deux tiers des réserves mondiales. À titre comparatif, l'Europe et les États-Unis ne détenaient respectivement que 7,4 % et 2,7 % des réserves mondiales répertoriées en 1996. Les pays de l'OPEP ont donc la possibilité de créer une rareté artificielle qui fait monter les prix du pétrole brut. C'est ce à quoi ils se livrent depuis plusieurs années.
Il ne faudrait toutefois pas penser que les grandes compagnies pétrolières sont victimes de cette situation. La plupart d'entre elles ont des activités liées à la prospection, à l'extraction et à la vente du pétrole brut. Elles profitent donc largement des augmentations de prix du pétrole brut et en tirent d'immenses bénéfices.
D'ailleurs, dans un article de la Presse canadienne publié le 21 avril 2000, le président du conseil et chef de la direction de la Pétrolière Impériale Esso, Bob Peterson, attribuait les profits exceptionnels de la compagnie à la montée des prix du pétrole brut ainsi qu'à l'amélioration des marges bénéficiaires dans le raffinage. Sept ans plus tard, il peut toujours glousser de satisfaction. Cet enthousiasme est d'ailleurs partagé par le président de Valero, en outre propriétaire d'Ultramar.
Marges de raffinage
Les augmentations considérables des profits dans le secteur du raffinage ne sont pas apparues par hasard. Elles sont le fruit d'une stratégie évidente qui a simplement consisté à diminuer graduellement la concurrence et à créer une rareté artificielle qui fait bondir les prix des carburants. Qu'on en juge: aux États-Unis, au début des années 80, 189 firmes possédaient un total de 324 raffineries alors que, en 2005, il n'y avait plus que 55 firmes possédant 148 raffineries. Cela représente une diminution de 71 % du nombre de firmes et de 54 % du nombre de raffineries sur le territoire des États-Unis. Au surplus, les 15 firmes les plus importantes contrôlent à elles seules 85,3 % de la production. On constate maintenant à quel point cette gigantesque opération de concentration du secteur du raffinage a lourdement frappé les consommateurs et enrichi les plus grandes pétrolières.
Les pays et les multinationales du pétrole qui oeuvrent dans le secteur du pétrole brut ont été à l'origine du principal facteur d'augmentation des prix de l'essence. Quant aux automobilistes, ils sont captifs des cartels et des oligopoles pétroliers, et ils en paient le prix.
(Précision: l'AQUIP regroupe les entreprises pétrolières québécoises. Ses membres distribuent 80 % des volumes de produits pétroliers vendus par les indépendants, dont la part de marché globale est équivalente à environ 20 % de la consommation totale.)
En 1999, le consommateur montréalais déboursait autour de 50 ¢ pour se procurer un litre d'essence. À cette époque, les raffineries du Québec devaient débourser 17,2 ¢ pour acquérir un litre de pétrole brut. Elles exigeaient une marge de raffinage de 5,5 ¢ avant d'offrir leur essence en vente aux rampes de chargement. Toujours en 1999, la marge du détaillant, pour l'ensemble du territoire québécois, s'établissait à 6,7 ¢ le litre.
Voyons maintenant comment la situation a évolué. Les plus récentes données disponibles révèlent que, pour le mois d'avril 2007, les raffineries de Montréal déboursaient 45,4 ¢ pour obtenir un litre de pétrole brut. Elles exigeaient une marge de raffinage de 20,8 ¢ par litre, soit une augmentation de 278 % en regard de la situation de 1999. Il s'agit là d'un abus inqualifiable.
Toujours en avril, la marge du détaillant s'établissait à 5,1 ¢, comparativement à 6,7 ¢ par litre en 1999, soit une diminution de 24 %. Quant on sait qu'un détaillant doit débourser entre 4,9 ¢ à Montréal et jusqu'à 6,9 ¢ en région pour couvrir ses coûts d'exploitation (salaires, installations pétrolières, taxes, chauffage, etc.), on constate que la situation des détaillants, contrairement à celle des raffineurs, continue d'être préoccupante.
Qui empoche?
Comme on peut le constater, les augmentations spectaculaires proviennent de la progression conjuguée du prix du brut et des marges de raffinage. Les détaillants n'en sont nullement responsables puisque leur marge a même diminué pour se situer à 5,1 ¢ en avril dernier.
Il est évident que l'augmentation des prix du pétrole brut découle de la politique de production contrôlée qu'ont adoptée les 12 pays producteurs et exportateurs qui composent l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). À eux seuls, ces pays contrôlent plus de 40 % de la production mondiale de pétrole brut et possèdent les deux tiers des réserves mondiales. À titre comparatif, l'Europe et les États-Unis ne détenaient respectivement que 7,4 % et 2,7 % des réserves mondiales répertoriées en 1996. Les pays de l'OPEP ont donc la possibilité de créer une rareté artificielle qui fait monter les prix du pétrole brut. C'est ce à quoi ils se livrent depuis plusieurs années.
Il ne faudrait toutefois pas penser que les grandes compagnies pétrolières sont victimes de cette situation. La plupart d'entre elles ont des activités liées à la prospection, à l'extraction et à la vente du pétrole brut. Elles profitent donc largement des augmentations de prix du pétrole brut et en tirent d'immenses bénéfices.
D'ailleurs, dans un article de la Presse canadienne publié le 21 avril 2000, le président du conseil et chef de la direction de la Pétrolière Impériale Esso, Bob Peterson, attribuait les profits exceptionnels de la compagnie à la montée des prix du pétrole brut ainsi qu'à l'amélioration des marges bénéficiaires dans le raffinage. Sept ans plus tard, il peut toujours glousser de satisfaction. Cet enthousiasme est d'ailleurs partagé par le président de Valero, en outre propriétaire d'Ultramar.
Marges de raffinage
Les augmentations considérables des profits dans le secteur du raffinage ne sont pas apparues par hasard. Elles sont le fruit d'une stratégie évidente qui a simplement consisté à diminuer graduellement la concurrence et à créer une rareté artificielle qui fait bondir les prix des carburants. Qu'on en juge: aux États-Unis, au début des années 80, 189 firmes possédaient un total de 324 raffineries alors que, en 2005, il n'y avait plus que 55 firmes possédant 148 raffineries. Cela représente une diminution de 71 % du nombre de firmes et de 54 % du nombre de raffineries sur le territoire des États-Unis. Au surplus, les 15 firmes les plus importantes contrôlent à elles seules 85,3 % de la production. On constate maintenant à quel point cette gigantesque opération de concentration du secteur du raffinage a lourdement frappé les consommateurs et enrichi les plus grandes pétrolières.
Les pays et les multinationales du pétrole qui oeuvrent dans le secteur du pétrole brut ont été à l'origine du principal facteur d'augmentation des prix de l'essence. Quant aux automobilistes, ils sont captifs des cartels et des oligopoles pétroliers, et ils en paient le prix.
(Précision: l'AQUIP regroupe les entreprises pétrolières québécoises. Ses membres distribuent 80 % des volumes de produits pétroliers vendus par les indépendants, dont la part de marché globale est équivalente à environ 20 % de la consommation totale.)
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