Sixième année de l'école primaire - Les francophones devancés en français
La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a produit une analyse des taux de réussite de ses élèves en fonction du groupe linguistique d'origine. Résultat: sur dix groupes, les francophones arrivent au 3e rang en français (derrière les Vietnamiens et les Russes), sont 6es en maths et 8es aux épreuves d'anglais.
Cette analyse, dont Le Devoir a obtenu copie, reprend les résultats des élèves de la 6e année du primaire de la CSDM en 2000-2001, lors d'épreuves d'anglais, de français et de mathématiques. On y a ordonné les taux de réussite moyens selon la langue maternelle des élèves et suivant les groupes linguistiques les plus représentés dans les écoles primaires: le français, l'espagnol, l'arabe, le créole, le vietnamien, le chinois, le russe, l'anglais, le portugais et le tagalog (Philippines).
Les moyennes des 4367 élèves de 6e année de la CSDM aux trois examens ont été analysées sous la lorgnette de la langue maternelle (première langue apprise et encore comprise), ces données étant fournies à la CSDM au moment de l'inscription des enfants.
Les élèves dont la langue maternelle est le français (67 % de l'ensemble) ont obtenu un taux de réussite à l'épreuve de français de 76,03 %, derrière les Vietnamiens (77 %) et les Russes (76,17 %). En mathématiques, c'est au 6e rang qu'ils atterrissent avec un taux de 75,72 %, après les Chinois (82,84 %), les Vietnamiens (82,66 %), les Russes (81,64 %), les Arabes (77,19%) et les Anglais (76,14 %).
L'analyse statistique a été effectuée il y a quelques mois à titre exploratoire, puisque la CSDM entend en faire une démarche systématique à compter de l'an prochain. «Nous voulons regarder les taux de réussite, de décrochage, en fonction de différentes variables, dont la langue maternelle», explique Robert Cadotte, commissaire indépendant et président de la commission pédagogique de la CSDM, qui décrit cette première opération comme un «pré-test».
«Les résultats nous indiquent qu'il faut cibler nos interventions différemment», ajoute-t-il. Cette collecte de données a longtemps été liée à une sorte de «tabou incompréhensible», explique le commissaire. «Il y avait une réticence qui datait de plusieurs années quant aux relations avec les groupes ethniques, comme si le fait de distinguer leurs résultats pouvait mener la CSDM à être accusée de racisme. Mais si on laissait tout cela dans le flou, on pourrait au contraire être accusé de ne pas avoir fait le nécessaire pour favoriser la réussite de nos élèves.»
Aux examens d'anglais, c'est le groupe linguistique lié au tagalog (langue des Philippins) qui récolte 93,15 %, suivi des anglophones(93,09 %), des Russes (88,53 %), des Chinois (86,05 %), des Vietnamiens (84,38 %), des Portugais (81,58 %), des Arabes (78,64 %) et enfin des francophones (77,72 %).
Ce sont les élèves dont la langue maternelle est le créole qui ferment les trois classements, avec des moyennes de 68,8 % en français, 67,31 % en mathématiques et 70,56 % en anglais. Ces données laissent croire à la CSDM qu'il faut songer à du soutien particulier.
«Comme commission scolaire, ce que ça nous dit, c'est qu'il va falloir commencer à cibler pour donner du soutien plus important aux ethnies qui performent très mal», explique Robert Cadotte. «Il est très clair qu'il va falloir adopter une stratégie éventuellement pour les jeunes Haïtiens.»
Après un diagnostic du genre, la CSDM souhaiterait connaître les réalités que cachent les chiffres. Outre le fait qu'ils n'étaient l'an dernier en 6e année que 88 sur 4367 à partager le russe comme langue maternelle, les Russes sont reconnus comme une «minorité instruite», poursuit M. Cadotte, à titre d'exemple, pour interpréter les résultats. Quant aux Haïtiens, ils sont souvent issus de milieux très pauvres, ce qui est une variable directement liée à la réussite, ajoute le commissaire.
«Ce souci d'analyse n'a aucun rapport avec l'intelligence des élèves, mais plutôt avec leurs conditions de vie, leurs conditions matérielles, leur culture, ce qu'ils ont vécu par le passé, et c'est ça qu'il faut diagnostiquer pour être capable d'aider les élèves à mieux performer», explique Robert Cadotte.
Chaque année, le bureau de la planification institutionnelle et de la vérification interne de la CSDM produit des statistiques sur le profil démographique des élèves. Les données de 2001-2002 révèlent que le français est la langue maternelle de 56 % des élèves de l'ensemble de la CSDM, suivi de l'espagnol (8,7 %), de l'arabe (5,3 %), du créole (4,6 %), de l'anglais (3,4 %), du chinois (3,1 %) et du vietnamien (2,6 %).
Les 15 langues les plus parlées comptent aussi le portugais, le tagalog, le tamoul, le russe, le bengali, l'ourdou (Inde, Pakistan), le cambodgien et le turc. La CSDM estime que la liste des langues maternelle et parlée de ses élèves dépasse les 120 langues.
1998: onde de choc
Ces données liant taux de réussite et groupe linguistique rappellent une étude statistique qu'avait effectuée le ministère de l'Éducation (MEQ) en 1998, et qui avait produit une onde de choc tant les résultats des francophones étaient inférieurs à ceux des autres.
Dans son bulletin statistique de juin 1998 intitulé Élèves diplômés au secondaire et au collégial: analyse socio-démographique, le MEQ révélait en effet que l'observation d'une cohorte d'élèves au secondaire (départ en 1985) montrait que si 69 % des élèves de langue anglaise avaient obtenu leur diplôme cinq ans plus tard, 61 % des allophones en faisaient autant contre 53 % des francophones.
Peu importe le nombre d'années écoulé entre le début des études secondaires et l'obtention du diplôme, les francophones occupaient toujours le bas du classement, parfois loin derrière les autres groupes linguistiques.
Au collégial, les conclusions étaient similaires: de la cohorte de 1985, 13 % des francophones ont obtenu un diplôme du collégial sept ans plus tard (donc, sans retard scolaire), contre 20 % chez les anglophones, et 19,7 % chez les allophones.
L'analyse du MEQ indique aussi que chez les allophones, «les groupes asiatiques montrent les meilleurs résultats», Chinois et Vietnamiens étant souvent dans le peloton de tête. «À l'opposé, les élèves dont la langue maternelle est l'espagnol, le portugais ou le créole montrent des résultats moins intéressants», occupant souvent les trois derniers rangs.
Quant à la récurrence d'une telle analyse, qui avait été faite une première fois en 1991 — avec des résultats similaires —, on a répondu hier à la division des statistiques du MEQ que la mise à jour n'était pas prévue pour le moment à l'agenda.
Cette analyse, dont Le Devoir a obtenu copie, reprend les résultats des élèves de la 6e année du primaire de la CSDM en 2000-2001, lors d'épreuves d'anglais, de français et de mathématiques. On y a ordonné les taux de réussite moyens selon la langue maternelle des élèves et suivant les groupes linguistiques les plus représentés dans les écoles primaires: le français, l'espagnol, l'arabe, le créole, le vietnamien, le chinois, le russe, l'anglais, le portugais et le tagalog (Philippines).
Les moyennes des 4367 élèves de 6e année de la CSDM aux trois examens ont été analysées sous la lorgnette de la langue maternelle (première langue apprise et encore comprise), ces données étant fournies à la CSDM au moment de l'inscription des enfants.
Les élèves dont la langue maternelle est le français (67 % de l'ensemble) ont obtenu un taux de réussite à l'épreuve de français de 76,03 %, derrière les Vietnamiens (77 %) et les Russes (76,17 %). En mathématiques, c'est au 6e rang qu'ils atterrissent avec un taux de 75,72 %, après les Chinois (82,84 %), les Vietnamiens (82,66 %), les Russes (81,64 %), les Arabes (77,19%) et les Anglais (76,14 %).
L'analyse statistique a été effectuée il y a quelques mois à titre exploratoire, puisque la CSDM entend en faire une démarche systématique à compter de l'an prochain. «Nous voulons regarder les taux de réussite, de décrochage, en fonction de différentes variables, dont la langue maternelle», explique Robert Cadotte, commissaire indépendant et président de la commission pédagogique de la CSDM, qui décrit cette première opération comme un «pré-test».
«Les résultats nous indiquent qu'il faut cibler nos interventions différemment», ajoute-t-il. Cette collecte de données a longtemps été liée à une sorte de «tabou incompréhensible», explique le commissaire. «Il y avait une réticence qui datait de plusieurs années quant aux relations avec les groupes ethniques, comme si le fait de distinguer leurs résultats pouvait mener la CSDM à être accusée de racisme. Mais si on laissait tout cela dans le flou, on pourrait au contraire être accusé de ne pas avoir fait le nécessaire pour favoriser la réussite de nos élèves.»
Aux examens d'anglais, c'est le groupe linguistique lié au tagalog (langue des Philippins) qui récolte 93,15 %, suivi des anglophones(93,09 %), des Russes (88,53 %), des Chinois (86,05 %), des Vietnamiens (84,38 %), des Portugais (81,58 %), des Arabes (78,64 %) et enfin des francophones (77,72 %).
Ce sont les élèves dont la langue maternelle est le créole qui ferment les trois classements, avec des moyennes de 68,8 % en français, 67,31 % en mathématiques et 70,56 % en anglais. Ces données laissent croire à la CSDM qu'il faut songer à du soutien particulier.
«Comme commission scolaire, ce que ça nous dit, c'est qu'il va falloir commencer à cibler pour donner du soutien plus important aux ethnies qui performent très mal», explique Robert Cadotte. «Il est très clair qu'il va falloir adopter une stratégie éventuellement pour les jeunes Haïtiens.»
Après un diagnostic du genre, la CSDM souhaiterait connaître les réalités que cachent les chiffres. Outre le fait qu'ils n'étaient l'an dernier en 6e année que 88 sur 4367 à partager le russe comme langue maternelle, les Russes sont reconnus comme une «minorité instruite», poursuit M. Cadotte, à titre d'exemple, pour interpréter les résultats. Quant aux Haïtiens, ils sont souvent issus de milieux très pauvres, ce qui est une variable directement liée à la réussite, ajoute le commissaire.
«Ce souci d'analyse n'a aucun rapport avec l'intelligence des élèves, mais plutôt avec leurs conditions de vie, leurs conditions matérielles, leur culture, ce qu'ils ont vécu par le passé, et c'est ça qu'il faut diagnostiquer pour être capable d'aider les élèves à mieux performer», explique Robert Cadotte.
Chaque année, le bureau de la planification institutionnelle et de la vérification interne de la CSDM produit des statistiques sur le profil démographique des élèves. Les données de 2001-2002 révèlent que le français est la langue maternelle de 56 % des élèves de l'ensemble de la CSDM, suivi de l'espagnol (8,7 %), de l'arabe (5,3 %), du créole (4,6 %), de l'anglais (3,4 %), du chinois (3,1 %) et du vietnamien (2,6 %).
Les 15 langues les plus parlées comptent aussi le portugais, le tagalog, le tamoul, le russe, le bengali, l'ourdou (Inde, Pakistan), le cambodgien et le turc. La CSDM estime que la liste des langues maternelle et parlée de ses élèves dépasse les 120 langues.
1998: onde de choc
Ces données liant taux de réussite et groupe linguistique rappellent une étude statistique qu'avait effectuée le ministère de l'Éducation (MEQ) en 1998, et qui avait produit une onde de choc tant les résultats des francophones étaient inférieurs à ceux des autres.
Dans son bulletin statistique de juin 1998 intitulé Élèves diplômés au secondaire et au collégial: analyse socio-démographique, le MEQ révélait en effet que l'observation d'une cohorte d'élèves au secondaire (départ en 1985) montrait que si 69 % des élèves de langue anglaise avaient obtenu leur diplôme cinq ans plus tard, 61 % des allophones en faisaient autant contre 53 % des francophones.
Peu importe le nombre d'années écoulé entre le début des études secondaires et l'obtention du diplôme, les francophones occupaient toujours le bas du classement, parfois loin derrière les autres groupes linguistiques.
Au collégial, les conclusions étaient similaires: de la cohorte de 1985, 13 % des francophones ont obtenu un diplôme du collégial sept ans plus tard (donc, sans retard scolaire), contre 20 % chez les anglophones, et 19,7 % chez les allophones.
L'analyse du MEQ indique aussi que chez les allophones, «les groupes asiatiques montrent les meilleurs résultats», Chinois et Vietnamiens étant souvent dans le peloton de tête. «À l'opposé, les élèves dont la langue maternelle est l'espagnol, le portugais ou le créole montrent des résultats moins intéressants», occupant souvent les trois derniers rangs.
Quant à la récurrence d'une telle analyse, qui avait été faite une première fois en 1991 — avec des résultats similaires —, on a répondu hier à la division des statistiques du MEQ que la mise à jour n'était pas prévue pour le moment à l'agenda.
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