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Libre opinion: D'affreuses «moralisatrices»!

Renée Joyal - Professeure associée à l'UQAM et chercheuse en droit de l'enfance et de la famille  7 avril 2010 09h54 
La légèreté de ton de René Homier-Roy est légendaire. Mais qui s'en plaint? Son joyeux babillage matinal est plutôt agréable. Toutefois, sur certains sujets, la légèreté n'est pas de mise. Le 18 avril, il reçoit comme d'habitude Christiane Charette: la fébrile animatrice annonce qu'elle recevra entre autres à son émission une mère qui a fait congeler ses ovules pour éventuellement les donner à sa fille. Voici, à peu de chose près, à quoi ressemble le dialogue qui s'engage: «Êtes-vous pour ou contre ce genre de choses?», demande René Homier-Roy. «Je n'ai pas d'opinion, s'empresse de dire l'animatrice. C'est personnel, c'est une question d'envie.» «Bien, rétorque l'animateur. J'ai entendu l'autre jour des moralisatrices qui étaient contre. Je vois que vous êtes une personne sage.»

Dans le rôle de courroies de transmission qui est forcément le leur, dans le cadre d'émissions qui se veulent de qualité, les animateurs auraient intérêt à se documenter sur certains sujets et à dépasser leurs premières impressions avant de se prononcer.

Les enjeux soulevés par le don d'ovules de mère à fille sont complexes et délicats. Il ne s'agit pas simplement de satisfaire des désirs. Pendant des siècles, l'organisation sociale et familiale s'est construite autour de la différence des sexes et de la différence des générations. On ne peut pas, au nom de la modernité, de la rectitude politique ou d'un certain libéralisme bon teint, chambarder tout cela et penser qu'il n'y aura pas de conséquences malheureuses!

Tout ce qui fait partie du bagage génétique d'une personne est chargé de sens. Il ne s'agit pas de biens purement matériels. René Homier-Roy vilipende les «moralisatrices qui étaient contre». À défaut de s'être fait une opinion, Christiane Charette rejoint tous ceux qui, sans trop savoir, laissent le champ libre à ces pratiques.

Des femmes, et des hommes aussi, chercheurs et auteurs reconnus, ont examiné cette question, et bien d'autres qui y sont associés, du point de vue moral, philosophique, social et anthropologique. Il faudrait s'approprier leurs réflexions! Ce terme réducteur de «moralisatrices» ou de «moralisateurs», souvent asséné dans les médias, masque peut-être un certain mépris de la connaissance ou, en tout cas, un refus d'admettre toute considération qui remette en cause l'une ou l'autre réponse que des avancées technologiques appuyées bien davantage sur le profit que sur la réflexion peuvent apporter à des demandes individuelles.

Parfois, les personnes qui ne veulent apparemment «rien savoir» de ces connaissances et de ces réflexions sont aussi celles qui déplorent l'individualisme forcené de nos sociétés et l'absence de repères moraux qui les caractérise. Il y a là une incohérence, voire de l'inconscience. Aucune société ne peut croître sans normes morales fondées sur des valeurs qui reflètent ce que cette société, à un moment donné, considère comme le bien. Ces valeurs et ces choix peuvent évoluer, on peut en débattre, mais on ne peut pas s'en passer.

Sur les questions associées aux avancées technologiques dans le domaine du vivant, on peut lire, entre autres, les écrits de Suzanne Philips-Nootens, Édith Deleury, Marie Pratte, Daniel Dagenais, Louise Vandelac, Margaret Somerville, Laurence Gavarini, Pierre Legendre, Axel Khan et j'en passe. Tous ces écrits, et la réflexion qui les sous-tend, ont bien peu de visibilité dans les médias, y compris à Radio-Canada, qui passe beaucoup de temps à s'«auto-annoncer» et qui fait la part trop belle aux écrits de vedettes médiatiques — souvent valables par ailleurs — dont on entend parler jusqu'à plus soif! Un petit monde qui tourne beaucoup sur lui-même et trop souvent à vide?
 
 
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