mercredi 22 février 2012 Dernière mise à jour 20h21
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

La guerre perdue

Serge Truffaut   20 avril 2007 
La semaine n'est pas terminée qu'elle s'annonce d'ores et déjà comme une des plus sanglantes dans l'histoire récente de l'Irak. En effet, à peine le leader religieux chiite Moqtada al-Sadr ordonnait-il la démission des ministres portant ses couleurs qu'une chaîne d'explosions retentissait. Son origine? Sunnite.

La chronologie du dernier épisode de la tragédie irakienne a débuté lorsque le populaire Sadr a indiqué qu'il n'était plus question de collaborer à l'administration des affaires. On s'en doute, il fragilisait du coup le gouvernement du premier ministre al-Maliki, qui doit par ailleurs craindre que cette politique de la chaise vide soit suivie d'un autre mot d'ordre. Lequel? Que les députés du camp Sadr s'abstiennent de voter au Parlement. Sans leur soutien, la survie de Maliki ne tiendra qu'à un fil.

Ce retrait des affaires courantes voulu par un leader dont on ne sait pas s'il est toujours en Irak ou réfugié en Iran découle essentiellement de la réorientation de la stratégie militaire commandée au début de l'année par le président Bush. À la faveur des négociations afférentes à l'augmentation du contingent américain basé en Irak, Maliki et la Maison-Blanche avaient obtenu que les membres de l'Armée du Mahdi que dirige Sadr adoptent un profil bas. Autrement dit, qu'ils laissent leurs fusils et autres armes dans les armoires.

Sur cette retenue, les milices sunnites ont capitalisé en employant des méthodes plus violentes que jamais. Constatant que leurs ennemis chiites s'étaient regroupés, si on peut dire, derrière ce frêle paravent qu'est l'armée officielle, ils ont multiplié les attentats suicide. Et ce, avec une ardeur d'autant plus marquée qu'ils savent, al-Qaïda au premier chef, que la constitution des forces officielles telle que décidée par le Pentagone est un gigantesque fiasco. On s'explique.

Selon une analyse signée par Andrew Exum, un officier américain, les bonzes du Pentagone ont commis l'erreur magistrale de mettre sur pied un système de défense reproduisant peu ou prou le modèle érigé aux États-Unis. Et alors? Ce système tourné vers l'extérieur a été conçu pour répondre à des menaces étrangères. Or ce dont l'Irak a actuellement besoin, c'est une infrastructure apte à faire face à des menaces intérieures.

Le manque de perspicacité dont le Pentagone a fait preuve s'est soldé notamment par cette énormité: on a interdit à tous les Irakiens qui se sont engagés dans les forces d'apporter leurs armes chez eux. N'ayant aucune confiance en eux, on craignait qu'ils approvisionnent en revolvers et autres armes les différents clans qui s'entretuent. À quelques reprises, cela a été constaté. Mais ce qu'on a surtout observé, c'est que des centaines d'entre eux ainsi que les membres de leurs familles se sont fait massacrer... sans armes à la main.

Résultat: cette tuerie à grande échelle d'Irakiens en uniforme a eu pour effet de ralentir énormément la refondation de la défense du pays. Et ce, pour une raison qu'on aura devinée: les files d'individus décidés à s'engager se sont clairsemées au fur et à mesure que les rumeurs d'assassinats de ceux qui étaient déjà sous les drapeaux étaient confirmées. Sur ce front, c'est le cas de le dire, la politique américaine s'est avérée un désastre.

On ne sera d'ailleurs pas étonné d'apprendre que pas plus tard qu'hier, le leader démocrate au Sénat, Harry Reid, a déclaré ceci: «La guerre est perdue.» Collant obstinément à sa politique, le président Bush a rétorqué en se moquant de ces remarques que même des républicains commencent pourtant à partager. Après avoir préparé une guerre sur des mensonges, voilà que le président Bush se ment à lui-même.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    vendredi 20 avril 2007 08h15
    Pauvre Bush !
    Cette guerre était perdue avant de commencer. Elle était perdue à l'ONU. Elle était déjà perdue pour le Canada comme pour la France. Les Démocrates américains n'osaient pas encore la déclarer perdue. Voilà que c'est fait. Et des Républicains commencent à se réveiller à la réalité : l'Irak est un immense piège, pire que le Vietnam à cause de l'information quotidienne de plus en plus détaillée. Si Bush continue de «se mentir à lui-même», c'est l'Amérique au complet qu'il risque d'entraîner dans sa descente aux enfers. Vivement que quelqu'un le réveille ! Il faut laisser ce pays régler ses problèmes avec ses propres moyens. Mais le mal engendré par cette guerre est tel que la réparation sera encore longtemps hors de portée. Aucun scénario ne pourra éviter de grands bains de sang. Et pendant ce temps, personne n'ose intervenir dans la boucherie du Darfour. Comme quoi l'existence de pétrole en Irak semble bien constituer pour les USA et Bush un puissant aimant.

  • Jean-Pierre Aubry
    Abonné
    vendredi 20 avril 2007 09h09
    Deux questions
    Malgré des effectifs considérables et des ressources financières énormes, les Américains et leurs alliés ont perdu la guerre en Irak. Quelles leçons devons-nous tirées pour la guerre en Afghanistan ?

    Les Américains et leurs alliés, en tant que force d'occupation, étaient responsables de la sécurité des Irakiens. Ne devraient-ils pas être poursuivis par les tribunaux internationaux pour ne pas avoir respecté cet engagement ?

    Jean-Pierre Aubry

  • noomen ketata
    Inscrit
    vendredi 20 avril 2007 09h39
    LA guerre était perdue dès le départ
    Avant même l'invasion de l'irak, le plan d'invasion de l'irak a été soumis à des généraux européens à la retraite. Leur réponse fut la suivante : pour envahir l'irak, cela prendra quelques semaines étant donné la supériorité de l'armée américaine, mais pour sécuriser le pays, il faut un rapport de 1 à 10 entre la population et le nombre de militaires, c'est-à-dire près de 1.5 millions d'hommes.
    Étant donné que jamais les USA n'allaient mettre autant d'hommes sur le terrain après la prise de Bagdad, le scénario le plus plausible est celui que l'on voit sous nos yeux : une armée étrangère complétement dépassée par les évènements. Après la France en Algérie, les USA au Vietnam, les russes en Afghanistan, les occidentaux n'ont toujours pas compris et retenu la leçon. À l'exception de Jacques Chirac: il était soldat en Algérie et il a déjà compris 40 ans plus tôt qu'envoyer une armée occidentale dans un pays musulamn dans une situation d'insurrection ça ne sert à rien. Dommage que Harper n'ait pas fait la guerre d'algérie.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012