La face cachée de Sarkozy
Ismaël Houdassine - Journaliste indépendant
18 avril 2007
Au premier coup d'oeil, la caricature publiée dans les pages d'un quotidien de l'Hexagone peut faire sourire: deux passants s'arrêtent devant l'affiche de campagne du candidat de la droite à la présidentielle française, Nicolas Sarkozy. Au sommet du dessin, on voit le visage du candidat, tout souriant, ainsi que le slogan de l'UMP: «Ensemble, tout devient possible.» Un des passants ironise alors en affirmant à son comparse: «C'est bien cela qui m'inquiète.»
Mais à bien y réfléchir, cette caricature va au-delà de la simple boutade puisqu'elle met au jour l'inquiétude que suscite la personnalité d'un homme dont on ne connaît pas toujours le côté sombre.
Car il faut le dire, Sarkozy fait peur à une partie non négligeable de l'électorat français. Déjà, en juin 2006, l'ex-ministre de l'Intérieur inquiétait 55 % des citoyens, selon un sondage TNS-SOFRES réalisé pour le Figaro Magazine. Sa situation s'est à peine améliorée au fil de la campagne. D'après un sondage IFOP publié dans Le Journal du dimanche du 14 janvier dernier, 51 % des Français le considéraient encore comme un politicien «inquiétant».
Depuis quelques semaines, le candidat de l'UMP semble donner raison à ceux qui voient en lui une personnalité opaque, ambiguë. Cette impression est renforcée par la dichotomie entre son image publique et son image privée. Sur la tribune, il est un orateur hors pair mêlant discours patriotique et verve virile. Pourtant, loin des objectifs, Nicolas Sarkozy s'emporterait facilement, n'hésitant pas à utiliser un langage ordurier, ce qui tranche franchement avec un Jacques Chirac plus modéré et moins sur la défensive.
Rien qu'au mois de mars, le candidat de l'UMP a explosé de rage envers le propriétaire d'un grand quotidien, la direction d'une des chaînes nationales et les journalistes d'un reportage d'information. Le plus troublant, ce n'est pas tant la fréquence de ces moments de crise que les prétextes qui le poussent à un tel comportement.
Les faits
N'ayant pas apprécié la une de Libération qui, le 1er mars, titrait «Impôt sur la fortune de Sarkozy: le soupçon», le principal intéressé aurait téléphoné personnellement à l'actionnaire majoritaire du journal, Édouard de Rothschild, afin d'exprimer son mécontentement. D'après les sources internes de Libération, relayées par le site Internet de L'Express, le candidat de l'UMP aurait qualifié le quotidien de «sectaire de gauche».
Pour sa part, le p.-d.g. de Libération, Laurent Joffrin, a confirmé que la conversation entre Édouard de Rothschild et Nicolas Sarkozy avait été «musclée», le candidat de l'UMP se laissant même aller à traiter le quotidien de «journal de merde».
De son côté, Le Canard enchaîné révélait dans son édition du 21 mars une autre sainte colère de l'ex-ministre de l'Intérieur. Invité le 18 mars à l'émission politique France Europe Express, animée par la journaliste Christine Ockrent, le candidat n'aurait pas apprécié qu'on le fasse patienter dans la loge puisque tous les sièges étaient auparavant occupés par les autres invités de l'émission.
Selon l'hebdomadaire satirique, le candidat de l'UMP, accompagné «d'une escouade de gardes du corps, de conseillers et de sa maquilleuse personnelle», aurait alors perdu patience. «Je ne veux pas attendre plus longtemps, je veux me faire maquiller tout de suite.» Ensuite, quelques instants plus tard: «Mais enfin, il n'y a personne pour m'accueillir. La direction n'est pas là? Ce n'est pas normal. Qu'est-ce qu'ils font? Qui suis-je pour être traité ainsi?»
Toujours selon Le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy aurait alors fait semblant de s'en aller, créant la panique parmi les journalistes, avant de «péter les plombs»: «Personne n'est là pour m'accueillir. Toute cette direction [de France 3], il faut la virer. Je ne peux pas le faire maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ça ne va pas tarder.»
Récemment, ce fut au tour d'une journaliste de France 3 qui s'apprêtait à l'interviewer avant son meeting de Lille de goûter au courroux de Nicolas Sarkozy. Cette fois, le candidat de l'UMP aurait mal digéré un reportage de la chaîne publique le faisant mal paraître et qui traitait de la fabrication des passeports biométriques. «J'ai déjà vu des reportages malhonnêtes, mais celui-ci... félicitations!», aurait-il déclaré, en colère, à la journaliste.
Nicolas Sarkozy tente malgré tout de rassurer. Interrogé au sujet de l'indépendance de la presse en cas d'une victoire à l'Élysée lors d'un débat organisé à Sciences-Po Paris la semaine dernière, le candidat de l'UMP a fait un mea-culpa somme toute peu convaincant. «Il n'y aura aucune chasse aux sorcières», a-t-il déclaré tout en ajoutant ceci: «Les chasses aux sorcières ont plus souvent été le fait de la gauche que de la droite.» Ces propos ont toutefois été immédiatement suivis de huées retentissantes.
De vieux démons en fin de campagne
Visiblement, les crises de colère de Nicolas Sarkozy touchent à peu près tous ceux qui osent se mettre en travers de son chemin. Dernier en date: Azouz Begag, dont les révélations-chocs seront publiées dans son livre intitulé Un mouton dans la baignoire. Dans ce brûlot, l'ancien ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances affirme que Nicolas Sarkozy l'aurait menacé de lui «casser la gueule».
L'ouvrage, dont des extraits ont déjà été publiés par le magazine Marianne, se réfère à l'époque où Azouz Begag n'hésitait pas, en tant que membre du gouvernement, à dénoncer la «sémantique guerrière» de Nicolas Sarkozy en ce qui concerne sa gestion des émeutes de l'automne 2005 dans les banlieues du pays. On se rappelle que l'ex-ministre de l'Intérieur avait déclaré qu'il allait laver les jeunes émeutiers au «Karcher» tout en les traitant de «racaille».
Si on en croit ce livre, le candidat de l'UMP n'aurait pas du tout apprécié cette incartade et aurait téléphoné à Azouz Begag afin de l'injurier et de le menacer. «Tu es un connard! Un déloyal, un salaud! Je vais te casser la gueule [...], salaud! Connard! [...] J'en ai rien à foutre de tes explications! Tu vas faire une dépêche à l'AFP pour t'excuser, sinon je te casse la gueule!»
L'ex-ministre de l'Intérieur offre deux visages plutôt aux antipodes l'un de l'autre. À savoir maintenant lequel de ces visages le candidat arborera s'il est élu président de la République française. Les électeurs sont dans l'expectative, car avec Nicolas Sarkozy, «tout devient possible».
Mais à bien y réfléchir, cette caricature va au-delà de la simple boutade puisqu'elle met au jour l'inquiétude que suscite la personnalité d'un homme dont on ne connaît pas toujours le côté sombre.
Car il faut le dire, Sarkozy fait peur à une partie non négligeable de l'électorat français. Déjà, en juin 2006, l'ex-ministre de l'Intérieur inquiétait 55 % des citoyens, selon un sondage TNS-SOFRES réalisé pour le Figaro Magazine. Sa situation s'est à peine améliorée au fil de la campagne. D'après un sondage IFOP publié dans Le Journal du dimanche du 14 janvier dernier, 51 % des Français le considéraient encore comme un politicien «inquiétant».
Depuis quelques semaines, le candidat de l'UMP semble donner raison à ceux qui voient en lui une personnalité opaque, ambiguë. Cette impression est renforcée par la dichotomie entre son image publique et son image privée. Sur la tribune, il est un orateur hors pair mêlant discours patriotique et verve virile. Pourtant, loin des objectifs, Nicolas Sarkozy s'emporterait facilement, n'hésitant pas à utiliser un langage ordurier, ce qui tranche franchement avec un Jacques Chirac plus modéré et moins sur la défensive.
Rien qu'au mois de mars, le candidat de l'UMP a explosé de rage envers le propriétaire d'un grand quotidien, la direction d'une des chaînes nationales et les journalistes d'un reportage d'information. Le plus troublant, ce n'est pas tant la fréquence de ces moments de crise que les prétextes qui le poussent à un tel comportement.
Les faits
N'ayant pas apprécié la une de Libération qui, le 1er mars, titrait «Impôt sur la fortune de Sarkozy: le soupçon», le principal intéressé aurait téléphoné personnellement à l'actionnaire majoritaire du journal, Édouard de Rothschild, afin d'exprimer son mécontentement. D'après les sources internes de Libération, relayées par le site Internet de L'Express, le candidat de l'UMP aurait qualifié le quotidien de «sectaire de gauche».
Pour sa part, le p.-d.g. de Libération, Laurent Joffrin, a confirmé que la conversation entre Édouard de Rothschild et Nicolas Sarkozy avait été «musclée», le candidat de l'UMP se laissant même aller à traiter le quotidien de «journal de merde».
De son côté, Le Canard enchaîné révélait dans son édition du 21 mars une autre sainte colère de l'ex-ministre de l'Intérieur. Invité le 18 mars à l'émission politique France Europe Express, animée par la journaliste Christine Ockrent, le candidat n'aurait pas apprécié qu'on le fasse patienter dans la loge puisque tous les sièges étaient auparavant occupés par les autres invités de l'émission.
Selon l'hebdomadaire satirique, le candidat de l'UMP, accompagné «d'une escouade de gardes du corps, de conseillers et de sa maquilleuse personnelle», aurait alors perdu patience. «Je ne veux pas attendre plus longtemps, je veux me faire maquiller tout de suite.» Ensuite, quelques instants plus tard: «Mais enfin, il n'y a personne pour m'accueillir. La direction n'est pas là? Ce n'est pas normal. Qu'est-ce qu'ils font? Qui suis-je pour être traité ainsi?»
Toujours selon Le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy aurait alors fait semblant de s'en aller, créant la panique parmi les journalistes, avant de «péter les plombs»: «Personne n'est là pour m'accueillir. Toute cette direction [de France 3], il faut la virer. Je ne peux pas le faire maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ça ne va pas tarder.»
Récemment, ce fut au tour d'une journaliste de France 3 qui s'apprêtait à l'interviewer avant son meeting de Lille de goûter au courroux de Nicolas Sarkozy. Cette fois, le candidat de l'UMP aurait mal digéré un reportage de la chaîne publique le faisant mal paraître et qui traitait de la fabrication des passeports biométriques. «J'ai déjà vu des reportages malhonnêtes, mais celui-ci... félicitations!», aurait-il déclaré, en colère, à la journaliste.
Nicolas Sarkozy tente malgré tout de rassurer. Interrogé au sujet de l'indépendance de la presse en cas d'une victoire à l'Élysée lors d'un débat organisé à Sciences-Po Paris la semaine dernière, le candidat de l'UMP a fait un mea-culpa somme toute peu convaincant. «Il n'y aura aucune chasse aux sorcières», a-t-il déclaré tout en ajoutant ceci: «Les chasses aux sorcières ont plus souvent été le fait de la gauche que de la droite.» Ces propos ont toutefois été immédiatement suivis de huées retentissantes.
De vieux démons en fin de campagne
Visiblement, les crises de colère de Nicolas Sarkozy touchent à peu près tous ceux qui osent se mettre en travers de son chemin. Dernier en date: Azouz Begag, dont les révélations-chocs seront publiées dans son livre intitulé Un mouton dans la baignoire. Dans ce brûlot, l'ancien ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances affirme que Nicolas Sarkozy l'aurait menacé de lui «casser la gueule».
L'ouvrage, dont des extraits ont déjà été publiés par le magazine Marianne, se réfère à l'époque où Azouz Begag n'hésitait pas, en tant que membre du gouvernement, à dénoncer la «sémantique guerrière» de Nicolas Sarkozy en ce qui concerne sa gestion des émeutes de l'automne 2005 dans les banlieues du pays. On se rappelle que l'ex-ministre de l'Intérieur avait déclaré qu'il allait laver les jeunes émeutiers au «Karcher» tout en les traitant de «racaille».
Si on en croit ce livre, le candidat de l'UMP n'aurait pas du tout apprécié cette incartade et aurait téléphoné à Azouz Begag afin de l'injurier et de le menacer. «Tu es un connard! Un déloyal, un salaud! Je vais te casser la gueule [...], salaud! Connard! [...] J'en ai rien à foutre de tes explications! Tu vas faire une dépêche à l'AFP pour t'excuser, sinon je te casse la gueule!»
L'ex-ministre de l'Intérieur offre deux visages plutôt aux antipodes l'un de l'autre. À savoir maintenant lequel de ces visages le candidat arborera s'il est élu président de la République française. Les électeurs sont dans l'expectative, car avec Nicolas Sarkozy, «tout devient possible».
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