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Santé: opération vérité de Legault

Comment trouver 1,8 milliard? demande le ministre aux Québécois

Isabelle Paré   20 novembre 2002 
Le ministre de la Santé évalue à 1,8 milliard de dollars les sommes nécessaires pour remettre le réseau de la santé sur ses rails et donner à la population les services auxquels elle a droit. Mais puisque Québec n'a pas cet argent, François Legault va sonder les Québécois pour savoir jusqu'où ils sont prêts à aller afin de sauver leur régime public de soins de santé.

C'est à une opération vérité que les Québécois ont été conviés hier par le ministre Legault, d'avis que le Québec, comme les autres sociétés, est arrivé à la «croisée des chemins» pour sauver les valeurs d'équité et de gratuité qui constituent les assises du système de santé québécois. Pour la première fois, le ministre a officiellement reconnu l'ampleur du sous-financement du réseau.

Dans son plan de relance du réseau de la santé dévoilé hier, François Legault chiffre même à quelque 1,8 milliard de dollars les sommes nécessaires pour répondre aux besoins actuels non comblés dans le réseau de la santé. Cela, c'est sans compter la hausse annuelle minimale de 5,2 % des budgets qu'il faudra ensuite assurer pour couvrir la croissance des coûts entraînée par le vieillissement et les innovations technologiques.

À l'heure actuelle, M. Legault estime «que les besoins des personnes âgées ne sont pas comblés» et que les «délais pour des chirurgies sont inacceptables». Or, si les besoins sont immenses, les fonds, eux, sont de plus en plus limités.

Québec n'a pas ce 1,8 milliard, et le ministre Legault n'entend pas passer à l'action avant d'avoir entendu ses concitoyens lors d'un grand débat de fond qu'il tiendra sur les besoins et le financement au cours des prochains mois. «J'ai souvent l'impression que nos concitoyens ne saisissent pas l'ampleur du défi qui nous attend, et j'aimerais d'abord que, comme société, l'on s'entende sur le diagnostic», a-t-il dit hier.

Selon le ministre, les sondages démontrent que 70 % des Québécois croient que les problèmes du réseau de la santé découlent d'une mauvaise gestion. Il y aurait donc une pente à remonter avant de proposer de nouvelles sources de financement.

François Legault refuse d'aller de l'avant avec l'idée d'une caisse-vieillesse — comme ce que proposait la commission Clair sur l'avenir du système de santé en 2000 — ou d'une taxe spéciale sans savoir si les Québécois seront prêts à accepter ces solutions. «Il y a des gens qui proposent encore des baisses d'impôts, donc on est loin d'avoir un consensus. Est-ce vrai qu'il manque 1,8 milliard? C'est là-dessus qu'il faut que le débat se fasse dans un premier temps», a dit le ministre en entrevue, une attaque claire contre les partis de Jean Charest et Mario Dumont, qui continuent de promettre des baisses d'impôts aux contribuables.

Selon le ministre, si le manque à gagner actuel persiste, l'écart entre les budgets de la santé et les besoins de la population atteindra 14 milliards en 2020. «Il est trop facile de créer de faux espoirs. Aujourd'hui, nous faisons le pari de la vérité», a-t-il tranché.

Coupant l'herbe sous le pied de l'ADQ, François Legault affirme aussi que la privatisation, «une solution simpliste», ne figure pas à son plan de match. D'ailleurs, il a présenté hier une analyse de son ministère qui démontre que l'État n'épargnerait que 42 millions en permettant aux plus fortunés de payer pour obtenir des chirurgies plus rapidement.

Un plan d'intentions

Ce plan d'action, qui s'apparente davantage à un énoncé d'intentions, accorde la part du lion aux services de première ligne, soit 840 millions. De ce montant, quelque 160 millions iraient à la création de 300 groupes de médecine de famille d'ici cinq ans. On injecterait aussi 177 millions pour accroître les services en CLSC et environ 275 millions additionnels pour suivre des clientèles vulnérables. Pas moins de 240 millions sont prévus pour mettre sur pied et développer des programmes de prévention.

Deuxième priorité: les personnes âgées. 456 millions de dollars serviraient à développer les soins à domicile, à accroître le nombre de places en centres d'hébergement et à améliorer les services aux personnes déjà hébergées. «On a toujours investi dans les hôpitaux et les urgences. Or ça coûte beaucoup moins cher de soigner les personnes âgées en première ligne que de les garder dans un lit à l'hôpital», a insisté le ministre.

Réduire les listes d'attente

Malgré un parti pris très clair pour la première ligne, le plan Legault réserve tout de même 243 millions aux hôpitaux pour réduire les délais d'attente des principales chirurgies électives. En injectant une somme circonstancielle de 162 millions, le ministre veut ramener à un mois les délais pour une chirurgie oncologique et en hémodynamie. Les délais d'attente seraient ramenés à trois mois pour un remplacement de la hanche ou du genou, pour des traitements en radio-oncologie et pour des chirurgies cardiaques. Les délais maximaux visés pour la chirurgie de la cataracte, qui peuvent s'étirer à plus d'un an, seraient réduits à six mois.

«Il y a des listes d'attente à des niveaux qu'on ne juge pas acceptables. On a donc fixé des délais maximums pour chaque type de chirurgie. On devrait assurer à tous les Québécois que ces délais soient respectés. Ils ne le sont pas actuellement», déplore le ministre.

Ce plan d'investissement s'accompagnerait d'un blitz visant à améliorer la gestion, notamment par l'imposition de contrats de performance aux établissements et par la recherche d'assouplissements dans les conventions collectives. «Les syndicats seront interpellés pour sauvegarder le réseau public», a indiqué le ministre, ajoutant qu'il faudra «mettre fin à certaines rigidités dans les conventions collectives».

Après une tournée des régions, qui débutera dans les semaines à venir, le ministre prévoit soumettre son plan à la critique des groupes nationaux lors d'une journée d'audiences, en janvier. Si tout le monde s'entend, des décisions sur les solutions durables seront prises dans les mois suivants, a tranché le ministre.

À l'heure actuelle, la hausse des coûts du système de santé atteint, bon an, mal an, 5,2 % par année, soit 1,5 %, de plus que la croissance prévue de l'économie. Pénurie oblige, il faudra en sus engager 33 000 employés d'ici cinq ans, dont 8800 infirmières, et s'attaquer à l'amélioration des salaires des travailleurs de la santé.

Dans cette situation, le système est condamné au sous-financement. François Legault répète qu'il n'est pas question de puiser dans les budgets de l'éducation ou de «fermer» d'autres ministères pour financer ces hausses faramineuses.

La sortie prochaine du rapport de la Commission fédérale sur les soins de santé au Canada, présidée par Roy Romanow, devrait amener de l'eau au moulin des provinces qui réclament plus d'argent de la part d'Ottawa. Mais François Legault n'entend pas s'asseoir là-dessus. «C'est sûr qu'il y a de l'argent à Ottawa, mais on ne peut pas attendre très longtemps. On doit prendre une décision au cours des prochains mois pour savoir comment on fait pour faire face aux défis du système de santé», a-t-il dit.
 
 
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