vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 01h26
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Après le «tsunami adéquiste»

Bernard Descôteaux   31 mars 2007 
Le premier ministre Jean Charest sera placé devant un dilemme quasi cornélien lorsque viendra le temps de trouver les appuis nécessaires qui lui permettront d'assurer la stabilité de son gouvernement. Si l'Action démocratique paraît devoir être son allié naturel en raison d'une certaine proximité idéologique, tout les oppose sur le plan électoral. Sur ce terrain, l'ADQ est un rival auquel il ne doit laisser aucune chance.

Composer avec le nouvel échiquier politique issu du scrutin du 26 mars sera un vaste casse-tête pour le Parti libéral du Québec. La poussière retombant, ses militants prennent peu à peu la mesure du choc créé par le «tsunami adéquiste» qui a dévasté leur parti. Leurs premiers commentaires montrent à quel point aucun d'eux n'avait senti venir cette vague.

Désorienté, le gouvernement Charest l'est beaucoup plus que ce qu'il voudra laisser voir au cours des prochaines semaines. Composer un nouveau conseil des ministres sera relativement facile pour le premier ministre, qui affichera même une certaine sérénité. Plusieurs ministres ont été défaits, mais grâce aux nouveaux venus, il aura un cabinet solide. Quant au discours inaugural qu'il présentera à la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, début mai, il devrait obtenir l'appui des deux partis d'opposition d'autant plus aisément que personne ne veut se retrouver rapidement sur le terrain électoral.

Le moment de vérité surviendra lorsque sera épuisée la chance au coureur que le PQ et l'ADQ lui laisseront. Rapidement, ils voudront tester la volonté de changement qui animera ce gouvernement. Jean Charest devra alors choisir la place qu'il entend occuper sur l'échiquier politique. D'un point de vue rhétorique, il prétendra être au centre. La réalité, celle qui se lit dans les résultats électoraux de lundi, le forcera toutefois à se déplacer vers la droite. Pour l'essentiel, les suffrages perdus par le PLQ (13 points de pourcentage par rapport au scrutin de 2003) sont allés à l'ADQ. Avec les 30 % de suffrages qu'elle a obtenus, la formation de Mario Dumont n'est qu'à trois points derrière celle de Jean Charest. La défaite attend ce dernier aux prochaines élections s'il ne réagit pas.

Pour espérer ramener au bercail les électeurs perdus aux mains de l'ADQ, Jean Charest devra d'abord faire la démonstration qu'il peut incarner le changement. Aux élections de 2003, il avait beaucoup promis mais peu livré par la suite. L'accès aux soins de santé, tant aux urgences des hôpitaux qu'aux soins prolongés, aux chirurgies et à des médecins de famille, demeure le grand échec du premier mandat libéral. Rapidement, des signes tangibles d'amélioration devront apparaître pour lui redonner sa crédibilité.

Les priorités du gouvernement Charest devront par ailleurs rejoindre les préoccupations manifestées par les électeurs adéquistes. En principe, ce ne devrait pas être difficile dans la mesure où les programmes libéral et adéquiste se rejoignent. Les deux partis partagent une même vision en ce qui concerne le rôle de l'État et la place à donner au secteur privé. Ils prônent tous deux l'équilibre des finances publiques et veulent réduire la taille de l'État. En matière de soutien aux familles, on retrouve une certaine parenté des approches. Les différences se trouvent plutôt dans le ton. À l'ADQ, on veut en faire plus et plus rapidement. Le défi pour Jean Charest sera de reprendre à son compte une partie du programme adéquiste et d'obtenir l'appui des députés adéquistes pour le mettre en oeuvre tout en se gardant tout le mérite.

Le terrain sur lequel le gouvernement Charest évoluera sera glissant. La question sera toujours de savoir jusqu'où il pourra se permettre d'aller sans se renier. Tout particulièrement délicate sera la gestion du dossier des relations fédérales-provinciales. La position autonomiste de Mario Dumont a été un facteur d'attraction déterminant pour cette catégorie d'électeurs nationalistes qui, d'un scrutin à l'autre, désignent le vainqueur selon qu'ils se rangent derrière le PQ ou le PLQ. Cette fois-ci, ils se sont réfugiés à l'ADQ, jugeant Jean Charest pas assez vigoureux dans sa défense des intérêts du Québec.

Sur cette question, le premier ministre ne pourra pas jouer l'homme du juste milieu. Il lui faudra au contraire se faire plus revendicateur envers Ottawa, revenir en quelque sorte à l'esprit qui animait son parti avant que Mario Dumont et Jean Allaire ne le quittent, en 1994, pour fonder l'ADQ. À la faveur du fédéralisme d'ouverture que prétend pratiquer le gouvernement conservateur de Stephen Harper, le premier ministre aura la possibilité de faire des gains devant renforcer l'autonomie du Québec. Parmi plusieurs, ce sera l'épreuve la plus importante qu'il devra remporter dans le processus de reconstruction de la maison libérale après le passage du «tsunami adéquiste».

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Denis Simard
    Abonné
    samedi 31 mars 2007 10h33
    L'axe régional
    La carte électorale n'est plus Québec-Sherbrooke-Montréal. Les québécois ont signifié et marqué l'axe des régions.
    Les québécois on signifié à leurs dirigeants qu'ils ne souhaitent pas du changement, ils veulent du changement.
    Et c'est surtout les 35-45, influencés par l'ADQ et non par l'option du PQ.
    Monsieur Charest qui a le pouvoir devra en tenir compte s'il veut se maintenir et garantir l'influence du PLQ.
    L'économie, l'environnement, l'éducation, la santé, la vision d'un Québec fort, passe par l'axe régional. Le nord du Québec est péquiste, l'ouest est libéral et le RUQ (le reste du Québec) est d'influence adéquiste, surtout au centre de la province.
    La majorité donne le pouvoir et la possibilité de gouverner!
    Ma minorité donne le pouvoir et l'opportunité de bien gouverner!
    DAS

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    samedi 31 mars 2007 11h30
    Un tue-amis !!!
    Un tsunami qui aurait pu nous ensevelir tous et toutes, y compris les autonomistes.

    Quelques députés de plus et on ne serait trouvé avec un gouvernement en culottes courtes. À voir l'équipe rapprochée de M.Dumont, disons qu'il n'avait pas de quoi se péter les bretelles et qu'on a frisé la catastrophe...

    Et dire que certaines personnes ont plus peur d'un référendum que d'un tue-amis. Les vieilles structures ont un dernier sursaut. Les " tanguy " autonomistes en sont le reflet. Il leur faudra bien lâcher la main de papa.un jour !

    Valdor Lagacé-Gallant

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 31 mars 2007 12h44
    Est-ce que Charest a volé son élection?
    Pour la 3e fois de suite Charest a été élu par le vote d'anticipation! Au lieu des 2500 votes qu'on trouvait habituellement dans les boites, c'est 7500 qu'on a trouvé.
    La majorité de 1000 voix du péquiste à 22 heures a été renversée par ce vote d'anticipation.

    Charest a recu 3969 votes par anticipation contre 1737 à Forgues et 998 à Dumont. 60% des voix alors que son parti n'a eu que 33% au Québec!!!

    Qui sont ces 3969 personnes? Combien sont été "forcés" ou "invités" à voter par anticipation? Est-ce vrai que le parti a nolisé des bus pour vider des centres d'accueil?

    Quel est le % de personnes de 65 ans et plus qui ont voté dans Sherbrooke? Dans quelle condition?

    Quel est le % des jeunes de 18 à 24 ans qui ont voté à Sherbrooke?

    Combien d'étudiants de l'université étaient sur les listes électorales?

    Pourquoi a-t-on réduit à 6 mois la résidence au Québec plutot qu'un an? Pour permettre aux étudiants de Lenoxville de voter légalement cette fois???

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 1 avril 2007 16h19
    Un gouvernement de coalition
    La solution, que les partis en place s'empresseront d'ignorer ou d'écarter, serait la solution à une bonne gouvernance du Québec. Mais les egos sont si gros, les chefs tellement suffisants, que on préférera sans doute les jeux de Harper. Il est vrai que le Québec est canadien...
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Pascal Bélanger
    Inscrit
    lundi 2 avril 2007 10h15
    Tsunami ADQiste ou refoulement d'égoût Libéral
    Je trouve largement exagéré le fait de qualifier les gains électoraux majeurs de l'ADQ comme étant un tsunami. Les députés de Mario Dumont sont encore absent de plusieurs régions du Québec : Grand Nord, Côte-Nord, Saguenay, Lac St-Jean, Abitibi, Témiscamingue, Outaouais et Montréal.

    Le sondeur Jean-Marc Léger expliquait ces gains de l'ADQ par la capacité de Mario Dumont à "canaliser" l'insatisfaction des citoyens face au gouvernement de Jean Charest (insatisfaction dont le PQ n'a pas su tirer profit). Canaliser, le mot est juste. Selon moi, il s'agit bien davantage d'un ras-le-bol du statut quo, d'un refoulement d'égout Libéral pour lequel SuperMario avait une solution de rechange.
    Reste à savoir si la solution est à la hauteur du problème.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012