Une idée en l'air
Bernard Descôteaux
20 novembre 2002
L'idée d'une carte d'identité n'a jamais recueilli suffisamment d'appuis pour que nos gouvernements passent de la parole aux actes. On se souviendra du long débat qui a eu lieu récemment au Québec autour du projet d'une carte d'identité dite de l'électeur qui, comme bien d'autres projets, a été remis aux calendes grecques. Le ministre canadien de l'Immigration, Denis Coderre, propose à son tour l'émission d'une carte d'identité qui aurait la particularité de comporter des données biométriques, comme les empreintes digitales ou l'image de l'iris.
Nul ne conteste que l'absence de système reconnu d'identification complique la vie de tout le monde, mais tous s'accommodent sans trop de mal de la situation présente. On sait trop bien que la mise en place d'un système d'identification des citoyens engendrerait nombre de difficultés. Comment imaginer par exemple que le gouvernement fédéral, qui n'arrive pas à gérer correctement le numéro d'assurance sociale (cinq millions de cartes ont été émises en trop), pourrait arriver à émettre de façon sécuritaire un système comme celui auquel rêve le ministre?
On sent un petit frisson dans le dos en imaginant à quoi pourrait servir une telle carte, à part nous éviter une prise d'empreintes à la frontière américaine. L'information recueillie lors de l'émission de ces cartes constituerait un mégafichier qui, relié aux autres fichiers du gouvernement fédéral, notamment celui de l'Agence des douanes du Canada sur les déplacements des voyageurs, pourrait servir à des fins de contrôle policier abusif.
Le ministre Coderre cherchait avant toute chose, en lançant cette idée, à répondre à l'obsession du gouvernement des États-Unis sur la sécurité aux frontières. Le plus curieux, c'est que les lobbies américains sur les droits de l'homme viennent de faire retraiter l'administration Bush qui rêvait aussi d'une telle carte d'identité nationale. Denis Coderre, devant le tollé que soulève son projet, cherche une porte de sortie en proposant un débat devant un comité parlementaire. Une idée aussi peu structurée ne mérite pas qu'on s'y arrête. Le ministre devrait reconnaître qu'il a parlé sans réfléchir et clore le dossier.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Nul ne conteste que l'absence de système reconnu d'identification complique la vie de tout le monde, mais tous s'accommodent sans trop de mal de la situation présente. On sait trop bien que la mise en place d'un système d'identification des citoyens engendrerait nombre de difficultés. Comment imaginer par exemple que le gouvernement fédéral, qui n'arrive pas à gérer correctement le numéro d'assurance sociale (cinq millions de cartes ont été émises en trop), pourrait arriver à émettre de façon sécuritaire un système comme celui auquel rêve le ministre?
On sent un petit frisson dans le dos en imaginant à quoi pourrait servir une telle carte, à part nous éviter une prise d'empreintes à la frontière américaine. L'information recueillie lors de l'émission de ces cartes constituerait un mégafichier qui, relié aux autres fichiers du gouvernement fédéral, notamment celui de l'Agence des douanes du Canada sur les déplacements des voyageurs, pourrait servir à des fins de contrôle policier abusif.
Le ministre Coderre cherchait avant toute chose, en lançant cette idée, à répondre à l'obsession du gouvernement des États-Unis sur la sécurité aux frontières. Le plus curieux, c'est que les lobbies américains sur les droits de l'homme viennent de faire retraiter l'administration Bush qui rêvait aussi d'une telle carte d'identité nationale. Denis Coderre, devant le tollé que soulève son projet, cherche une porte de sortie en proposant un débat devant un comité parlementaire. Une idée aussi peu structurée ne mérite pas qu'on s'y arrête. Le ministre devrait reconnaître qu'il a parlé sans réfléchir et clore le dossier.
bdescoteaux@ledevoir.ca
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

