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Kyoto: si peu, si essentiel

20 novembre 2002 
L'application du protocole de Kyoto ne va pas empêcher le réchauffement de la planète. Ses objectifs ne sont pas assez ambitieux pour cela.

Kyoto prévoit la réduction de l'émission des gaz à effet de serre à un niveau inférieur de 6 % à celui enregistré en 1990. Mais cette obligation ne s'applique qu'aux pays industrialisés visés dans une annexe du protocole. Tous les pays ne le sont pas, en effet. Et les États-Unis, responsables de la production de près de 40 % des GES dans le monde sur une base historique, refusent de ratifier cet accord international.

Durant la période prévue de la mise en oeuvre du protocole (entre 2008 et 2012), les mesures de réduction permettront de capter environ 2,7 milliards de tonnes de CO2 à l'échelle planétaire.

Or, seulement pour stabiliser le niveau des émissions de gaz à effet de serre, il faudrait en éliminer dix fois plus. Même si George W. était frappé par une illumination divine et soumettait les États-Unis aux exigences du protocole, le bilan ne serait modifié qu'à la marge.

Malgré sa timidité, le protocole de Kyoto est essentiel parce qu'il faut bien commencer quelque part. Le protocole établit la responsabilité des États, reconnaît l'importance de la pollution et son effet sur les changements climatiques, prévoit une méthode de mesure des émissions et de calcul des réductions. On prévoit même des sanctions. Une fois cet appareil en place, il sera toujours temps d'augmenter les exigences.

Mais pour commencer, les exigences imposées aux signataires sont volontairement minimales; le protocole prévoit divers mécanismes qui permettront de réduire les émissions de GES au coût le plus bas possible. Des pays peuvent même s'échanger des permis de polluer, l'un pouvant ainsi calculer dans son propre bilan la réduction des gaz à effet de serre réalisée sur le territoire de son partenaire.

C'est dire que la mise en oeuvre du protocole ne changera pas grand-chose dans nos vies. Le biologiste Claude Villeneuve (auteur de Vivre les changements climatiques - L'effet de serre expliqué) a calculé que son application au Québec pourrait signifier une hausse du prix de l'essence de moins de un cent le litre, c'est-à-dire rien, compte tenu des innombrables facteurs qui influencent la fluctuation des prix à la pompe.

Ralph Klein s'inquiète donc pour rien. Les pertes d'emplois massives qu'il annonce pour faire peur au monde n'auront pas lieu.

Que le premier ministre de l'Alberta manque de vision, on le savait. Mais voici que l'aspirant à la succession de Jean Chrétien se laisse influencer par un discours catastrophiste totalement débranché de la réalité. Lundi, Paul Martin a suggéré que le vote de ratification du protocole, que M. Chrétien a promis de tenir d'ici la fin de l'année, soit reporté, le temps d'en arriver à un consensus avec les provinces. Aussi bien dire remettre le tout aux calendes grecques. L'Alberta va toujours jouer les trouble-fêtes. Cette province est responsable à elle seule de l'émission de six fois plus de gaz à effet de serre que le Québec.

S'il était un leader politique visionnaire, M. Martin appuierait la ratification immédiate du protocole de Kyoto. Il ferait ressortir les avantages que comportera pour l'ensemble des Canadiens le fait de le mettre en oeuvre rapidement.

Il rappellerait l'évidence. L'effet de serre est à l'oeuvre et le réchauffement de la planète se poursuit avec son cortège de malheurs pour les humains et leur environnement: le smog dans les villes, la hausse de l'occurrence de certaines maladies respiratoires, les mouvements imprévisibles de la nature comme ces inondations qui ont ravagé une partie de l'Europe. D'autres signes ne mentent pas, même s'ils sont moins visibles pour le citoyen moyen: l'amaigrissement des ours polaires de la baie d'Hudson, l'extension des zones de malaria, la fonte des glaciers de montagne.

Or, les scientifiques estiment que la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère va doubler d'ici moins de 50 ans, contribuant d'autant au réchauffement de la planète.

Puisque Paul Martin s'intéresse à l'économie, s'il était un vrai leader politique, il ferait miroiter les emplois qui seront créés par les entreprises qui, sous la pression de Kyoto, se spécialiseront dans la conception et la production de technologies moins polluantes ou de technologies permettant de capter le CO2 avant que celui-ci ne se répande dans l'atmosphère comme un cancer dans le corps humain.

Il soulignerait ensuite le défi emballant que représente l'atteinte des objectifs du protocole de Kyoto dans divers domaines auxquels on ne songe pas. Le transport routier est responsable d'une partie importante de la hausse de l'émission des gaz à effet de serre depuis 1990. On peut contribuer à réduire les gaz à effet de serre en donnant priorité au transport en commun pour les passagers, en privilégiant le transport ferroviaire plutôt que le camionnage pour les marchandises.

De même, Kyoto incite à produire de l'énergie renouvelable. Le Canada pourrait-il devenir un leader mondial de la production d'énergie éolienne, exporter ses technologies et, en prime, améliorer la qualité de vie de ses citoyens?

Les raisonnements évoqués plus haut s'appliquent évidemment au Québec. Le Québec est déjà la province qui a le meilleur bilan dans la lutte aux GES au Canada. Les émissions de GES n'ont progressé que de 2,3 % entre 1990 et 2000 contre 19,6 % au Canada, et ce, malgré une hausse de 7 % de notre consommation de combustible fossible, une hausse de 26 % de notre PIB et une hausse de 6 % de la population.

À 12 tonnes par habitant, les émissions de gaz à effet de serre au Québec sont presque aussi faibles qu'en Europe, contre 23,6 tonnes par habitant au Canada, l'un des pires résultats de l'OCDE. Les émissions de gaz à effet de serre du Québec représentent seulement 12,5 % du total canadien même si nous comptons pour 24 % de la population. Et l'Assemblée nationale a déjà donné son accord à la mise en oeuvre du protocole de Kyoto.

La Chambre des communes devrait ratifier le protocole avant la fin de l'année, comme s'y était engagé M. Chrétien. Les provinces ont déjà convenu de principes valables pour encadrer un plan de mise en oeuvre. Elles auront jusqu'en 2008 pour s'entendre sur les moyens.

Entre-temps, les plus intelligents prendront une longueur d'avance sur les autres, développeront des technologies, créeront des emplois et amélioreront leur qualité de vie.

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec, chez Fides.
 
 
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