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Concordia n'est pas au bout de ses peines

Paule Des Rivières   19 novembre 2002 
La direction de l'Université Concordia a beaucoup de mal à s'extirper de la controverse entourant les débats sur le Proche-Orient. Le dernier épisode en date, qui l'a conduite à réclamer et obtenir une injonction afin de faire taire le député néo-démocrate Svend Robinson, a démontré encore une fois la difficulté qu'éprouve le recteur Frederick Lowy à faire respecter ses décisions. On se souvient en effet qu'un moratoire a été décrété sur le Proche-Orient, jusqu'à la mi-décembre. L'injonction aura forcé, vendredi dernier, le député Robinson à s'exprimer devant le campus, plutôt qu'à l'intérieur, mais il n'était sûrement pas mécontent de la publicité. Il ne lui restait plus qu'à dénoncer, bêtement, les attaques contre la liberté d'expression dont il fut victime. Le député sait comment présenter les situations à son avantage, quitte à tourner les coins ronds s'il le faut. Car le député de Colombie-Britannique s'est bien gardé d'aborder le fond du problème, à savoir l'agressivité marquant le débat sur le Proche-Orient.

Rappelons qu'en septembre dernier, des manifestations violentes ont empêché la venue à Concordia de l'ex-premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou. Des discussions subséquentes avec les représentants étudiants n'ont pas abouti, de sorte que l'Université opta pour un moratoire sur tout débat touchant le Proche-Orient. Ce moratoire tient toujours.

Il est indéniable que l'imposition, dans une institution d'enseignement, d'un moratoire sur un sujet brûlant d'actualité n'est ni idéal ni même normal. Une université est le lieu par excellence où les uns et les autres devraient pouvoir écouter différents points de vue, sans que les échanges ne dégénèrent en violence verbale ou physique. Malheureusement, Concordia paie aujourd'hui le prix de son laxisme passé: elle a fermé les yeux sur plusieurs dérapages étudiants survenus au cours des dernières années. De sorte qu'aujourd'hui, le climat est passablement pourri.

En cela cependant, l'Université Concordia n'est pas seule. En fait, très souvent, les opinions qui s'expriment publiquement sur le Proche-Orient sont empreintes d'un tel degré d'émotivité que leurs auteurs semblent avoir renoncé à la raison. Nul doute que cet état des choses reflète une détérioration de la situation au Proche-Orient, mais on ne peut que le déplorer, puisque c'est à ce moment que les penseurs — ou, on peut rêver, les politiciens — devraient servir de guide. Pourtant, et c'est le cas pour l'Université Concordia, on entend très peu les professeurs sur le Proche-Orient. Ces derniers sont sans doute animés d'un désir de maintenir la paix dans leurs salles de cours, estimant qu'une prise de position publique risquerait d'avoir des répercussions dans la classe. On nous permettra de douter que le silence des professeurs ne s'explique que par le moratoire. Mais une chose est claire, les incidents qui se sont déroulés cet automne sur le campus de l'Université Concordia montrent à quel point le débat sur le Proche-Orient est piégé. Dans ce contexte, la décision de l'Université de maintenir le moratoire s'explique, d'autant plus que l'Association étudiante ne semble pas prête à coopérer avec la direction.

pdesrivieres@ledevoir.ca
 
 
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