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Libre opinion: La campagne des capitulards

19 novembre 2002 
À l'occasion du 85e anniversaire de L'Action nationale, nous reproduisons ci-dessous un extrait de l'éditorial du numéro de novembre de cette revue dont la contribution au débat politique et social est soulignée à compter d'aujourd'hui à la Bibliothèque nationale du Québec sous le titre Une revue dans le siècle.

Les fédéralistes québécois consentent activement à la minorisation de notre peuple et à l'émasculation du seul État où il peut se gouverner en fonction de ses propres objectifs. Ils vivent désormais dans un artifice idéologique qui consiste à nier les conséquences pratiques de la négation de notre peuple.

S'étant engagés comme des inconditionnels du lien canadian, ils se conduisent dans les faits comme des saboteurs. Le mot est fort mais la réalité qu'ils cautionnent est plus dure encore. Les députés fédéralistes à Ottawa ne servent plus désormais que de pions dans les alliances qui se trament entre les diverses factions d'une majorité anglophone qui les traite, au mieux, comme des ethnic barons. Les fédéralistes qui oeuvrent sur la scène québécoise au Parti libéral et à L'Action démocratique, pour leur part, se comportent objectivement comme de véritables capitulards. En déployant, comme ils le font, toutes les astuces de la restriction mentale — quand ce n'est du mensonge et de la manipulation — pour ne pas reconnaître explicitement qu'ils ont d'ores et déjà consenti à gérer le Québec comme le Canada l'exigera, ils placent sciemment le débat public en porte-à-faux. Ils ont entrepris de renoncer sans le dire en brandissant des leurres rhétoriques.

L'un comme l'autre ils acceptent, sous couvert de pseudo-réalisme, de soumettre la définition et l'établissement des priorités du Québec au veto d'Ottawa. L'ADQ a renié le rapport Allaire qui lui a donné naissance. Le PLQ a travesti les revendications traditionnelles du Québec en vulgaire processus administratif qui jamais ne permettra d'empêcher les gestes unilatéraux d'Ottawa, en plus de condamner pour toujours le Québec à faire des compromis dans des formes et sur des bases qui seront fixées par les autres provinces et une majorité qui ne nous reconnaît pas comme peuple. Aucune injustice n'est jamais trop grande, aucune humiliation trop cuisante, aucune perte n'est jamais trop funeste pour remettre en cause le lien canadian. Rien de ce qui a de la valeur pour le Québec n'en n'aura jamais assez pour renoncer au Canada. La vérité, c'est que, derrière un électoralisme débilitant, ces deux partis vont faire campagne sur la capitulation du Québec

Ajustant leurs programmes de gouverne aux ressources qu'Ottawa nous laisse plutôt qu'aux besoins du Québec, les deux partis choisissent de ne plus se battre pour le Québec, ils veulent le gérer pour qu'il s'adapte à ce que le Canada l'autorisera à devenir. L'un comme l'autre se refusent à fixer un seuil pour l'inacceptable, à dire qu'au-delà d'un certain point accepter la situation financière du gouvernement du Québec dans le cadre canadian devient contraire aux intérêts du Québec. Tous deux acceptent de renoncer, dans les faits, à l'autodétermination du Québec.

Parce qu'ils sont incapables de définir un espace politique pour le Québec dans le Canada, et sachant fort bien que cela n'est plus possible ni recevable, ces deux partis et les ténors fédéralistes voudraient nous faire croire que le débat n'a plus sa pertinence. C'est un retournement cynique qui ne peut être attribué à autre chose qu'à la démission morale et à la fraude intellectuelle. Alors que les défis posent des échéances de plus en plus courtes et rendent de plus en plus insignifiante notre capacité collective d'y répondre avec les moyens d'une province, les inconditionnels du Canada nous proposent de faire comme si le cadre politique et constitutionnel qui donne prise sur la définition des objectifs et définit l'accès aux moyens n'avait pas de conséquences vitales. Les dérives populistes que tous deux cherchent à imposer au débat public ne servent qu'à masquer une reddition sans condition. Le Canada réel a réglé la question du Québec une fois pour toutes. Ils font semblant de ne pas s'en apercevoir tout en acceptant d'en faire payer le prix à notre peuple, en consentant à laisser dénaturer non seulement l'État du Québec mais la démocratie québécoise qu'ils cherchent à conduire dans les limbes, à enfermer dans la rhétorique incantatoire sans prise sur les décisions stratégiques.

Il n'est pas dit que la politique politicienne ne gagnera pas. Après tout, la démocratie c'est le droit de se tromper. Et il peut même arriver qu'un peuple cherche à se tromper lui-même. La lassitude, l'usure des défaites, le doute épuisant, tout cela finit parfois, momentanément, par entamer chez certains la volonté de se battre. Il arrive aussi que la distance entre l'idéal et ce qu'il faut faire pour l'atteindre finisse par apparaître infranchissable. On le sent, il y a un certain vacillement de la volonté de s'affirmer. Rien de plus normal dans le contexte de la guerre psychologique que nous mène le Canada. Mais les exemples sont nombreux qui nous prouvent que la mobilisation citoyenne peut triompher des répugnantes manoeuvres de propagande, qu'elle peut même redonner du tonus à des leaders velléitaires. Les élites de ce pays n'ont jamais su estimer à sa juste mesure la capacité de notre peuple pour le long combat.

La lucidité est la condition première de cette mobilisation. C'est une valeur qui n'occupe pas dans notre culture et dans notre vie démocratique la place qu'exige notre combat. Il faut refuser la posture de soumission inavouée et les jeux de dupes que nous servent les fédéralistes.

Les partis politiques fédéralistes nous disent vouloir gouverner en prenant acte des résultats du référendum de 1995. Soit. Mais ces résultats, ce ne sont pas seulement ceux qui sont sortis des urnes, mais bien aussi la réponse du Canada, sa politique et ses lois. Et ce Canada-là ne laisse aucune place au Québec et le prive des moyens de se développer. Ceux et celles qui aspirent à le gouverner en faisant comme si cela n'avait pas d'importance nous demandent de les élire en nous excusant d'exister. Ce que l'intérêt leur inspire, la dignité nous l'interdit.






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