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Libre opinion: Les régions s'en-vont-en-ville

Aryane Bouchard - Étudiante en traduction à l'Université de Montréal  15 mars 2007 
En réaction à la lettre de Victor-Lévy Beaulieu («Indépendantiste et adéquiste», Le Devoir, le 13 mars 2007), je souhaite me prononcer sur le débat politique actuel, qui me semble passionnant de par ce souffle nouveau qui le caractérise. Bien sûr, nous en sommes encore aux coups bas, aux promesses bidon et aux déclarations-chocs, mais je vois poindre en filigrane un élan de changement, un véritable désir des Québécois de faire peau neuve.

La diversité des partis m'apparaît bénéfique à tous les points de vue; elle permet entre autres de représenter une plus grande partie de la population et de changer de la sempiternelle lutte bipartite héritée du modèle britannique. Nous pouvons affirmer que nous sommes bel et bien différents, non seulement par notre passion indépendantiste mais aussi par des valeurs qui se démarquent de celles du reste du Canada.

Une ombre au tableau, pourtant: dans les lettres, les opinions et les critiques, on voit se creuser un fossé entre le Québec (les régions, comme nous aimons les appeler) et la «toute-puissante métropole».

Certains se plaisent à entretenir de vieilles rancunes contre ce diable inconnu. Pourtant, une majorité de jeunes des régions arrivent en ville pour étudier et se prennent d'affection pour cette ville somme toute sympathique et mouvementée, pas snobinarde ou totalement nombriliste comme certains la présentent. Au contraire, Montréal est simplement un lieu aux multiples visages du fait d'une population plus nombreuse, multiculturelle et bilingue. [...]

M. Lévy-Beaulieu exprime avec ferveur son allégeance adéquiste, et je suis fière qu'un de nos intellectuels ose se prononcer ainsi à l'heure où on déplore que l'élite québécoise se cache pendant la période électorale. Victor-Lévy Beaulieu dit haut et fort ce que pensent bon nombre de Québécois: les gens en ont marre de la bataille péquiste-libérale, ils veulent des fonds dans les régions, les syndicats sont devenus de grosses boîtes à gérer des fonds, les Québécois veulent toujours leur indépendance, mais pas de la même façon. Ils veulent du renouveau et non un discours calqué sur celui d'un autre parti ou d'un ancien chef.

Encore une fois, ce qui m'attriste, moi qui aime tant le Québec, c'est que M. Beaulieu accuse le Parti québécois d'être un parti des «Montréalistes branchés», creusant ainsi un peu plus l'écart entre les Québécois. Rappelons-nous pourtant que les Montréalais ne sont pas tous des «habitants du Plateau Mont-Royal» et qu'ils ne sont pas tous nombrilistes et chauvins. Je voyage depuis dix ans, j'ai fait du pouce partout au Québec, de Fermont à La Tuque en passant par la Gaspésie et l'Outaouais, et, pour moi, nous sommes un seul peuple.

J'ai visité quelques pays et plusieurs grandes villes, et partout on retrouve cette tendance à blâmer les métropoles. On accuse sans connaître; on le vit de l'extérieur par les ouï-dire et les idées préconçues. Trop souvent, on se forge une opinion à la suite de rencontres avec des touristes nantis venant de la «grand' ville». Comme si les riches étaient une majorité et représentaient toute la population!

Je suis sincèrement attachée à ma province, à ce pays de neige qui est le mien. Je ne veux pas le voir se diviser pour des querelles de quartier. Pour moi, le Québec, les Québécois, c'est avant tout l'ensemble de ce beau pays et non pas Montréal; je serais comblée de voir un parti prendre position en ce sens et favoriser essentiellement les régions. Mais selon moi, ce n'est pas l'ADQ qui remplirait ce mandat.

Bien qu'au début j'aie adhéré aux idées nouvelles et à la spontanéité de l'ADQ, je ne suis pas prête à laisser tomber nos acquis sociaux pour privatiser certains secteurs, barricader toutes nos rivières et prôner une vision purement néolibérale. Regardons simplement les États-Unis et leurs problèmes sociaux, l'écart entre les riches et les pauvres qui y règne. Est-ce ce que veulent les Québécois?

À première vue, il peut être tentant d'essayer, juste pour voir si une autre manière de gérer notre argent serait plus appropriée. Mais ne sont-ce pas plutôt les fraudes et les détournements de fonds, les paradis fiscaux et les dépenses de la lieutenant-gouverneur à Québec qui siphonnent notre argent? Cet argent pourrait pourtant revenir aux régions et favoriser leur développement économique.

Bien sûr, nous sommes endettés et tout n'est pas parfait, mais trouvez-moi un pays où tout va bien, où il n'y a ni guerre, ni violence, ni délinquance, ni dette. Où le modèle capitaliste pur a-t-il réussi à améliorer le sort des habitants? [...]

Quant à moi, j'aimerais également retrouver l'ADQ dans l'opposition, mais avec le PQ au pouvoir. Je trouve que ce serait franchement nouveau et que ça changerait énormément la donne!
 
 
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